mercredi 25 février 2015

Les sorcières

Je peux comprendre que l’image de ces femmes qui se cachent le visage dérange. Elles sont étranges. Elles semblent venir d’une autre époque, de cet Orient mythique des califes et de leurs harems. Elles sont devenues le symbole de la montée du conservatisme social et du fondamentalisme religieux dans certains pays musulmans, un phénomène indéniable et très préoccupant. Leur geste choque un Occident plus habitué à la nudité qu’à cette pudeur extrême. C’est le propre de la phobie que de générer une peur panique de quelque chose qui ne nous menace pas vraiment. C’est l’image qui fait peur. L’étrangeté. L’altérité « radicale ».

Peu d’entre elles vivent parmi nous. Celles qui y sont se cantonnent généralement dans leur réseau familial et communautaire. On parle d’elles quand certains médias ou politiciens décident de faire un scandale national autour de leur simple existence. Mais qu’ont-elles fait pour mériter un tel opprobre? On leur reproche de vouloir apprendre le français, de vouloir voter, de chercher à obtenir la citoyenneté, parfois même d’occuper un emploi! C’est pourtant le minimum qu’on espère de toutes les immigrantes et de tous les immigrants. Le message envoyé par ceux et celles qui veulent leur interdire toutes ces choses est qu’elles ne sont pas les bienvenues, qu’elles devraient « retourner dans leur pays ».

Pourquoi insistent-elles pour cacher leur visage? Est-ce que c’est à cause d’une coutume bien ancrée dans leur famille? Est-ce que c’est le résultat d’une conversion religieuse ou d’une forme de dévotion comme avec nos sœurs cloitrées? Est-ce qu’elles adhèrent à un mouvement politique cherchant à imposer une version ultra-orthodoxe de l’Islam au monde entier, comme semblent l’affirmer tous les sous-entendus? Évidemment, la dernière chose que nos faiseurs d’opinion professionnels vont faire c’est aller leur demander. Mieux vaut faire circuler des insinuations et encourager les associations d’image, ça vend plus de journaux et ça permet de gagner plus de votes.

En fait, ces quelques femmes sont devenues des épouvantails. On effraie le bon peuple en brandissant leur image troublante, ce symbole de la peur des méchants terroristes musulmans. Elles sont aussi devenues des boucs émissaires. « Tout ira bien dans notre société égalitaire et pacifique si on peut seulement la purger de ces quelques indésirables. » Ce sont les nouvelles sorcières. On les soupçonne de concocter un plan diabolique derrière ce voile. On leur fait un procès collectif sans débat et menant à une condamnation sans appel.

On crie : « Liberté! », mais on leur refuse tous les droits. On s’insurge face à la simple possibilité qu’elles vivent ici, en paix. Elles n’ont pourtant fait de mal à personne d’autre qu’elles-mêmes en s’entêtant à porter ce vêtement ostracisant. À leur marginalisation volontaire, on veut ajouter une discrimination légale. Comme si ces femmes menaçaient d’une quelconque manière de subvertir nos institutions, de convertir les autres femmes et « nos enfants » à une pratique qui ne leur donne aucun avantage. Comme si leur vie ici n’était pas déjà assez remplie d’embuches de toutes sortes.

Est-ce qu’on devrait leur ouvrir grandes les portes de toutes les professions? Pas forcément. D’ailleurs, elles ne le demandent pas à ce que je sache. Comme le disait le philosophe américain Galston, être un fondamentaliste religieux devrait être possible dans une société pluraliste et démocratique, mais ça ne doit pas forcément être facile.

Est-ce qu’on devrait valoriser leur choix et célébrer ce retour à des formes archaïques de la culture patriarcale de certains coins du monde? Certainement pas. Mais est-ce que nous pensons vraiment que les femmes qui décident de porter ce type de vêtement vont soudainement cesser de le faire parce que nous leur compliquons la vie avec des mesures administratives? Il faut des convictions profondes pour se mettre délibérément à l’écart du reste de la société de cette façon. Alors permettez-moi d’en douter fortement.

Ce n’est donc pas pour leur bien que la quasi-totalité de la classe politique québécoise et une bonne partie de celle du Canada désire adopter des règles pour limiter l’accès à certains droits, à certains emplois et à certains services aux personnes qui ont le « visage couvert ». C’est pour donner l’impression de combattre une pratique religieuse qu’on ne comprend pas et qu’on associe, parfois à tort, parfois avec raison, avec un extrémisme politique et avec des actes violents.

