lundi 16 septembre 2013

La prohibition des signes religieux, contre la laïcité

Les partisans de la prohibition des signes religieux pour les travailleuses et travailleurs du secteur public évoquent fréquemment le cas de la France où cette mesure est en place depuis des lustres afin de justifier ce qu’on considère comme une sorte de rattrapage. La France serait un modèle de laïcité à suivre, tandis que le Québec, avec son laisser-aller pluraliste d’inspiration anglaise tarderait à compléter la laïcisation de ses institutions. J’avance qu’au contraire le modèle québécois, fondé sur l’acceptation de la diversité religieuse y compris dans ses manifestations vestimentaires, constitue la voie de l’avenir, tandis que le courant de pensée dominant en France s’accroche à un passé révolu et ce faisant dénature la notion même de laïcité.

Aux origines révolutionnaires de la laïcité

Dans la France d’Ancien régime, les privilèges de l’aristocratie et ceux du clergé allaient de pair, dans un système légal profondément inégalitaire. La monarchie absolue était fondée sur la sanction de l’Église établissant le roi comme un représentant de Dieu sur Terre. C’est pourquoi la révolution démocratique bourgeoise (de 1789 à 1871, pour la France) a été menée en bonne partie contre l’Église catholique, bastion idéologique de la résistance conservatrice antidémocratique. Une religion à la quelle adhéraient la grande majorité des Français.

Deux camps se sont alors affrontés sur le terrain de l’identité nationale. D’un côté les républicains qui voyaient dans la révolution de 1789, avec ses valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité, l’expression la plus achevée d’une nation aspirant à l’universel; de l’autre, les monarchistes qui considéraient la religion catholique comme un aspect essentiel de la nation enracinée dans son histoire particulière. Sans le ralliement d’une partie des catholiques (par exemple Victor Hugo, à la fois fervent catholique et opposé au pouvoir temporel de l’Église) à l’idéal républicain et démocratique, la révolution démocratique n’aurait jamais pu l’emporter.

Si le terme de laïcité n’était pas utilisé à l’époque, c’est sans doute que la division entre les deux camps était si claire et concrète que cette abstraction n’y aurait rien ajouté. La notion de « laïc » représentait alors les adhérents à la religion catholiques qui ne faisaient pas partie des ordres religieux, comme ce fut le cas au Québec jusqu’aux années 1960.

La question des « signes religieux » ne se posait pas vraiment non plus. Les membres du clergé avaient leurs habits bien distinctifs, les aristocrates leurs vêtements ostentatoires, chaque métier ou profession ses codes vestimentaires particuliers. Aux vêtements symbolisant les autorités traditionnelles, on opposait les symboles de la révolution (cocarde tricolore et autres), comme pour deux armées bien distinctes sur le champ de bataille. En fait, cette confrontation entre l’Église conservatrice et l’État révolutionnaire a été d’une rare violence, avec la guerre en Vendée et l’exécution de prêtres réfractaires, notamment[i].

C’est lorsque le régime républicain s’est enfin stabilisé, avec la 3e République (1871-1940) que la question de la laïcité des institutions s’est posée. Il s’agissait de déterminer la place que pouvait continuer d’avoir l’Église catholique dans une France désormais républicaine pour de bon mais plus révolutionnaire. L’établissement d’un réseau d’écoles publiques à partir des années 1880, puis la loi de séparation de 1905 ont été les principaux axes de ce qu’on appelle aujourd’hui la laïcité. À noter, les écoles privées (pour la plupart catholiques et subventionnées par l’État) ont toujours continué d’exister en France en parallèle avec le réseau public laïque.

