Politique du caucus du PQ sur l’identité: Un compromis entre la lutte contre la discrimination… et la discrimination!

Le 24 novembre, le caucus du Parti québécois rendait publique un document d’orientation qui annonce ses intentions advenant l’élection d’un gouvernement péquiste en 2018 sur diverses questions concernant l’immigration, l’éducation, les signes religieux et autres sujets regroupés sous le chapeau de l’identité. Cette collection de mesures poursuit sur la lancée de la Charte des valeurs de 2013, tout en faisant des concessions significatives aux critiques qui avaient été émises à l’époque. Cependant, l’idée de fond demeure : l’État devrait pouvoir exercer diverses formes de discrimination tout en faisant la morale aux citoyennes et aux citoyens qui font de même dans la société. Cette politique incohérente n’augure rien de bon et devrait constituer un argument significatif à Québec solidaire contre toute alliance électorale ou gouvernementale avec ce parti.

Discriminer un peu moins et plus tard

D’abord, il faut reconnaître que le caucus péquiste met de côté ou remet à plus tard plusieurs propositions qui pourraient envenimer les débats dits identitaires. La question du nombre d’immigrantes et d’immigrants que le Québec devrait accueillir annuellement est renvoyée au Vérificateur général et à des experts pour des recommandations à remettre en 2019. L’interdiction du voile intégral dans l’espace public (un non-sens, vu que ceux-ci ne servent pas à la maison…) subit le même traitement dilatoire. Il s’agit ici de ne pas faire de ces questions des enjeux électoraux en 2018, ce qui est bienvenu.

Sur la question centrale dans les débats du port de signes religieux dans le secteur public, la position retenue part de la liste d’interdictions du rapport Bouchard-Taylor (juges, procureurs, gardiens de prison, policiers) et ajoute les secteurs de l’éducation et des services de garde, mais avec la clause grand-père. Donc, Lisée peut affirmer que personne ne perdra son emploi en raison de la Charte 2.0, mais on établit une forme de discrimination légale à l’embauche pour les futurs enseignantes et éducatrices. Lucien Bouchard, un avocat patronal réputé, avait taillé en pièce cette notion durant les débats de 2013. Si un employeur ne peut pas interdire le hijab, par exemple, parmi ses employées actuelles, il ne peut pas défendre légalement son droit de l’interdire pour les nouvelles employées.

Bien entendu, les députés péquistes promettent d’interdire le tchador, ce vêtement que personne ne porte parmi les 350 000 femmes qui travaillent dans nos services publics. La publicité disgracieuse de la CAQ à ce sujet est donc malhonnête en plus d’être bêtement islamophobe. Et comme Lisée l’avait annoncé durant la course à la chefferie, le PQ va appuyer le projet de loi 62 interdisant de donner ou de recevoir des services publics à visage couvert, comme premier pas dans la direction souhaitée.[i]

Un cours à tout faire

Suivant en cela les préjugés et les spéculations véhiculées par les nationalistes conservateurs et les anticléricaux militants, le document promet d’abolir le programme Éthique et culture religieuse (ECR), et ce sans offrir de raisons. Pourtant, s’il y a une chose que les débats sur les accommodements et sur la Charte des valeurs ont bien démontré, c’est que l’ignorance des religions minoritaires n’est pas un atout pour un vivre-ensemble réussi !

À sa place, les péquistes proposent un salmigondis de contenus pour un cours de « citoyenneté québécois », incluant la sexualité, la démocratie, les libertés fondamentales, la lutte contre la discrimination et la prévention de la radicalisation (cette dernière étant regroupée avec les gangs de rue et le proxénétisme !). Et on prévoit donner au Ministère, aux écoles et aux enseignantes et enseignants, moins de trois ans pour concevoir et implanter ce nouveau programme. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une volonté d’instrumentalisation de notre système scolaire à des fins politiques, sans considération pour l’expertise sur les programmes et leurs contenus, les conditions de travail ou le réalisme élémentaire.

De bonnes intentions

Pour le reste, cette politique est remplie de bonnes intentions en ce qui concerne « les communautés de la diversité ». On affirme une volonté d’accélérer la reconnaissance des diplômes, de financer des stages pour l’intégration dans certaines professions, d’assurer « une présence plus juste » des personnes de diverses origines dans la fonction publique, de reconnaître le droit à la francisation avec les ressources financières nécessaires à son application, etc. Le document insiste sur le fait que ces mesures positives devraient précéder l’introduction de la nouvelle version de la Charte. C’est bien.

Le PQ souhaite réactiver son comité national pour les personnes issues de l’immigration et les minorités culturelles. Pas l’ombre d’un bilan n’est présenté pour expliquer pourquoi ce comité a cessé d’exister. Pas non plus de critique de l’épisode de la Charte qui permettrait d’identifier un des obstacles principaux dans les rapports entre le PQ et certaines communautés.

En somme, cette nouvelle orientation proposée au PQ par le caucus de ses députés constitue une défaite de taille pour les partisans de l’interdiction totale et immédiate des signes religieux ou pour les nationalistes conservateurs qui voudraient nier le problème de la discrimination. Mais en même temps, il contient juste assez de mesures discriminatoires et d’atteintes aux droits et libertés pour empêcher une entente avec Québec solidaire ou obtenir l’approbation des organismes de défense des droits des personnes racisées ou issues de l’immigration.

Comme beaucoup de propositions issues de la méthode Lisée, il s’agit d’un positionnement en apparence habile et nuancée, mais qui finira par mécontenter tout le monde.  

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