En conclusion, sur la fameuse question de la prestation du serment de citoyenneté avec un niqab, la réponse de Trudeau et de Mulcair me semble la bonne. Si on n’accepte pas que ces femmes deviennent des citoyennes sans renoncer à leurs croyances, qu’on ait le courage d’appeler carrément à leur déportation, comme le font la droite et l’extrême-droite en France. Cessons cette hypocrisie qui consiste à accepter en théorie leur présence parmi nous tout en leur niant tous les droits en pratique.


Qu’on les accepte et qu’on leur laisse le temps de s’adapter aux coutumes de leur nouveau pays, à leur rythme, même si ça leur prend vingt ans ou même deux ou trois générations. Il n’y a pas de hordes à nos portes, pas d’invasion barbare, pas de danger de coup d’état pour établir une version saoudienne de la Charia en sol québécois. Tâchons de rester calmes et de nous occuper des « vraies affaires », comme des attaques du gouvernement Harper contre nos droits démocratiques (C-51) ou celles du gouvernement du Québec contre nos services publics. 

samedi 21 février 2015

De quoi l’intégrisme est-il le nom?

Dans les débats récents à l’Assemblée nationale et dans les médias québécois, on a beaucoup usé du terme « intégrisme ». D’un côté, le gouvernement affirme qu’on ne peut pas le combattre sans brimer des droits fondamentaux comme la liberté d’expression et la liberté de religion. De l’autre, la CAQ et le PQ affirment qu’il faut le combattre pour défendre nos valeurs communes, comme l’égalité des droits. En fait, tout le monde est confus parce qu’on n’appelle pas les différents phénomènes politiques et religieux concernés par leur nom.

Quelques définitions

Commençons donc par définir quelques termes utiles. D’abord, le fondamentalisme religieux est le phénomène qui consiste à adopter une interprétation littérale des textes sacrés et à tenter de respecter, également à la lettre, tous les commandements qu’ils contiennent. Ce phénomène est assez répandu aux États-Unis chez les Évangélistes. Les Juifs ultra-orthodoxes sont aussi de cette veine, tout comme les Musulmans wahhabites d’Arabie Saoudite et leurs disciples dans d’autres pays, comme les Talibans ou le Groupe État islamique (ISIL). Certains de ces courants fondamentalistes sont très paisibles et cherchent simplement à s’isoler du reste de la société pour vivre en accordance avec leurs croyances, on pense aux Amish. D’autres se sentent imbus d’une mission politico-spirituelle et veulent sauver nos âmes par la force.

Ensuite, la politisation de la religion constitue un phénomène ancien et encore largement répandu. Mais tous les courants politico-religieux ne sont pas fondamentalistes, loin de là. L’Allemagne est présentement gouvernée par les Démocrate chrétiens, un parti conservateur et capitaliste ordinaire. Tous les présidents des États-Unis ont dû démontrer leur attachement au Christianisme pour se faire élire. Jusqu’en 1960, avec Kennedy, il fallait que ce soit une version protestante de cette religion. Dans les guerres civiles en Amérique Latine, on a retrouvé des prêtres catholiques autant dans la guérilla que du côté des dictatures que la guérilla cherchait à renverser.

L’arrimage de la politique avec la religion peut se faire à partir de toutes les religions et avec tous les courants politiques. En Iran, en 1979, il y avait des interprétations socialistes radicales de l’Islam tout à fait semblables à la théologie de la libération catholique. Parmi les courants politiques musulmans actuels, la plupart sont conservateurs, mais beaucoup sont non-violents par leurs méthodes et ont une interprétation moderniste (et non fondamentaliste) de la religion. Si on ne fait pas la différence entre les Frères Musulmans, un mouvement politique conservateur mais démocratique, et le parti salafiste Nour, ultra-fondamentaliste et violent, on ne peut pas faire autrement que de tomber dans le panneau de la dictature militaire. C’est l’alliance entre les syndicalistes, la gauche, les démocrates de toutes sortes et les Frères musulmans qui avait permis de renverser Moubarak en 2011.

Puis, on doit situer le conservatisme social, un refus des valeurs d’égalité et de diversité de la société contemporaine qui s’accroche aux « valeurs traditionnelles » pour rejeter notamment le féminisme ou l’acceptation de l’homosexualité. Ce courtant de pensée s’appuie souvent sur des conceptions religieuses, fondamentalistes ou non, mais il peut aussi être basé sur des idéologies non religieuses comme le nationalisme. Certains courants nationalistes conservateurs vont par exemple s’opposer au féminisme et au droit à l’avortement pour contraindre les femmes à rester à la maison en vue d’élever la prochaine génération de petits Canadiens-français blancs et réduire le recours économiquement nécessaire à l’immigration. On se souviendra aussi que les communistes de l’école stalinienne ont rétabli la criminalisation de l’homosexualité, après sa libéralisation consécutive à la révolution d’Octobre. De l’autre côté de ce débat, on retrouve des personnes croyantes de toutes les religions dans les mouvements féministes et les groupes de défense des droits des gaies et lesbiennes. Le lien entre conservatisme social et religion est loin d’être automatique.