Comme les écoles avaient été assumées en bonne partie par des congrégations religieuses catholiques jusqu’à la grande réforme du Ministre Ferry, l’établissement d’écoles « laïques » allait de pair avec l’embauche d’enseignants « laïcs », c'est-à-dire n’appartenant à aucun ordre religieux.[ii] Ce qui n’empêchait pas la grande majorité d’entre eux d’aller à la messe le dimanche… On ne parlait pas alors de « symboles religieux », au sens où on l’entend aujourd’hui avec des accessoires permettant d’identifier l’appartenance religieuse d’une personne, mais carrément d’uniformes religieux couvrant les frères enseignants et sœurs enseignantes de la tête aux pieds. À noter, les anticléricaux les plus radicaux à l’Assemblée nationale française ont proposé une loi interdisant le port de la soutane dans les endroits publics! Pour certains, la guerre contre l’Église commencée durant la Grande Révolution ne pouvait s’arrêter que par l’éradication de tout vestige religieux dans la société. Mais la majorité des députés, incluant les Ministres responsables de la loi de 1905 comme Briand, se sont opposés à ces excès.
En somme, le fait d’exiger des personnes enseignant dans les écoles publiques qu’elles s’habillent d’une manière « laïque » était une mesure tout à fait logique dans le contexte d’un effort visant à créer des institutions publiques dans lesquelles tous les enfants français seraient réunis indépendamment de la religion de leur famille, autour d’une identification à des valeurs communes non religieuses comme la citoyenneté et le patriotisme. Cet effort était mené contre la domination historique de la religion catholique, encore largement majoritaire dans le pays, dans le but d’accorder une citoyenneté égale aux membres de minorités religieuses et philosophiques (protestants, juifs, athées, etc.). C’est le sens premier du combat pour la laïcité, un combat pour l’égalité dans une société pluraliste sur le plan des croyances.

Le tournant conservateur et identitaire des années 1990

Jusqu’aux années 1980, les partisans d’un approfondissement de la laïcisation en France ont concentré leur attention sur les entorses au principe laïque préservées depuis la 3e république, comme les écoles privées confessionnelles subventionnées par l’État ou la législation spéciale pour la région d’Alsace-Lorraine (reprise à l’Allemagne en 1918). La dernière tentative de réforme substantielle sur le plan scolaire, durant le premier mandat de Mitterrand, a été bloquée par une mobilisation massive des parents catholiques (non sans rappeler les manifestations récentes contre le mariage homosexuel). Le gouvernement de gauche a alors cédé aux pressions des parents attachés à la religion majoritaire.
Mais dans les années 1980, deux autres phénomènes vont changer la nature et le contenu du débat : d’une part, la montée de l’extrême-droite du Front national avec sa rhétorique anti-immigration et son hostilité envers la minorité d’origine magrébine; d’autre part, la montée de différents courants politiques conservateurs se réclamant de l’Islam dans quelques pays musulmans (Iran, Afghanistan, Algérie…)  et dont l’influence s’étend à des éléments de la minorité musulmane dans les pays occidentaux. Au bout d’un processus graduel de réajustement idéologique, l’extrême-droite française est d’ailleurs parvenue à transformer son discours anti-arabe en discours antimusulman, et donc à se réclamer de la laïcité, après avoir longtemps pris racine dans le vieux courant conservateur catholique.[iii]

C’est dans ce nouveau contexte qu’on commence à s’inquiéter de l’apparition de « symboles religieux », en particulier le foulard islamique (hijab) qu’on s’entête à appeler « le voile » en France, ce qui crée une confusion utile avec d’autres vêtements couvrant le visage comme le tchador, le niqab et la burka. Si le caractère sexiste du hijab est indéniable (comme pour les talons hauts, le maquillage, etc.), les arguments en faveur de sa prohibition, au nom du principe de la laïcité, sont pour le moins problématiques. Premièrement, on s’intéresse rarement à ce que pensent les femmes qui le portent. Le fait est que les motifs varient énormément d’une femme à une autre, surtout dans le contexte occidental, allant de la piété à la défiance politique en passant par l’affirmation identitaire et la simple habitude culturelle.

Mais les philosophes républicains de la nouvelle vague ne s’embêtent pas d’une telle sociologie et décrètent qu’il s’agit (peu importe ce que pensent les femmes en question) d’un symbole intégriste, fondamentaliste, exprimant une hostilité envers les « valeurs de la république » et la démocratie elle-même. Ce faisant, on donne à la laïcité une nouvelle mission, celle de protéger la majorité (catholique ou agnostique) contre la visibilité grandissante des religions minoritaires.[iv] Ce qui est précisément le contraire de ce qu’on cherchait à faire avec la laïcité, de la Révolution de 1789 jusqu’à l’adoption de la loi de 1905 et au-delà.

