mardi 12 juillet 2011

Harry Potter

Étant en vacances, je n'ai rien de mieux à faire que de me laisser emporter par la vague médiatique entourant la sortie du 8e et dernier film de la série Harry Potter. J'ai lu tous les livres, en anglais, au deux à trois fois chacun. Jessica et moi avons revu tous les film ensemble pour se mettre dans le bain. Le site www.mugglenet.com est devenu ma référence principale, je suis même abonné à leurs tweets.

Jusqu'ou va ma manie Potter? Disons que je n'irai pas jusqu'à me déguiser pour assister à la première. Mais je prends la peine de regarder des entrevues avec les acteurs et j'ai même assisté, en direct sur le web, au tapis rouge à Trafalgar Square pour la première mondiale!

Pourquoi un tel attachement pour des livres et les films qui s'en sont inspirés? Premièrement, on doit rendre à Rowling ce qui lui appartient, soit d'avoir créé un monde à la fois fantastique et cohérent, déployé sur 4 mille pages de texte. Elle a réussi à créer des personnages attachants (Comment résister à ces jeunes apprentis magiciens aux prises avec l'adolescence?). Mais plus encore, elle a créé une fresque grandiose sur la lutte contre le mal, qu'elle définit comme un mélange d'intolérance et de soif de pouvoir, et dont le ressort fondamental est le manque d'amour.

Face à ce fascisme magnifié par la magie, nos jeunes héros et héroïnes doivent faire preuve de courage, d'abnégation, d'ingéniosité et de persévérance, des valeurs universelles qui sont loin d'être encouragées par la culture marchande superficielle qui domine les media de masse. Harry, Ron, Hermione, et les autres résistants doivent s'unir et lutter ensemble pour créer une société libre et respectueuse des différences (entre les magiciens et les humains ordinaires, entre les humains et les autres créatures pensantes).

Combien d'histoires présentées dans les films hollywoodiens ou à la télévision montrent des gens qui luttent pour le bien de l'humanité au lieu de ne chercher que leur petit bien être personnel? Il y a certainement des héros de diverses sortes, principalements issus de la bande dessinée, qui sauvent le monde en 90 minutes. Mais Harry Potter nous montre que des personnes fragiles, vulnérables et souvent désorientées et déséprérées peuvent aussi triompher si elles s'unissent et prennent des risques. En cela, l'oeuvre de Rowling rejoint celle d'un autre énorme succès de librairie, Tolkien, avec ses petits hobbits qui viennent à bout d'un empire tout puissant.

Les héros habituels nous divertissent en montrant des exploits impossibles, mais ceux de Harry Potter, paradoxalement, malgré toute leur magie, nous mettent au défi de changer notre monde, de combattre nos dictateurs et nos racistes, à la mesure de nos moyens... humains.

lundi 11 juillet 2011

Assemblée sur QS à Toronto

Vendredi soir, j'étais l'invité de la Greater Toronto Workers' Assembly, pour un échange à propos de Québec solidaire. Il y avait une cinquantaine de personnes, dont quelques unes que je connaissais par mes implications précédentes dans des groupes socialistes. Je pense avoir fait une bonne présentation sur les origines de QS, mais la partie la plus intéressante a été, comme c'est souvent le cas, les réponses aux questions et interventions de la salle.

Le GTWA est un regroupement de diverses tendances de la gauche à Toronto, incluant des gens de Socialist Project, International Socialists, New Socialists, Communist Party, plus un certain nombre de militantes et militants sans affiliation préalables et issu-e-s des mouvements sociaux. En guise de comparaison, je dirais que c'est l'équivalent Ontarien de du RAP. Ce n'est pas un parti politique, et ses activités sont concentrées dans la solidarité avec les luttes et campagnes en cours (ex: la récente grève des postes, la Palestine...) et les discussions politiques informelles, comme celle à laquelle j'ai assisté.

