mercredi 29 juillet 2015

Réflexions autour de la Grèce (2) : Des idées pour nous.

Les journées grecques de juillet, marquées par le référendum contre les offres européennes (le 5) et l’acceptation du 3e mémorandum par le parlement (le 15), ont bouleversé le paysage politique et idéologique en Grèce mais aussi partout en Europe et même à l’échelle mondiale. Dans un premier texte[i], nous avons présenté rapidement le contexte ayant mené à cette crise politique et esquissé quelques réflexions quant aux conclusions générales que nous pouvons en tirer.  

Ici, nous mettrons l’accent sur des enseignements transposables à la situation québécoise et pancanadienne, incluant des perspectives stratégiques pour Québec solidaire.

Le retour brutal de la question stratégique

Il ressort clairement de l’expérience des six derniers mois en Grèce qu’un programme politique ou une plateforme électorale ne vaut rien sans une vision stratégique crédible quant à leur mise en œuvre. L’exemple de Syriza, qui a fait campagne à la fois pour mettre fin aux politiques d’austérité et pour maintenir la Grèce dans la zone euro, est frappant. Ces deux engagements étaient incompatibles en pratique et il aurait été préférable que Syriza (comme le proposait son aile gauche, avec l’appui de 45% du comité central à l’époque) propose un plan incluant la sortie de l’euro[ii].

À Québec solidaire, tout un chantier devrait s’ouvrir pour la Commission politique sur la question de la réalisation concrète du programme. Quelles conditions devons-nous réunir pour que ces propositions puissent s’appliquer? Quels sont les principaux obstacles politiques, économiques et institutionnels qu’il faudra surmonter? Par quoi on commence si on veut se rendre jusqu’au bout? Ces réflexions devraient mener à une discussion formelle en congrès du parti, donc en impliquant le plus largement possible les membres, pour l’adoption de perspectives stratégiques.

Dans cette réflexion, l’enjeu de la résistance au pouvoir financier transnational devrait être priorisé, tout comme la question de la monnaie et celle des alliances politico-économiques internationales. Le programme contient déjà des éléments intéressants comme la création d’une banque d’État. Le soutien à l’économie sociale peut aussi s’avérer d’une grande importance, en donnant une plus grande place aux réseaux d’échange locaux et au marché intérieur.

Le débat à venir en 2017 sur le 5e et dernier volet du programme comprendra les enjeux internationaux, ce qui nous donne une occasion en or de soulever plusieurs de ces questions. Comment se situer face au pouvoir d’institutions comme le FMI? Quelle orientation prendre quant à l’ALENA et d’autres mécanismes d’intégration économique au service du capital? Un Québec indépendant devrait-il se joindre à l’ALBA?[iii]

L’incontournable question des alliances

Un autre élément de la crise grecque qui milite en faveur d’une sobre réflexion est l’hostilité sans nuance des autres gouvernements européens face au gouvernement Syriza, le premier issu de la gauche radicale depuis des générations, et le premier à remettre en cause le modèle économique imposé depuis les années 1980. Chaque pays avait ses raisons pour souhaiter l’échec du nouveau gouvernement grec. Les pays nouvellement intégrés à la zone euro à de très strictes conditions, tous gouvernés par des partis de droite, étaient les meilleurs alliés de l’Allemagne. Mais du côté des pays lourdement endettés (Italie, Portugal, Espagne…), on craignait aussi qu’un succès grec ne fasse contagion chez eux et donnent de l’eau au moulin à leur gauche radicale. C’est cette réalité politique qui a prévalu, derrière le masque de moins en moins convaincant du blocage des institutions européennes et du respect des traités. Face à ce mur politique et institutionnel, la démocratie grecque n’avait aucun poids, que ce soit la victoire électorale de Syriza ou le Non retentissant au référendum.

En plus des alliances internationales que nous venons d’évoquer, cette réalité devrait nous amener à réaliser l’importance de développer des alliances pancanadiennes. En effet, rien ne garantit que l’État canadien - tout aussi dévoué aux intérêts du capital que les institutions européennes - respecterait l’élection d’un gouvernement Solidaire au Québec, ou les résultats d’une assemblée constituante ou d’un référendum sur l’indépendance. Nous avons de notre côté le poids démographique et économique du Québec qui est plus important, dans l’ensemble canadien, que celui de la Grèce en Europe. Mais même avec une mobilisation populaire forte, sans appuis dans le Reste du Canada, notre rapport de force pourrait être insuffisant pour éviter une logique de confrontation et de mesures punitives contre un mouvement menaçant pour l’ordre établi.