On est allé jusqu’à interdire, en 2004, aux adolescentes qui fréquentent les lycées publics de porter le hijab, ce qui va forcer les plus déterminées d’entre elles à trouver refuge… dans les écoles privées catholiques ! Beau modèle d’intégration! Depuis, la chasse aux voiles se poursuit inlassablement. On interdit maintenant aux mères qui portent le hijab d’accompagner leurs enfants dans des sorties scolaires. On veut interdire le port du « voile » pour les éducatrices dans les garderies privées. Les prohibitions n’ont pas de fin à partir du moment où l’État se permet d’interdire quelque chose simplement parce que c’est un symbole d’appartenance religieuse et qu’on considère ce symbole, porté par un individu, comme un attaque contre la collectivité et le caractère laïque des institutions, voir contre les valeurs communes de la société dans son ensemble.

Mais quand on y pense un peu, on doit admettre que cette judiciarisation des habitudes vestimentaires ne correspond plus à une nécessité politique réelle. Le fait que les écoles privées catholiques soient subventionnées par l’État constitue une entorse au principe de la laïcité beaucoup plus grave que la présence de quelques dizaines de hijabs ou kippas parmi les cent mille personnes qui travaillent dans les écoles publiques québécoises. En fait, l’acceptation de ces symboles constituerait un pas en avant dans la laïcisation en affirmant clairement que c’est l’État qui se doit d’être laïque précisément pour que les personnes soient libres de croire ou non et de pratiquer leur religion comme bon leur semble, tant que leur pratique n’empiète pas sur les droits des autres ou ne constitue pas un fardeau pour l’institution. Le but de la laïcité est précisément d’assurer l’égalité des personnes appartenant à des religions ou des courants de pensée minoritaires. Il s’agit, autrement dit, de retirer à l’État le droit de légiférer sur des choix moraux personnels (vêtements, alimentation) n’ayant pas d’impact significatif sur la vie des autres. Les débats moraux peuvent alors se poursuivre librement au niveau de la société civile, comme par exemple entre les personnes qui veulent promouvoir le hijab et celles qui veulent le dénoncer.

Bernard Drainville a affirmé récemment que le travail dans le secteur public n’est pas un droit. On croirait entendre parler un aristocrate qui n’a jamais eu besoin de travailler pour gagner sa vie! Le fait est que l’équité dans l’accès à tout type d’emploi est un principe fondamental pour une société laïque et démocratique. Limiter l’accès à de nombreux emplois en prohibant les vêtements et accessoires ayant une connotation religieuse va à l’encontre de la Charte québécoise des droits et libertés, adoptée il y a près de 40 ans. À noter, il s’agit environ de 35% des emplois occupés par des femmes mais de seulement 15% des emplois masculins.[v]

Créer une exception aux règles établies dans cette charte en créant une nouvelle charte « des valeurs » constitue une rupture avec les valeurs que nous avons affirmées comme société depuis la Révolution tranquille. Ces valeurs incluent l’égalité des droits pour toutes les personnes qui vivent au Québec, indépendamment de leur identité culturelle ou religieuse. Prendre exemple sur la France et sa nouvelle laïcité identitaire et autoritaire, hostile aux minorités, serait un recul majeur pour la laïcité.



[i] On peut lire Quatre-vingt-treize de Victor Hugo pour se mettre en contexte.
[ii] Baubérot, J. (2010). Histoire de la laïcité en France (5e éd.). Paris: Presses universitaires de France.
[iii] Baubérot, J. (2012). La laïcité falsifiée. Paris: Découverte.
[iv] Tevanian, P. (2013). Une révolution conservatrice dans la laïcité: de Ferry à Le Pen, en passant par Stasi et Mélenchon. Les mots sont importants. Retrieved from http://lmsi.net/Une-revolution-conservatrice-dans
[v] http://qe.cirano.qc.ca/theme/marche_du_travail/population_active, données du recensement de 2011, consulté le 16 septembre 2013. 