Le Groupe avait adopté, en mai, une résolution en faveur du développement de relations avec QS, et la soirée de vendredi se voulait une première étape dans cette direction. Je les ai invités à envoyer des observateurs et observatrices à notre congrès des 9-11 décembre, qui portera sur la santé, l'éducation, la justice sociale et la culture.

Les questions portaient principalement sur les grandes orientations de Québec solidaire. Les gens voulaient savoir ce que QS a à dire sur le changement climatique, la question nationale québécoise, le capitalisme, etc. Il y avait aussi beaucoup d'intérêt pour notre fonctionnement, nos rapports avec les mouvements sociaux, l'importance du féminisme ou la place qu'on accorde aux élections.

J'ai répondu brièvement et au meilleur de ma connaissance à la plupart des questions posées. Il y en avait des tonnes! À la fin, j'avais l'impression qu'on aurait facilement pu discuter pendant toute une journée, de la question du Québec (dont on ne parle pas souvent en Ontario...), de ce qu'un parti politique de gauche peut faire pour appuyer les luttes sociales, du programme de QS en construction, de l'expérience concrète du développement du parti, etc.

J'espère avoir d'autres occasion de faire connaître Québec solidaire au Canada anglais. Cette expérience m'a donné un élan de confiance en moi et d'optimisme quand à la capacité du parti à relever les défis qui s'annoncent.

jeudi 7 juillet 2011

Peter Gabriel

Je suis allé voir Peter Gabriel en concert à Toronto le 22 juin. C'était sans doute l'expérience musicale la plus intense de ma vie. J'en suis sorti complètement bouleversé, comme si j'avais fait une thérapie collective avec les 10,000 personnes présentes. Sa voix, à 61 ans, était sans failles et vibrante d'émotion. Les arrangements pour l'orchestre symphonique de 50 musiciens étaient brillants. Les aspects visuels (projections, lumières) étaient impécables et originaux, comme toujours.

Depuis, je redécouvre l'oeuvre de ce grand artiste: j'ai visité son site Internet, je me suis abonné à ses tweets, etc. Ça fait plus de vingt ans que je n'ai pas prêté attention au travail de mon chanteur et auteur-compositeur préféré. J'ai l'impression d'avoir laissé tomber un ami. Alors je me rattrape. J'ai acheté trois albums que je n'avais pas encore: US, UP et Scratch my back. Je vais prendre le temps de les écouter un à la fois, attentivement.

Cette semaine, je me suis consacré à US, un album paru en 1992 et dont je ne connaissait, superficiellement, que les hits (Steam, Diging in the dirt, Kiss that frog). C'est un album remarquable, plein d'émotion, original, intime. Ma théorie pour expliquer pourquoi j'ai décroché de Gabriel dans cette période est que je n'avais pas la maturité nécessaire, à 26-27 ans, pour bien saisir ce dont il parlait quand il en avait 42. Je vais avoir 45 ans dans quelques jours, alors maintenant, je comnprends. Dans la quarantaine, on commence à comprendre combien les rapports qu'on a avec les autres (notre famille, nos amours, nos amis) peuvent être précieux et plus complexes qu'il n'y parait.

La semaine prochaine, je vais embarquer dans UP, sorti quelques années plus tard. On y reviendra. Quand à Scratch my back, c'est son album d'interprétations. Il a fait une série d'échanges de chansons avec d'autres artistes, dont Paul Simon, David Bowie, Randy Newman et Arcade Fire. Plusieurs de ces pièces étaient dans le sepectacle du 22 juin. Sa version de The Boy in the Bubble de Simon est totalement inattendue! Il admettait lui-même au spectacle avoir enlevé à cette pièce toute l'énegie africaine de la version originale, pour ne laisser qu'une chanson triste d'homme blanc... Il prévoit sortir un autre album (I'll scratch yours) avec des interprétations de ses propres chansons par les mêmes artistes. Ça promet!

