dimanche 27 novembre 2011

De colère et d’espoir, de Françoise David L’anti-spin

Françoise David n’est pas une politicienne comme les autres. En fait, c’est l’incarnation même de cette « politique autrement » dont on parle beaucoup ces temps-ci. Cette autre politique, elle la pratique au quotidien depuis la parution de son ouvrage précédent (Bien commun recherché, 2004).
Dans De colère et d’espoir (Écosociété, 2011), elle nous présente un condensé de ses réflexions, de ses rencontres, de ses moments d’indignation et de ses raisons d’espérer en un autre Québec possible. On peut y observer ce qu’il convient d’appeler « la méthode Françoise », pour une action politique profondément démocratique et humaine.

Premier principe : éviter les lieux communs

Loin de la pensée unique néolibérale, Françoise se lance, dès le premier chapitre, dans une charge solide, raisonnée et bien documentée contre la croissance des inégalités et en défense des services publics, essentiels à la justice sociale. Face aux idées simplistes et réductrices des chantres de la droite qui nous disent depuis des décennies qu’il faut « créer la richesse avant de la distribuer », elle nous démontre comment les services publics et les programmes sociaux sont eux-mêmes une richesse et comment la privatisation entraine forcément l’injustice.
Ce chapitre est plein de son indignation face aux misères que notre société fait endurer inutilement à tant de monde et de sa compassion pour ceux et celles qui en arrachent. On y retrouve les sources de son engagement social, celui de toute une vie.
Pendant que l’idée de l’indépendance du Québec semble au plus bas dans les sondages et que les partis qui l’ont incarnée sont en crise profonde, elle ne se gène pas pour développer son propre argumentaire en faveur du pays. Il faut le faire, ce pays, pour des raisons d’identité, de langue, d’histoire et de culture, sans doute, mais aussi, et peut-être surtout, pour renouveler notre démocratie, créer un modèle économique fondé sur les besoins sociaux et respectueux des écosystèmes, un pays de paix et de solidarité, bref, pour changer le monde.

Deuxième principe : être à l’écoute des gens

Dans le chapitre Parler avec elles, Françoise nous fait part de ses rencontres avec des femmes musulmanes, certaines portant le foulard, d’autre non, et des discussions éclairantes qui lui ont permis de développer une vision nuancée de la fameuse question du « voile » et des signes religieux. Ces femmes qui portent le hijab veulent participer pleinement à la société, être respectées avec leur différence. Est-ce trop demander? Le Québec est-il capable de vivre avec ça? Comme Françoise, j’ose l’espérer.
Ce geste, pourtant si simple, consistant à aller à la rencontre des personnes les plus directement intéressées par une question, avant de faire de grandes déclarations péremptoires sur le sujet, est typique de sa méthode. Avant de se faire « porte-parole », il faut d’abord savoir écouter.
La même démarche est bien présente dans son chapitre sur les questions d’économie et d’environnement. Quoi de plus convaincant en effet, en appui à cette idée d’une autre économie possible, que de relater les expériences concrètes de toutes ces coopératives, petites entreprises d’économie sociale, comités citoyens, et autres initiatives locales? L’économie écologique, socialement responsable, démocratique et enracinée dans les communautés, elle existe déjà et ne demande qu’à être encouragée pour pouvoir se répandre.

Troisième principe : travailler en équipe

Je dois admettre avoir commencé la lecture du livre par le dernier chapitre, celui portant sur son expérience de membre de la direction de Québec solidaire. Ayant moi-même participé au comité de coordination national depuis le printemps 2008, j’ai eu le plaisir de travailler régulièrement avec Françoise, Amir et les autres, dans toutes sortes de situations. J’étais curieux de voir comment elle relaterait la complexité, l’intensité et le plaisir de cette expérience. Je n’ai pas été déçu.
Françoise y présente très clairement les défis en même temps que la nécessité de ce travail qui ne peut pas se faire autrement que collectivement. Et on ne parle pas que de la complémentarité entre son style et celui de l’autre porte-parole.
On ne peut pas changer la politique, changer le Québec et changer le monde avec une politique fondée sur les égos, les concours de popularité et la manipulation des médias. À 13 on a plus de chance d’arriver à une interprétation juste de la situation politique et de prendre les bonnes décisions qu’en solitaire ou à deux ou trois. Pour bâtir un programme et un parti qui vaille la peine, il faut impliquer des centaines, des milliers de personnes, dans un processus complexe et parfois frustrant.
Il y a aussi des partis inventés de toute pièce pour satisfaire des ambitions ou servir des intérêts puissants. Il y a aussi des programmes concoctés par une poignée d’experts autoproclamés. De ça, on n’en veut pas. On veut faire de la politique autrement… avec Françoise!

dimanche 13 novembre 2011

L'histoire ne se répète pas

L'ampleur de la manifestation du 10 novembre, les discours des porte-parole de divers regroupements étudiants et l'intransigeance du gouvernement Charest indiquent que nous pourrions très bien assister, durant la session d'hiver 2012, à la 9e grève générale illimitée de l'histoire du mouvement étudiant québécois.