De là, on arrive très souvent sans transition à parler d’incitation à la haine. Il y a pourtant une nuance très importante entre prêcher, par exemple, qu’une femme adultère risque de se retrouver en enfer au Jugement Dernier et affirmer que celle-ci mérite la peine de mort maintenant. Dans un premier cas, on se retrouve avec un cas de conservatisme social ordinaire appuyé par une interprétation patriarcale de la religion. Dans l’autre, on tombe dans l’incitation à la haine et à la violence. Le premier problème relève de l’éducation et du débat social et politique, il faut le combattre sur le terrain des idées et de la culture. Le second est d’ordre criminel et mérite des mesures de répression.

Permettons-nous enfin de définir le terrorisme, au moment où le gouvernement Canadien s’efforce de lui donner la définition la plus vague possible dans le but de justifier la répression contre toutes sortes de dissidences. Le terrorisme est une tactique militaire qui consiste à cibler des civiles en vue de démoraliser et d’intimider le camp adverse ou d’y provoquer un changement d’orientation politique. C’est une tactique qui est aussi ancienne que la guerre elle-même et qui a été employée, à notre époque, par des courants politiques aussi divers que les nationalistes vietnamiens, les républicains irlandais, les anarchistes russes et la gauche palestinienne.

Toutes les religions condamnent explicitement le meurtre de civiles et d’innocents, même quand elles justifient la guerre dans certaines circonstances. L’association du terrorisme avec la religion est donc une aberration. C’est le résultat indirect de deux phénomènes déjà mentionnés : la politisation de la religion et l’adoption du terrorisme comme tactique militaire. Comme la guerre est une extension de la politique et le terrorisme une forme de guerre, la politisation de la religion peut en venir à justifier, avec un discours politico-religieux alambiqué, un acte terroriste. Mais parler de « terrorisme islamique », comme l’a très justement déclaré Barak Obama, est une capitulation devant les prétentions religieuses des terroristes en question et un abandon des authentiques valeurs de l’Islam. Il n’y a rien de musulman dans le terrorisme, sauf le fait que certains terroristes se croient quand ils justifient leurs actions au nom d’une interprétation tordue de leur religion.

Alors on fait quoi?

Les réponses qu’une société démocratique, pluraliste et égalitaire devrait donner aux différents phénomènes mentionnés ci-dessus sont nombreuses et devraient s’articuler selon la nature de chaque problème. Donnons quelques exemples.

Pour combattre le fondamentalisme religieux, l’inclusion du programme Éthique et culture religieuse (ECR) comme cours obligatoire dans toutes les écoles québécoise est une mesure essentielle. En effet, il n’y a rien de plus étranger au fondamentalisme que l’acceptation d’une pluralité de conceptions du monde, religieuses et non religieuses, et la reconnaissance d’une diversité d’interprétations et de pratiques dans sa propre tradition. Idéalement, il faudrait que ce cours soit obligatoire rétroactivement pour toute la population du Québec! On arrêterait peut-être de caricaturer certaines religions et de tout confondre. L’éducation scientifique est également importante, pour donner à tous les enfants du Québec les connaissances générales qui vont leur permettre de questionner des dogmes absurdes comme le créationnisme. Apprendre à distinguer ce qui relève de la foi et ce qui est du ressort de la raison devrait, plus généralement, être une finalité de l’ensemble de notre programme scolaire. Toutes les religions peuvent être compatibles avec la science et avec la démocratie et le respect des droits de la personne. Il faut à la fois enseigner cette vérité (dans le cours ECR) et renforcer sa réalisation (par le programme éducatif dans son ensemble).