Gabriel ne fait jamais rien comme les autres et cherche toujours de nouvelles sources d'inspiration et de nouvelles influences. C'est ce qui lui permet de se renouveler constamment et de ne jamais tomber dans la facilité. Il est aussi engagé dans toutes sortes de causes sociales et politiques, avec une orientations que je qualifierait de libérale au sens philosophique du terme, mais clairement dans le camp progressiste. À la fin de la première partie du spectacle, il a présenté la chanson Biko - écrite pour un militant sud-africain tué par la police en 1977 - en parlant du printemps arabe et des révolutions démocratiques du début de 2011. À la fin de la chanson, toute la foule était debout, poings levés, chantant en choeur. Un grand moment de fusion entre le monde du spectacle et l'action politique.

Merci Peter, je ne te laisserai plus tomber!

Visitez www.petergabriel.com pour découvrir l'univers de cet artiste unique.

mercredi 6 juillet 2011

Le retour du blogueur solidaire: Gaza

Je suis en vacances depuis lundi, officiellement. Alors je vais commencer à bloguer pour vrai, pas juste à mettre des textes bien construits ou déjà publiés sur mon blogue. Est-ce que ça va m'attirer des ennuis? Peut-être! Mais, comme disait Napoléon: On s'engage et puis on voit!

Depuis quelques jours, ce qui m'occupe et me préoccupe le plus est la situation de la Flottille de la liberté 2, en particulièrement du Tahrir, le bateau Québécois et Canadien pour Gaza. Je ne connais pas tous les détails de l'opération, n'étant pas un des organisateurs, mais je connais plusieurs des personnes les plus impliquées et j'ai confiance en leur jugement. Il s'agit d'une opération humanitaire et de solidarité internationale exemplaire visant à faire pression sur le gouvernement d'Israël pour qu'il lève son blocus économique sur la bande de Gaza, dont la population survit de l'aide alimentaire d'urgence depuis 5 ans. Gaza ne peut pas commercer avec le reste du monde. Son éconmie est au point mort. La population du petit territoire (à peu près de la taille de l'ile de Montréal pour 1,5 millions de personnes)manque de tout.

Mais la question qui m'intéresse, chers lecteurs et chères lectrices, est comment on en est arrivé là. L'histoire est toujours ma référence et mon outil d'analyse de prédilection. Allons-y donc de mémoire, certaines erreurs pourraient donc se glisser.

Jusqu'à la fin des années 1980, l'Orangisation de libération de la Palestine (OLP) réunissait l'essentiel des organisations palestiniennes. Elle refusait de reconnaître la légimité d'Israël et son programme était la création d'un État unifié, laïque et démocratique pour tout le territoire du mandat britannique sur la Palestine (Israël et les Territoires occupés). La lutte armée était considérée comme légitime par l'ensemble des organisations affiliées à l'OLP. Certains de ces groupes ont même innové dans le terrorisme moderne en organisant des détournements d'avion, par exemple. On se souviendra des attentats aux olympiques de Munich en 1972 comme un cas particulièrement brutal de terrorisme palestinien...laïque (on y reviendra).

Avec la fin de la guerre froide et la chutte du Bloc de l'Est, ou elle avait parfois trouvé des allés, l'OLP a décidé de changer de stratégie et d'ouvrir des négociations avec Israël, sur la base d'une sorte de reconnaissance mutuelle, mais forcément inégale, avec d'un côté un État armé jusqu'aux dents et allié des États-Unis, et de l'autre, un mouvement dispersé composé principalement d'exilés et n'ayant que peu d'amis, même dans le monde arabe. De cette négociation dans un contexte nettement défavorable sont sortis les accords d'Oslo. Par ces accords, Israël acceptait la création d'enclaves contrôlées par l'OLP sur une petite partie les territoires saisis en 1967 et promettait de pousuivre les négociations vers un réglement final. L'OLP, de son côté, reconnaissait Israël et son "droit à l'existence" et acceptait que le réglement définitif éventuel soit fondé sur la "solution des deux États".