Les démarches entreprises depuis peu en direction de la constitution d’une alternative politique de gauche anti-austérité à l’échelle pancanadienne sont donc d’une grande importance. Et au sein de ce processus, la participation de Québec solidaire et la solidarité avec la lutte du Québec pour son autodétermination nationale sont des éléments incontournables.

La complexité des rapports parti/programme/mouvement

Une autre leçon importante pour nous, en observant les développements récents en Grèce, est que les rapports entre le mouvement social, les partis et organisations de gauche, et le programme politique permettant de sortir du carcan capitaliste, sont pour le moins complexes. Par exemple, l’attachement de la population envers l’euro est demeuré un facteur de modération significatif sur Syriza et explique probablement la mise en minorité des éléments anti-euro du parti.

Avec le programme proposé par son aile gauche, incluant la nationalisation des banques et la sortie de l’euro, Syriza n’aurait probablement pas gagné les élections de janvier, et alors, toutes les questions stratégiques qu’on se pose aujourd’hui seraient restées plutôt théorique pour une plus longue période. Est-ce à dire que le passage par les six premiers mois du gouvernement Tsipras était en fait inévitable? Il fallait peut-être justement que la population vive les limites bien réelles de l’approche européaniste de gauche et constate que celle-ci mène à une impasse avant d’envisager sérieusement l’orientation souverainiste de gauche.[iv]

Est-ce que les tendances « eurosceptiques », minoritaires (jusqu’à récemment) mais significatives, dans Syriza, auraient dû quitter ce parti et présenter directement leur programme plus radical à la population, comme l’ont fait la coalition anticapitaliste Antarsya et le parti communiste (KKE)? On peut douter du succès d’une telle orientation sur le plan organisationnel et électoral. La réalité est que Antarsya n’a pas obtenu suffisamment d’appui en janvier pour entrer au parlement et que le KKE reste une force politique stagnante et isolée par son propre sectarisme.

De l’autre côté, sans leur intégration complète dans Syriza, les 39 députés de gauche qui ont voté contre le mémorandum le 15 juillet auraient été, au mieux, des orateurs invités à la manifestation en dehors du parlement. Ceci aurait donné bien plus de poids à l’extrême-droite d’Aube Dorée dans le contexte de l’adoption, par un gouvernement ou un autre, du 3e mémorandum. Tandis que maintenant, les militantes et militants des tendances plus anticapitalistes de Syriza offrent à leur parti et à leur pays une direction alternative bien plus crédible que ce que peuvent offrir les organisations de gauche extérieures au parti.

Le scénario qui vient de se dérouler semble donc être le meilleur possible étant donné les rapports complexes et contradictoires entre trois éléments imbriqués : les mouvements de masse et l’opinion populaire, les partis et organisations politiques, et les programmes et idées politiques disponibles.

Pour Québec solidaire et la gauche québécoise en général, ceci signifie que la recherche de pureté programmatique et idéologique est incompatible avec l’avancement de la lutte populaire contre l’austérité et pour une vraie démocratie. Le pluralisme interne à Québec solidaire, incluant des tendances qui pourraient aller vers le social-libéralisme dans un contexte similaire à celui de la Grèce, est un atout à l’étape actuelle. Sans cette masse critique, la gauche n’aurait pas pu échapper à la marginalité et prendre une place à l’Assemblée nationale. L’orientation actuelle de QS reflète bien à la fois le potentiel et les contradictions des mouvements sociaux québécois. Seule la pratique politique concrète permettra de déterminer laquelle, parmi toutes ces potentialités, sera éventuellement réalisée.

En même temps, le pluralisme signifie aussi que, dans Québec solidaire, les tendances plus radicales, socialistes, anticapitalistes, etc, doivent s’organiser, prendre toute leur place dans les débats, mettre de l’avant des perspectives différentes tout au long de l’évolution du parti. Autrement, l’expérience du pouvoir, au lieu de mener à une clarification des enjeux stratégiques et potentiellement à une radicalisation du parti et des mouvements, pourrait mener le parti dans une voie d’adaptation et même de capitulation. Il n’a fallu que six mois pour que le gouvernement issu de Syriza accomplisse cette régression politique spectaculaire.