mercredi 4 septembre 2013

Réflexion autour de « L’interculturalisme : un point de vue Québécois » de Gérard Bouchard


Dans un ouvrage impressionnant par son érudition et son ampleur [i], Gérard Bouchard, professeur à  l’UQAC et co-président avec Charles Taylor de la célèbre commission, développe et défend les idées de l’interculturalisme, la conception de l’intégration citoyenne adoptée - mais pas toujours clairement définie - par l’État québécois. Dans le contexte du débat sur la Charte des valeurs, cette contribution tombe à point et devrait permettre de clarifier les différentes options en jeu, pendant que bien des commentateurs s’adonnent à la diffusion de demi-vérités, aux raccourcis commodes et à une guérilla idéologique qui sème la confusion. Voici mon interprétation personnelle de la thèse qui y est défendue.

Trois options à rejeter

L’enjeu de l’intégration citoyenne - un ensemble de politique visant à créer une société où les différents se règles pacifiquement et à laquelle l’ensemble de la population peut s’identifier par divers repères culturels et axiologiques (relatifs aux valeurs) - est bien présent dans la plupart des pays. À cette question, quatre grandes catégories de réponses ont été données jusqu’à maintenant. Bouchard en écarte trois : le multiculturalisme canadien, l’assimilation et le modèle républicain français.

Le multiculturalisme ne convient pas au Québec parce qu’il repose sur la prémisse (contestable même dans le contexte du Canada anglais) de l’absence d’une majorité culturelle, toutes les communautés et toutes les identités étant abordées (en théorie) sur un pied d’égalité. Dans le cas du Québec, d’abord, l’existence d’une majorité culturelle est indéniable, peu importe comment on la définit. Dans son acception la plus étroite, les descendants des colons de la Nouvelle-France constituent plus des deux tiers de la population. Si on élargit à l’ensemble des personnes de langue maternelle française, on dépasse les 80%. Mais plus important encore, cette majorité constitue aussi une minorité culturelle dans le contexte canadien et nord-américain. Cette minorité a été conquise, réprimée et menacée par l’assimilation. On peut débattre longtemps sur la gravité de la situation du français à Montréal et ailleurs, mais on doit s’entendre pour accepter que des mesures soient prises par l’État pour protéger cette minorité-majorité, comme la loi 101, ne serait-ce que pour préserver la diversité culturelle de l’humanité.

Une politique d’assimilation ne convient plus à notre époque. À côté de (et avec) la majorité historique canadienne-française, plusieurs minorités de diverses natures ont été constituée à travers les vagues successives d’immigration. Se donner comme objectif d’assimiler complètement les membres de ces minorités pour en faire de bons Canadiens-français s’identifiant à nos ancêtres les colons du 17e et du 18e siècle n’est pas un objectif réaliste. Derrière l’apparence d’un objectif ambitieux, il s’agirait en fait d’un repli sur soi, de l’abandon de la construction de ce peuple québécois qui est en marche depuis les années 1960. Aussi, une telle politique risque de créer deux catégories de citoyennes et de citoyens, en justifiant des pratiques discriminatoires par le « refus de s’intégrer » des membres des minorités.

Bouchard écarte également le modèle républicain français, soit la prétention à une citoyenneté abstraite et universelle reposant uniquement sur l’attachement aux institutions démocratiques communes. D’abord, ce modèle, même dans le cas de la France, repose sur une imposture. Dans les faits, aucun pays n’est exempt de repères culturels particuliers. La France, comme tous les pays occidentaux, hérite de longs siècles de domination idéologique du christianisme, qui lui-même avait intégré des éléments de culture juive, gréco-romaine et païenne. (Pensons seulement à notre calendrier!) Prétendre que notre culture nationale est universelle permet de catégoriser (et de mépriser) comme « culturel » ou « communautaire » ce qui caractérise les minorités, en niant que la nation elle-même est une communauté et possède sa propre culture. Le refus de l’État français de même constituer des statistiques sur la situation socio-économique des minorités, au nom de cet universalisme abstrait, ou la décision récente de retirer le mot « race » dans la liste des motifs de discrimination (parce que ce serait raciste…) est un exemple de l’absurdité de cette politique de l’autruche. Toute l’histoire du colonialisme est aussi remplie de cette prétention à l’universel et au monopole de la raison et du progrès, face aux populations conquises, jugées primitives et irrationnelles.