Mais les espoirs éveillés par ces accords ont tous été trahis. Israël a multiplié le nombre de colons juifs dans les Territoires occupés, les nombreuses séances de négociations pour un réglement final ont toutes échouées, notamment à cause de l'entêtement d'Israël à empêcher la création d'un État palestinien viable, souverain, ayant Jérusalem Est comme capitale. L'OLP, en particulier sa tandance la plus forte, le Fattah, dirigé par Arafat, se transformait en gouvernement de banthoustan (sur le modèle sud-africain) autoritaire et corrompu. On parle aujourd'hui avec raison de l'apartheid israélien.

C'est sur la base de la dénonciation des accords d'Oslo et de l'échec de la stratégie de l'OLP que le Hamas (la résistance islamique) s'est construite progressivement jusqu'à rallier l'appui d'une majorité de la population des Territoires. C'est pourquoi les élections du début de 2006, dont le caractère démocratique est incontesté, ont donné une majorité à la coalition menée par le Hamas.

Ce résultat électoral démontrait l'échec du "processus de paix" amorcé avec Oslo. Mais, au lieu de prendre acte de cet échec et de tenter de relancer la négociation en inlcuant le Hamas, c'est à dire les représentants légitimes du peuple palestinien, Israël et ses alliés, dont le gouvernement Harper, on décidé de ne pas reconnaître le gouvernement issu de ces élections, de le boycotter totalement (une bonne partie de ses ressources de proto-état venant de l'aide internationale et transitant par Israël...) ce qui allait éventuellement causer une petite guerre civile entre Palestinien, le Hamas prenant le contrôle de Gaza, pendant que le Fattah dominait en Cisjordanie. Israël a par la suite repris des relations plus ou moins normale avec le Fattah, mais a complètement exclu tout rapport avec le Hamas, d'ou le blocus de la bande de Gaza.

La politique actuelle de blocus contre Gaza est donc dans la continuité avec une politique colonialiste consistant à nier à la population palestinienne le droit de choisir ses représentants. Le Hamas, comme l'OLP d'avant Oslo, est une organisation qui refuse de reconnaître Israël et qui inclus dans ses moyens d'action différentes formes de violence. La seule différence avec l'OLP est son carractère religieux, inspiré des idées des Frères Musulmans égyptiens, un des groupes qui ont fait tomber la dictature de Mubarak cet hiver. C'est pourquoi Israël et ses alliés politiques et idéologiques occidentaux mettent tant d'effort à nourrir l'islamophobie déjà bien présente dans le monde occidental.

C'est aussi dans la suite de l'échec du processus d'Oslo qu'Israël a répondu à l'enlèvement de trois de ses soldats (un par le Hamas, deux par le Hezbollah, un autre groupe islamiste mais libanais et chiite) par une guerre meurtrière contre le Liban, faisant des centaines de morts parmi les civiles. Une autre attaque semblable a ciblé uniquement Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, faisant environ 1500 morts à Gaza, dont beaucoup de femmes et d'enfants. En quoi ces deux guerres ne seraient pas du terrorisme, je n'en ai pas la moindre idée. Il s'agit, comme pour des attentants à la bombe ou des enlèvements ou des lancers de roquettes artisannales, de cibler une population civile en vue d'atteindre des objectifs politiques.

Au bout du compte, la leçon de cette histoire, pour Israël, est qu'on ne peut faire la paix qu'avec nos ennemis, il va falloir qu'ils parlent avec le Hamas. (D'ailleurs, la réconciliation récente entre le Hamas et le Fattah va compliquer grandement l'application de leur politique consistant à parler à l'un mais pas à l'autre!) Pour les mouvements palestiniens, on doit conclure qu'une paix juste avec Israël, fondée sur le droit international, ne sera possible que si on établit un rapport de force politique obligeant Israël a faire des concessions. Ceci ne sera possible que si on change la politique actuelle du Canada, des États-Unis et de plusieurs autres puissances occidentale, qui consiste à appuyer Israël sans condition et à ne jamais sanctionner ses actions même les plus brutales. C'est pourquoi j'appuie la politique de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël. C'est pourquoi j'appuie aussi la Flottille de la paix II.