Je suis souvent intervenu au sujet de l'histoire de ce mouvement - qui a été mon école de militantisme entre 1984 et 1996 - verbalement ou par écrit. Il n'est pas question ici de revenir sur l'ensemble de la question ou de raconter des anecdotes savoureuses. Je veux seulement revenir sur une des observations qui ressortent de mon travail antérieur sur le sujet. Chaque grève générale étudiante a eu un impact majeur sur le mouvement étudiant lui-même et à causé des changements dans les orientations ou la structure des grandes organisations étudiantes.

La grève de 1968 a mené à la mort de l'Union générale des étudiants du Québec (UGEQ), parce que ses principales associations affiliées, les associations générales des campus universitaires francophones, ont été dissoutes parce qu'on avait jugé qu'elles n'avaient pas été utiles durant la mobilisation.

Celle de 1974 (portant sur le régime d'aide financière) a mené tout droit à la fondation de l'Association nationale des étudiants du Québec (ANEQ, plus tard ANEEQ avec la féminisation du nom) le 22 mars 1975. La coordination du mouvement de grève au niveau national avait été nécessaire ainsi que la constitution d'un comité national de négociation.

Puis, en 1978, une grève portant également sur les prêts et bourses mais contre un gouvernement péquiste, allait mener à la première division du mouvement au niveau national, avec la séparation graduelle du Regroupement des associations étudiantes universitaires (RAEU), à l'origine un caucus dans l'ANEQ, puis à la fondation de la Fédération des associations étudiantes collégiales du Québec (FAECQ). Le fondement de cette division était carrément politique, avec les groupes de gauche et d'extrême-gauche d'un côté (celui de l'ANEQ) et les jeunes péquistes de l'autre (RAEU, FAECQ).

La 4e grève générale, en 1986, a été un triomphe pour l'ANEEQ, qui a fait reculer le gouvernement Bourassa dans son intention d'augmenter les droits de scolarité. Ceux-ci étaient gelés à 500$ par année depuis la grève de 1968. Cette victoire combinée au renvoi du PQ dans l'opposition en 1985 a achevé de désorienter le RAEU et la FAECQ qui n'avaient jamais mobilisé leurs membres et servaient essentiellement de tremplin pour la carrière de jeunes péquistes (dont André Boisclair). L'ANEEQ est alors redevenue le seul regroupement national étudiant pour quelques temps.

Celle de 1988 a été le début de la fin pour l'ANEEQ. Une tentative de grève offensive sur l'aide financière s'est terminée par une sorte de match nul avec le gouvernement et la démobilisation graduelle du mouvement, sans victoire claire. La porte était ouverte pour que des négociations entre quelques associations universitaires, qui étaient restées indépendantes depuis la mort du RAEU, jetent les bases d'une nouvelle fédération.

La défaite de 1990 a été marquée par plusieurs revirements. D'une part, la direction de l'ANEEQ, discréditée par son positionnement contre loi 101 en 1989 et son bilan jovialiste de la grève de 1988, n'arrivait pas à embarquer ses propres associations dans son plan d'action. Finalement, il y a eu une grève générale limitée à la grande région de Montréal et à Rimouski. La Fédération étudiante universitaire (FEUQ), toute nouvelle, s'était opposée au dégel, mais aussi à la grève et proposait comme solution l'Impôt post-universitaire (IPU). Quelques associations collégiales qui avaient refusées de même poser la question de la grève à leurs membres ont par la suite fondé la Fédération étudiante collégiale (FECQ).

On croyait alors revenir à la situation antérieure, avec le RAEU et la FAECQ. Mais l'avenir allait s'avérer plus compliqué. Contrairement à leurs prédécesseurs des années 1980, les dirigeants des Fédérations (FEUQ et FECQ) ont organisé des mobilisations de masse ponctuelles (des journées d'action, manifestations, etc.). On passait du syndicat de boutique (RAEU et FAECQ) au syndicalisme de concertation conflictuelle, à la mode dans le mouvement ouvrier dans la même période.

Pendant ce temps, l'ANEEQ est morte lentement et péniblement de ses dissensions internes et de son incapacité à donner au mouvement une nouvelle perspective stratégique claire suite à la défaite historique de 1990.