La démocratie interne et le contrôle de l’aile parlementaire

Heureusement, il semble que la majorité des membres du parti n’accompagne pas Tsipras et son équipe dans cette direction. En plus des 39 députés ayant voté OXI le 15 juillet, la majorité des membres du comité central (qui en compte environ 200), plusieurs organisations locales et régionales, ainsi que l’aile jeunesse, ont dénoncé le nouveau mémorandum et réclament la convocation des instances du parti afin de déterminer l’orientation à prendre dans cette nouvelle situation.[v]

Le fait que le comité central ne puisse pas se convoquer lui-même indique une centralisation du pouvoir entre les mains du président du parti (Tsipras) qui serait inconcevable dans Québec solidaire. Mais même si le comité central se réunissait et adoptait une orientation différente de celle du gouvernement, il n’y a pas de garantie que le caucus des députés de Syriza suivrait cette nouvelle ligne. La question du contrôle de l’aile parlementaire par le parti en est une qui n’a presque pas été discutée dans Québec solidaire. Un sujet à mettre à l’ordre du jour pour la révision des statuts du parti d’ici le congrès du printemps 2016 qui devrai se prononcer sur des modifications.

Mais la bataille pour le réarmement politique de Syriza - qui risque la démoralisation complète si elle se laisse transformer en instrument au service d’un gouvernement maintenant devenu gestionnaire tranquille de l’hyper-austérité - est loin d’être perdue. Un grand rassemblement a déjà eu lieu à Athènes à l’initiative de la Plateforme de gauche, plusieurs autres assemblées locales se tiennent aussi à travers le pays pour tenter de trouver la meilleure issue possible à cette crise. Les manifestations et les grèves ont repris dès l’annonce de l’accord du 13 juillet.

Bref, nous pouvons conclure en affirmant bien fort : Syriza est morte… Vive Syriza!



[i] http://leblogueursolidaire.blogspot.ca/2015/07/reflexions-autour-de-la-grece-il-ny.html
[ii] Mais pas de l’Union européenne, contrairement à l’amalgame qui revient constamment dans la bouche de Tsipras et de ses alliés de gauche comme de droite. Voir l’entrevue avec le Ministre grec de l’Éducation http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=14285 ou la conclusion du texte cosigné par Balibar http://blogs.mediapart.fr/blog/ebalibar/190715/etienne-balibar-sandro-mezzadra-frieder-otto-wolf-le-diktat-de-bruxelles-et-le-dilemme-de-syriza
[iii] L’Alliance bolivarienne pour les Amériques compte actuellement onze membres : Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, Antigua-et-Barbuda, l'Équateur, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Saint-Christophe-et-Niévès et la Grenade (dans l'ordre d'adhésion) plus deux États membres observateurs : Haïti et le Suriname. https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_bolivarienne_pour_les_Am%C3%A9riques
[v] Sur les débats dans Syriza, voir les nombreuses contributions de Stathis Kouvelakis, députés Syriza, diffusées sur Médiapart, The Jacobin, et plusieurs autres site en français et en anglais, notamment cette entrevue http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=14316

lundi 13 juillet 2015

Réflexions autour de la Grèce: Il n’y aura pas de réformisme radical en Europe

Le gouvernement grec qui a été formé suite à la victoire électorale de Syriza le 25 janvier avait promis de mettre fin à la cruauté absurde des mémorandums négociés par ses prédécesseurs avec les créanciers institutionnels du pays, la fameuse troïka composée du FMI, de la Banque centrale européenne (qui gère l’Euro) et de l’Union européenne (les autres gouvernements de l’Europe).

Ces mémorandums avaient été imposés suite à l’explosion de la dette publique grecque, une conséquence directe de la crise financière de 2008. Le gouvernement social-démocrate de l’époque avait décidé de sauver les banques de la faillite (comme tous les autres gouvernements aux prises avec cette même crise à l’époque), ce qui devait conduire à une spéculation rapace sur les marchés financiers quant à la capacité de l’État grec à assumer de telles dettes, avec l’effet de cercle vicieux et de prédiction pessimiste auto-réalisée qui devait s’en suivre. La spéculation a fait bondir les taux d’intérêts sur la dette grecque, ce qui a augmenté son fardeau pour l’État, forçant le pays à se mettre dans une position de dépendance envers d’autre pays de la zone Euro, principalement l’Allemagne, afin d’éviter la faillite.

