jeudi 6 août 2015

Le plan énergétique du président Obama : Que du vent!

Le nouveau plan présenté en grandes pompes par le Président Obama, le 3 août dernier, vise à réduire les émissions de GES générées par les centrales électriques de 32% d’ici 2030 par rapport au niveau atteint en 2005.[i] Ce secteur économique compte présentement pour 31% des émissions produites aux les États-Unis.

Les objectifs formulés par l’administration sont peu ambitieux, mal cachés qu’ils sont dans des lignes de communication vagues (réductions de GES « sur l’ensemble de la durée du programme », plutôt que sur une base annuelle, multiplication du recours à l’éolien, mais à partir d’un niveau négligeable aujourd’hui, etc.). Les énergies fossiles sont loin d’être abandonnées dans cette vision pour 2030 qui ressemble étrangement au statu quo. Nous avançons donc à grand pas, avec ce plan, vers un échec patent pour la grande conférence des Nations Unies sur le climat qui se tiendra à Paris cet automne.

Des objectifs tristement modestes

Il s’agit du dernier volet d’un plan d’ensemble sur le climat qui ne permettra pas (si on le combine aux autres annonces faites par les principaux pays émetteurs) d’atteindre l’objectif de 2 degrés de réchauffement identifié par les Nations Unies.[ii] En fait, si les autres pays suivent l’exemple des États-Unis, on se dirige vers une hausse de température de 3 à 4 degrés.[iii] Sans oublier que cet objectif de 2 degrés est lui-même remis en question et jugé insuffisant par des scientifiques de renom.[iv]

L’objectif de 32% de réduction par rapport à 2005 ne permet même pas de rejoindre le niveau de 1990, le point de référence du protocole de Kyoto. L’Union Européenne, où on émet déjà deux fois moins de CO2 per capita qu’aux États-Unis, s’est donné comme objectif une réduction de 40% des émissions.[v]

Aussi, 17 États ont déjà atteint l’objectif prescrit par l’Agence de protection de l’environnement (EPA).[vi] Cette évolution a été encouragée par la récession de 2008, le faible coût du gaz naturel (de schiste), ainsi que la surproduction de charbon causée par les investissements massifs dans la période de croissance spectaculaire en Chine. De plus, l’identification d’objectifs État par État signifie que ceux qui polluent le plus vont pouvoir continuer à le faire indéfiniment, tandis que ceux qui ont déjà accompli beaucoup se voient contraints de faire des efforts supplémentaires. Encore une fois, la dynamique du système électoral l’emporte sur la justice climatique élémentaire.

La politique énergétique du n’importe quoi 

Le plan du président, qui est déjà attaqué par les Républicains et devrait être contesté en cour par l’industrie du charbon, demande aux États d’atteindre des cibles très modestes qui correspondent à une évolution déjà bien amorcée par les programmes existants encourageant la mise à la retraite des plus vieilles et inefficaces centrales au charbon et leur remplacement par des sources d’énergies moins relativement moins polluantes comme le nucléaire ou le gaz naturel. Ces industries devraient en fait continuer à croitre sous le nouveau plan. [vii]  

L’essor de l’éolien et du solaire a déjà été encouragé par les subventions du plan de relance économique de 2008 (90 milliard $ du « stimulus package »). Des centrales au charbon émettant un total de 600 millions de tonnes de CO2 ont déjà été fermées au cours des dix dernières années. Le plan annoncé le 3 août ne conduira qu’à une réduction supplémentaire de 870 millions de tonnes sur 15 ans, donc à un rythme légèrement inférieur.

L’abandon du charbon comme source d’énergie aux États-Unis sera pour le moins partiel (toujours 27% de l’électricité produite en 2030). Pourtant, 80% des réserves mondiales de charbon doivent être laissées sous terre si on veut donner une chance au climat.[viii] La campagne du Sierra Club, visant à éliminer les centrales électriques au charbon d’ici 2030 indique la voie à suivre.[ix]

Le déclin de la consommation de charbon aux États-Unis sera par ailleurs largement compensé par des exportations vers des économies ou ce type d’énergie est toujours en croissance. Il n’est pas question, comme toujours, de s’attaque à la production des énergies fossiles, ce qui remettrait en question la liberté d’entreprise et l’idéologie du libre-marché mondialisé.  

Dans la vision de l’administration Obama et du Parti démocrate, les énergies renouvelables (éolien, solaire…) sont vues comme complémentaires aux énergies fossiles, non comme un remplacement.[x] L’objectif du plan est d’arriver à 28% de la demande d’électricité pas des énergies renouvelables.[xi] Les autres 72% continuent à brûler des énergies fossiles ou à produire des déchets radioactifs. L’économie d’énergie est vue comme une manière de réduire la facture pour les consommateurs ou les coûts de production des industries (ce qui encourage l’augmentation de la demande d’énergie) plutôt que comme une transformation en profondeur du mode de vie et des méthodes de production.

Le mouvement écologiste, aux États-Unis et ailleurs, ne peut se satisfaire d’une continuité de l’approche du parti Démocrate qui combine les demi-mesures et les actions contre-productives avec de la belle rhétorique depuis le début. Le fait est que la Cour suprême des États-Unis a reconnu le CO2 comme un polluant en 2007. L’administration Obama aurait donc pu intervenir dès le lendemain de son arrivée au pouvoir en janvier 2009 sur la réglementation des émissions à partir des pouvoirs que lui confère la loi adoptée sous Nixon pour protéger la qualité de l’air. Le travail des lobbyistes du charbon, du gaz et du pétrole, l’hostilité rétrograde des Républicains et la logique d’un système politique corrompu ont mené à une annonce qui promet bien trop peu et beaucoup trop tard. Une alternative politique écosocialiste fondée sur la mobilisation de masse s’impose plus que jamais. 



[iii] Nicolas Höhne du New Climate Institute, cité par l’AFP dans The Guardian le 4 août.
[v] On se limite ici à comparer les objectifs. Le fait que les traités sur le climat ne disposent pas de mécanismes sérieux de vérification et de sanctions pour les pays qui n’atteignent pas leurs objectifs est une toute autre question. Les injustices comprises dans la manière de mesurer les émissions en sont une autre.
[vi] Selon l’auteur écosocialiste Chris Williams. Texte non encore publié.
[viii] Selon Richard Black, directeur du Energy and Climate Intelligence Unit, cité par l’AFP dans The Guardian http://www.theguardian.com/environment/2015/aug/04/obama-clean-power-plan-welcomed-but-wont-avoid-dangerous-warming
[x] Williams, C. (2010). Ecology and socialism: solutions to capitalist ecological crisis. Chicago, Il, Haymarket Books.