Pour défendre le principe de l’égalité des sexes contre le conservatisme social, il faudrait d’abord que le gouvernement reconnaisse la valeur du travail accompli par les femmes dans notre société, en commençant par celles qui travaillent pour le gouvernement lui-même, dans la fonction publique et les services publics comme la santé et l’éducation. Au lieu de cela, le régime Couillard est parti en guerre contre les 450 000 travailleuses et travailleurs du secteur public, dont la majorité sont des femmes, en leur demandant de travailler plus pour un salaire déclinant, de prendre leur retraite plus tard, d’accepter plus de précarité, etc. L’affirmation du Premier ministre, durant la campagne électorale, à l’effet que « seul le secteur privé crée de la richesse », en plus d’être erroné sur le plan strictement économique (c’est le travail qui crée la richesse, comme l’ont démontré tant Adam Smith que Karl Marx), est une vision sexiste de l’économie, étant donné que la plupart des emplois bien rémunérés dans le privé sont occupés par des hommes. Ce mépris du travail des femmes est en harmonie complète avec le conservatisme social qui voudrait les cantonner dans leurs rôles traditionnels et le travail gratuit pour divers membres de leur famille et pour leur communauté.

Pour combattre la politisation de la religion et la récupération des croyances religieuses à des fins partisanes, il faut mettre fin à la torture du débat sans fin sur la laïcité et affirmant très clairement que l’État québécois est laïque, qu’il en est de même de nos institutions publiques financées par l’État et que la neutralité religieuse de ces institutions sert précisément à permettre l’inclusion de toutes les personnes dans ces institutions, indépendamment de leurs croyances. En effet, la forme que prend la politisation de la religion dans notre société (heureusement dénuée de partis politiques identifiée à des religions particulières) est précisément la récupération de l’hostilité envers la religion en général ou certaines religions en particulier à des fins politiques. C’est ce que représentait l’opération « Charte » du PQ. On en voit un nouvel exemple avec la « police des valeurs » proposée par la CAQ.

Un État laïque ne devrait ni encourager les croyances religieuses ni les condamner. Que l’État cesse de subventionner les religions, par le financement public des écoles privées religieuses ou les exemptions fiscales, par exemple. Qu’on déplace le crucifix qui avait été installé par Duplessis au-dessus du siège du président de l’Assemblée nationale explicitement pour symboliser l’union de l’Église et de l’État. Qu’on affirme une fois pour toutes que tant la promotion de la religion que sa critique sont des affaires privées qui n’ont pas leur place dans la vie politique. C’est aussi ça la laïcité!

À quoi sert donc le mot « intégrisme »?


En conclusion, l’intégrisme est un terme fourre-tout qui permet de faire toutes sortes d’amalgames, allant du terrorisme médiéval du Groupe État Islamique aux « prêches » conservatrices de certains imams et jusqu’au hijab de certaines femmes musulmanes féministes et de gauche! C’est un mot nuisible aux débats, tout comme le mot « voile », également très employé en France. Sarkosy vient d’en faire la démonstration avec sa déclaration à l’effet que les « femmes voilées » ne sont pas les bienvenues dans son pays. Il voulait semble-t-il parler des femmes qui portent la burka ou le niqab, ce qui est déjà discriminatoire, mais pas de celles qui portent le hijab. Alors pourquoi continuer d’appeler le foulard islamique un « voile »? Uniquement parce qu’on cherche à l’interdire et que le mot frappe plus fort. 

C’est la même chose avec « l’intégrisme ». Comme le but est de stigmatiser l’ensemble des Musulmans, peu importe leurs idées (fondamentalistes ou modernistes, démocratiques ou dictatoriales, progressistes ou conservatrices, etc.), le mot est fort utile. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Ne pas discriminer entre différentes idées et pratiques politiques et religieuses en les mettant dans une catégorie parapluie vide de sens ne peut que servir à justifier de la discrimination. « Intégrisme » est le mot qui cache le mieux l’islamophobie et la xénophobie en leur donnant des airs de lutte pour la laïcité et l’égalité. Qu’on l’élimine donc de notre vocabulaire. 

mercredi 18 février 2015

Vers une plateforme multiforme pour Québec solidaire

La première mouture de la plateforme électorale de Québec solidaire avait été adoptée dans les premiers mois d’existence du parti, en vue de l’élection générale de 2007. L’approche proposée avait alors été de rassembler 25 engagements pour les premiers 1000 jours d’un gouvernement solidaire. L’avantage de la formule (avancée par le regretté François Cyr) était de pousser des militantes et des militants ayant l’habitude de revendiquer et de contester à faire des propositions et à se voir à la place du gouvernement.

Cette formule avait cependant le défaut de marginaliser les propositions qui n’étaient réalisables qu’advenant l’indépendance du Québec. Aussi, elle était difficile à appliquer à l’époque où le parti n’avait pas de programme. Tout le monde voulait discuter de tout, tout de suite.