Bref, la crise financière entièrement causée par la déréglementation néolibérale des marchés et institutions financières et par les comportements frauduleux des plus grandes entreprises privées de ce secteur (basées à Londres et New York) a été transférée aux États, mais tous les États n’avaient pas les mêmes ressources pour y faire face. La Grèce était particulièrement vulnérable en partie à cause de son insertion dans la zone Euro, qui l’avait reléguée au rang de marché déjà fortement endetté pour les produits exportés par l’Allemagne.[i]

Il faut comprendre que, dans les traités européens, il n’y a pas de mécanisme de redistribution de la richesse similaire à la péréquation canadienne ou aux programmes sociaux nationaux aux États-Unis. Même des prêts avec taux préférentiels émis par la BCE n’étaient pas une option pour l’État grec. Cette banque centrale a été privée d’un tel pouvoir délibérément afin d’exposer les gouvernements des économies plus faibles à la discipline imposée par les marchés. La politique monétaire de la BCE est basée sur les intérêts économiques des États membres les plus puissants, au premier chef l’Allemagne, au détriment des pays périphériques ou à l’économie plus faible comme la Grèce. Il a donc fallu que le gouvernement grec compose avec les marchés et paie des intérêts exorbitants. La corruption de son système politico-économique mené par une oligarchie milliardaire et appuyée sur le clientélisme des vieux partis achèvent l’essentiel du portrait.

On aurait pu croire - et c’est ce que croyaient les dirigeants de la majorité de Syriza - qu’en retirant les facteurs subjectifs et politiques de cette équation (la corruption, la domination de l’oligarchie, les vieilles habitudes politiques et bureaucratiques), on pourrait changer le rapport de force tant au sein du pays que dans les rapports avec les « créanciers » et obtenir un meilleur accord pour la gestion de l’endettement du pays et une meilleure marge de manœuvre pour des politiques sociales et économiques progressiste. Bref, Tsipras et ses collègues croyaient que la démocratie comptait pour quelque chose en Europe, que leur élection allait changer la donne.

Soyons clairs : Tsipras, Varoufakis et les autres sont des camarades, des gens de gauche sincères qui ont voulu changer les choses par l’action politique, en coalition avec des éléments de la gauche radicale. Mais ce sont des camarades qui ont commis de graves erreurs dans leur appréciation des obstacles politiques et institutionnels qui se dressaient devant leur programme.[ii] Ce programme se résumait en une simple équation : mettre fin à l’austérité sans sortir de la zone euro. Les derniers six mois ont démontré que ces deux objectif étaient incompatibles.

La BCE a refusé d’aider les banques grecques tant que le nouveau gouvernement ne concluait pas une entente avec les créanciers, asphyxiant l’économie du pays au point de forcer la fermeture des banques, la limitation des retraits, la suspension des opérations de la bourse d’Athènes, etc. Le FMI a trouvé le moyen de reconnaître que la dette grecque était ingérable et que les politiques d’austérité avaient causé une dépression, tout en travaillant main dans la main avec l’Union Européenne pour imposer plus de la même médecine au patient récalcitrant.

L’appauvrissement dramatique du peuple n’a rien fait pour émouvoir les gouvernements des autres pays de la zone euro, inspirant même du mépris de la part des régimes de droite d’Europe de l’Est, alliés de l’Allemagne de Merkel. Selon Varoufakis, les gouvernements des pays lourdement endettés (Espagne, Portugal, Italie, Irlande) n’ont pas été plus sympathiques, craignant que l’exemple d’un succès de Syriza ne les fasse mal paraître en comparaison. Le nouveau mémorandum contre-productif sur le plan économique est le résultat d’un rapport de force politique créé par la dette, un point c’est tout.

De nombreux économistes réputés, dont Jeffrey Sachs, Thomas Piketty et Paul Krugman ont crié au meurtre avec raison et dénoncé l’absurdité économique de cette politique.[iii] Plus d’austérité va mener au prolongement de la récession, ce qui va faire augmenter le fardeau de la dette en comparaison avec le PIB, rendant la dette non remboursable. Mais il fallait absolument prouver que Syriza avait tort, qu’il n’y a pas de sortie en douceur de la logique de l’austérité, afin de décourager toute contagion de ce nouveau phénomène. Imaginez si Podemos et ses alliés gagnaient les élections espagnoles en novembre en s’inspirant de l’exemple d’un gouvernement Syriza couronné de succès? Valait mieux faire souffrir encore plus les Grecs pour faire un exemple.

