jeudi 6 septembre 2012

Comment le PQ a perdu sa majorité par ses propres moyens


Les gens qui ont fait campagne pour le vote « stratégique » ont tendance à présumer que si Québec solidaire ou Option nationale n’étaient pas dans la course, leus votes se transféreraient massivement vers le PQ, par défaut. Cette supposition n’a été démontrée par personne à ma connaissance. Ma propre expérience me dit qu’il y a bien du monde qui choisirait d’annuler ou de rester à la maison.
Ceci étant dit, la notion que QS, et dans une moindre mesure ON, aurait couté au PQ la majorité tant convoitée est une insulte pour le Parti québécois et ses capacités à mobiliser sa propre base, à convaincre les gens d’aller voter, ou à arracher des votes à ses adversaires du PLQ et de la CAQ. 
Lors de l’élection du 4 septembre 2012, il y a dix circonscriptions dans lesquelles la candidature du PQ est arrivée à moins de 5% de celle qui l’a finalement emporté. Si le PQ avait gagné ces 10 sièges, il disposerait d’une majorité solide de 64 député-e-s.  Sept de ces comtés sont allés aux Libéraux, trois à la CAQ. À noter, Gouin et Mercier sont loin de figurer dans cette catégorie avec la marge de victoire de plus de 13% pour Françoise David et de près de 20% pour Amir Khadir.

Examinons les chiffres de plus près, en utilisant le nombre total de votes pour chaque parti.
Circonscription
PLQ
PQ
CAQ
QS
ON
Marge
La Prairie
9330
11034
11114
1196
477
80  
Papineau
12996
12769
8218
2013
574
227
Jean-Lesage
9965
9314
8894
2597
1289
651
Maskinongé
11676
10888
10907
1334
789
769
Verdun
11877
11353
6373
2449
525
524
Trois-Rivières
11248
10254
7447
1609
1129
994
Mégantic
9946
8847
7260
1531
473
1099
Groulx
8776
14948
16711
1892
895
1763
Soulanges
12795
11281
10234
1323
495
1514
Montarville
10983
14175
16083
2010
877
1908
Total



17954
7523
9579


On voit donc que le PQ a manqué sa majorité par un total de moins de 10 000 votes! En fait, si on présume que le PQ a la capacité à convaincre une frange de l’électorat caquiste ou libéral de voter pour ses candidatures, il aurait suffi d’un transfert de moins de 5000 votes du parti gagnant vers le PQ (ce qu’on appelle un « swing » dans les élections britannique) pour faire la différence. Le même résultat était également accessible si le PQ avait convaincu 10 000 personnes de voter PQ plutôt que de rester à la maison.  Il aurait aussi gagné en convaincant suffisamment de partisans du parti qui est arrivé troisième (ou deuxième à quasi égalité avec le PQ dans le cas particulier de Maskinongé) de voter PQ pour battre le libéral ou le caquiste, selon le cas. Toute combinaison de ces trois options aurait donné à Mme Marois la majorité qu’elle convoitait.
Alors pourquoi s’acharner sur QS ou ON? Le total des votes pour ON n’équivaut même pas aux 10 000 voix nécessaires. Il aurait fallu, pour obtenir le même résultat, en moyenne, que le PQ arrache plus de 53% des votes de Québec solidaire. Est-ce qu’on pourrait s’attendre à un tel résultat, même en cas de désistement? Comme la campagne du vote stratégique a probablement enlevé à ces partis bien des votes de gens qui ont répondu à l’appel, on peut considérer les résultats de QS dans ces circonscriptions chaudement disputées comme une base solide d’appuis qui seraient difficilement transférables.  
Les tâches du PQ d’ici la prochaine élection sont donc très simples : convaincre une petite partie des millions de personnes qui ont voté libéral ou caquiste ou qui se sont abstenues de se rallier à son nouveau gouvernement pour lui permettre d’obtenir une majorité. L’alternative consistant à tenter de rafler la majorité des votes de QS ou la totalité des votes de ON dans une série de circonscriptions est une stratégie beaucoup moins prometteuse.