Un modèle en équilibre

De son côté, le modèle de l’interculturalisme cherche à constituer un point d’équilibre entre des objectifs et des valeurs également légitimes. Si la majorité a le droit de s’affirmer comme telle et de préserver son existence face aux dangers de la mondialisation et de l’uniformisation culturelle, les minorités ont également le droit de demeurer attachées à leur héritage particulier, à leurs habitudes alimentaires ou vestimentaires, par exemple. Les études effectuées sur le sujet démontrent en fait que les membres de minorités culturelles ayant à leur disposition des organisations leur permettant de préserver cet héritage s’intègrent mieux à leur société d’accueil que les personnes isolées et acculturées.

S’il est primordial de faire reposer les institutions publiques sur des valeurs universelles et acceptées par toutes et tous (démocratie, égalité des droits, justice), ces institutions ne peuvent pas fonctionner sans un enracinement historique (les origines de notre système parlementaire, la révolution tranquille, etc.) et des points de repère culturels également communs (la langue française, la littérature québécoise). Il s’agit de construire une culture publique commune, fondée sur la culture particulière de la majorité, mais capable de transcender cette dernière en dégageant ses qualités universelles et d’évoluer en intégrant l’apport des groupes minoritaires historiques et des nouvelles populations.

Une intégration réussie, en plus de ses aspects culturels et politiques, repose sur la justice sociale et la participation économique. On peut difficilement imaginer un ralliement au projet national québécois de populations victimes de diverses formes de discrimination formelle ou informelle. Plusieurs études démontrent que celles-ci sont bien présentes dans notre société, notamment le bon vieux racisme contre les Noirs et la plus récente tendance islamophobe qui s’attaque aux personnes originaires de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Une société unie et tournée vers l’avenir doit être une société juste.

En ce qui concerne la laïcité, Bouchard réitère les recommandations du rapport de la Commission qu’il a coprésidé. Il s’agit de développer un modèle de laïcité qui soit compatible avec la préservation de la culture majoritaire (on ne va pas changer les saints noms des villages ou enlever la croix sur le drapeau…) tout en respectant les droits des personnes et des minorités. On devrait pouvoir progresser sur le plan de la laïcisation des institutions (pas de prière chrétienne au conseil municipal, par exemple) sans créer de nouveaux motifs de discrimination (en interdisant les signes religieux pour tout le secteur public, par exemple).

Pour ce qui est des « accommodements » pour motifs religieux, il faudrait établir certaines balises administratives pour s’assurer qu’ils soient bel et bien « raisonnables », c'est-à-dire que leur acceptation ne brime pas les droits d’autres personnes et ne constituent pas un fardeau pour l’institution concernée. Afin de surveiller l’application d’une telle politique, Bouchard propos de mettre en place un organisme public qui étudierait attentivement les cas réels et conseillerait les administrations des divers services et ministères.

En somme, le Québec n’a pas à choisir entre sa propre disparition dans le creuset multiculturel canadien ou un repli sur son vieux fond identitaire. Dans un cas comme dans l’autre, on arriverait à une sorte de folklorisation de la culture québécoise. Le Québec n’est pas non plus obligé de choisir entre une laïcité conformiste à la française ou un retour au clérico-conservatisme à la Duplessis. Ces deux options seraient également en opposition au projet déjà implicite dans la loi 101 et réaffirmé dans nos politiques d’immigration, soit l’intégration de membres de diverses minorités, y compris de minorités religieuses, à un projet national qui soit compatible avec le respect de leurs droits. Si notre culture publique commune doit reposer sur des valeurs, que celles-ci soient des valeurs d’équité, de justice et de solidarité. La perspective d’avenir la plus prometteuse pour le Québec est celle d’une nation unie par la langue française et des institutions démocratiques, mais plurielle sur le plan des origines, des croyances et des habitudes de vie.





[i] Bouchard, G. (2012). L'interculturalisme: un point de vue québécois. Montréal: Boréal.