Malgré tout, il y a tout un ensemble de leçons que la gauche  et les mouvements d’opposition aux politiques d’austérité peuvent maintenant tirer de cet épisode et qui pourraient éventuellement se retourner contre les gestionnaires du capitalisme européen et international, si suffisamment de gens tirent les mêmes conclusions.

La première de ces leçons est que pour avoir un rapport de force, la nouvelle gauche (on peut oublier la vieille qui vient de finir de prouver sa caducité et sa complicité avec les pires aspects du système) doit minimalement préparer sérieusement une rupture avec le capitalisme globalisé et ses institutions, ne serait-ce que pour que la menace d’une telle rupture soit un instrument entre nos mains plutôt que l’arme ultime de l’adversaire.

La seconde est que le social-libéralisme ne dépend pas d’une base sociologique particulière (embourgeoisement des partis socio-démocrates au pouvoir, copinage avec les capitalistes, corruption…) elle n’est pas une simple dégénérescence subjective de la gauche, c’est la destination obligée de toute force de gauche qui ne se place pas en position de rupture possible, par sa propre initiative, avec le système.

La troisième est que les formes bourgeoises de la démocratie (élections parlementaires, référendums) ne comptent pour rien aux yeux de la bourgeoisie elle-même. Gagner des élections ne signifie pas « prendre le pouvoir ». Le pouvoir qui est entre les mains d’institutions comme le FMI, la BCE et les grandes institutions financières échappe totalement au contrôle démocratique.

On pourrait arguer que le principal problème de la Grèce est son intégration, sans pouvoir, dans la zone Euro. La comparaison avec des crises similaires en Argentine et en Islande, des pays qui pouvaient rapidement dévaluer leur propre monnaie, permet en effet de constater que d’avoir une monnaie nationale est un instrument puissant d’affirmation de souveraineté face aux institutions financières internationales. Mais les prochaines victoires possibles pour la nouvelle gauche ne sont pas dans ces pays mais plutôt dans d’autres pays de la zone Euro comme l’Espagne et l’Irlande. 

Aussi, le problème est encore plus grave pour le Québec, advenant une victoire électorale de Québec solidaire. Le Québec n’a même pas le vestige d’une banque centrale et d’un système bancaire national. Il faudra partir de zéro tout en réalisant l’indépendance.

Aussi, la leçon plus fondamentale qui consiste à constater la cruauté, la détermination et l’absence totale de scrupule des représentants de la classe dominante est générale et s’applique partout. On a vu cette cruauté à l’œuvre durant les 13 ans de sanctions économiques contre l’Irak, dans la complicité de la plupart des grandes puissances avec l’oppression du peuple palestinien, dans la négligence criminelle de nos propres gouvernements devant la crise humanitaires qui frappe la plupart des nations autochtones, etc. Le capitalisme est un système sans cœur qui recrute pour faire sa salle besogne les individus capables de faire abstraction de tout sens éthique et de toute forme d’empathie en vue d’appliquer ses lois.

La même défense inconditionnelle d’un système absurde se révèle dans l’incapacité de nos gouvernements et des grandes entreprises à prendre les mesures nécessaires pour éviter un réchauffement catastrophique du climat. Le sommet de cet automne à Paris va nous le rappeler brutalement.

En somme, en ce qui concerne le proche avenir en Europe à tout le moins, il n’y aura pas de réformisme radical, avec une nouvelle gauche prenant la place de la social-démocratie dans le jeu politique normal, parlementaire, avec un programme de rupture partielle avec les politiques néolibérales ou d’austérité. Cette option politique aura duré six mois, en Grèce, entre l’élection du 25 janvier et le lendemain tragique du référendum du 5 juillet. Ce qui aurait pu être une source d’espoir est maintenant l’occasion de prendre acte d’une dure réalité.

Il faut donc se préparer à la rupture, s’appuyer sur l’auto-organisation de la population, sur des réseaux économiques alternatifs, sur la solidarité internationale, dans une lutte déterminée pour mettre fin à ce système cruel, absurde, écocidaire, oppressif et profondément antidémocratique qu’il convient d’appeler par son nom : le capitalisme.