En 2008, le congrès sur la seconde plateforme n’avait pas pu traiter la majorité des sujets à son ordre du jour, tant l’appétit des membres pour de nouveaux débats et leur capacité pour la formulation de propositions et d’amendements étaient grands. Depuis lors, les plateformes ont été le résultat de processus décisionnels complexes et leur rapport avec le programme en construction a été pour le moins ambigu.

Les liens entre les plateformes adoptées et la conduite de la campagne électorale ont aussi été pour le moins complexes et indirects. Le matériel produit pour la campagne nationale mettait l’accent sur cinq ou six éléments, souvent sans mentionner l’existence même de la plateforme. Chaque campagne locale était également prise un peu de court en cherchant comment les engagements nationaux pouvaient se transposer dans leur réalité spécifique.

D’ici les prochaines élections générales, prévues par la loi pour octobre 2018, le parti aura l’occasion de terminer la première ronde des discussions sur le programme. Il en ressortira une vision globale et à long terme de ce que Québec solidaire cherche à accomplir. Sur cette base, nous pouvons revoir la question de la plateforme d’engagements électoraux dans une perspective stratégique. C’est une nouvelle vision de ce que pourrait être cette plateforme que nous esquissons ici.

Quatre plateformes en une

Québec solidaire fait face à plusieurs défis au cours de la prochaine période s’il veut dépasser son statut actuel de quatrième parti sympathique ou de conscience de gauche de l’Assemblée nationale. Un premier défi est d’apparaître comme une alternative gouvernementale crédible. Un autre est de rallier autour de nous le mouvement indépendantiste en action. Un troisième est de faire élire des solidaires en dehors de Montréal. Un moyen parmi d’autres d’avancer sur ces trois plans est de redéfinir ce qu’on entend par une plate-forme électorale.

D’abord, pour arriver à rendre plausible l’élection d’un gouvernement solidaire, la plateforme devrait contenir une série de mesures réalisables dès les premières semaines suivant la prise du pouvoir, et ce à partir de l’exécutif, sans passer par l’adoption de nouvelles lois. Ce premier volet de la plateforme aurait aussi l’avantage d’être réalisable même advenant l’élection d’un gouvernement solidaire minoritaire.

L’exercice de formulation de cet aspect de la plateforme aussi comme effet indirect de préparer le parti à la prise du pouvoir d’une manière concrète, en se demandant ce que la formation d’un gouvernement signifie en termes de capacité d’action immédiate. Pour un gouvernement de gauche à contre-courant du consensus économique dominant, cette première série de mesures sera cruciale pour contrer les tentatives de sabotage des milieux financiers et du grand capital. Elles permettront aussi de donner un signal à la population que le nouveau gouvernement à l’intention de résister aux pressions des milieux d’affaire et de se situer en symbiose avec les mobilisations sociales et écologiques.

Le deuxième aspect de la plateforme devrait être en continuité avec la démarche habituelle, soit une série de mesures structurantes pouvant être appliquées durant un premier mandat de quatre ans. Ces mesures demanderaient probablement des changements législatifs et seraient plus longues à mettre en place. Mais elles resteraient limitées par le cadre provincial des pouvoirs dont dispose déjà le Québec.

La troisième partie de la plateforme devrait rassembler une série d’objectifs réalisables seulement par un Québec indépendant. Ces propositions seraient au cœur de l’argumentaire indépendantiste du parti. C’est notre pays de projets. La convocation de l’assemblée constituante et la démarche pouvant mener à l’indépendance prend alors à la fois un sens démocratique (l’auto-détermination elle-même) et un contenu social (les projets rendus réalisables par l’indépendance).

Enfin, chaque région devrait disposer d’une plateforme présentant des projets spécifiques fondés sur une analyse fine de leur réalité économique et sociale. Ces plateformes régionales serviraient d’argumentaire pour justifier l’élection de députés solidaires ayant comme rôle de rassembler les intervenants régionaux en vue de réaliser ces projets. Certains éléments de ces plateformes devraient être réalisables même advenant l’élection d’un gouvernement qui ne soit pas de Québec solidaire.

Au bout de cette nouvelle démarche, on se retrouverait donc avec une plateforme gouvernementale, une plateforme législative, une plateforme indépendantiste et une série de plateformes régionales. Le matériel produit en grande quantité, de même que les outils virtuels, devrait faire ressortir certains éléments de chacune des quatre plateformes particulièrement pertinents dans le contexte spécifique de 2018 tout en faisant référence à l’ensemble.

En somme, nous offririons à la population la possibilité d’un gouvernement solidaire, d’une assemblée nationale solidaire, d’un pays solidaire et de régions solidaires, en même temps et dans une harmonie rendue possible par la vision se dégageant du programme.