C'est la campagne contre la réforme Axworthy, une refonte des interventions du gouvernement fédéral dans les questions sociales, dont l'éducation post-secondaire, qui sera l'occasion de la prochaine mobilisation étudiante de masse (sans aller jusqu'à la grève illimitée). Cette lutte donnera l'élan pour la fondation du Mouvement pour le droit à l'éducation (MDE) en mai 1995. Mais entre temps, la FEUQ et la FECQ se sont consolidées et, désormais, c'est la gauche étudiante qui est minoritaire, contrairement à la situation du temps de l'ANEEQ.

C'est donc le MDE, en toute logique, qui sera à l'origine de la 7e grève générale étudiante, à l'automne de 1996, contre la politique de déficit zéro du gouvernement Bouchard qui menaçait d'inclure une nouvelle hausse des frais de scolarité et possiblement l'introduction de frais au collégial. Mais si le MDE était assez fort pour lancer le mouvement, il était trop petit pour le diriger et le représenter au complet. Il était aussi trop peu présent dans les universités pour que le mouvement de grève affecte plus qu'une poignée de départements. Durant cette grève, la FEUQ a freiné le mouvement jusqu'au bout, tandis que la FECQ s'est ralliée en chemin et à reculons quand quelques associations affiliées étaient déjà en grève.

Le portrait fut très différent lors de la grève suivante, la plus récente, à la session d'hiver 2005. Si l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ- successeur du MDE) a pris l'initiative du mouvement de grève, la FEUQ et la FECQ étaient aussi en mode mobilisation contre la coupe de 103 millions$ dans l'aide financière. La FECQ s'est ralliée au mouvement de grève générale assez rapidement et même la FEUQ a fini par lancer, pour la première fois de son histoire, un mot d'ordre de grève générale illimitée.

L'exclusion de l'ASSÉ des négocations avec le gouvernement a laissé un goût amer pour bien du monde, avec raison. Certains s'en sont pris agressivement aux dirigeants de la FEUQ en particulier (un comportement sectaire à l'extrême). Plusieurs ont parlé alors de trahison et défaite. Mais le fait est que les bourses ont été rétablies à leur niveau antérieur, quoi que graduellement. C'était, comme en 1968, en 1974, en 1986 ou en 1996, une victoire partielle et temporaire. Il ne peut pas y en avoir d'un autre type, à moins de faire la révolution mondiale...

Ce qui me ramène à la situation actuelle. Les principaux regroupements étudiants se sont réunis l'an dernier et se sont entendus pour ne pas mener de négociation séparée avec le gouvernement. La manifestation du 10 novembre était organisée conjointement par tous les regroupements, incluant l'ASSÉ et la FEUQ. On y a parlé abondamment, de la tribune, de la perspective d'une grève générale à la prochaine session. Tous ces faits sont sans précédent. Pouvons-nous quand même envisager que la direction de la FEUQ pourrait revenir à ses mauvaises habitudes et contribuer à la division du mouvement? C'est possible. Mais est-ce que c'est une fatalité? Je crois que non.

2012 ne sera pas 2005 ou 1996 ou 1986. C'est une nouvelle génération qui se mobilise. Une génération qui a connu la crise financière de 2008, la putréfaction du régime Charest, la crise du Bloc et du PQ, l'unification et le développement de la gauche avec Québec solidaire. Cette génération a aussi observé le printemps arabe, le mouvement des indignés en Europe, Occupy Wall Street. Toutes ces influences étaient visibles à la manifestation de jeudi dernier.

On ne sait pas comment cette grève générale probable va affecter le mouvement étudiant ou la société québécoise dans son ensemble. On peut peut pas prédire l'issue de la lutte. Tout ce qu'on sait est que les associations étudiante vont être profondément affectées par cette mobilisation et que la société québécoise va s'en porter mieux, en général. On peut souhaiter que le mouvement reste uni dans l'action et dans ses rapports avec le gouvernement, au-delà des différences politiques et organisationnelles. C'est la mobilisation démocratique des étudiantes et des étudiants à la base qui sera le principal facteur encourageant cette unité. La discussion honnête entre les directions des différentes tendances du mouvement est également souhaitable. Si trahison il y a, on la dénoncera. Mais ne présumons pas que celle-ci soit inévitable. Une telle attitude mènerait probablement à une prédiction auto-réalisée.

jeudi 8 septembre 2011

Réflexions sur le 11 septembre

(Première partie : avant 2001)

Les attentats du 11 septembre 2001 constituent une réponse désespérée, inadéquate et inhumaine à un problème bien réel, celui de la domination impérialiste occidentale sur les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, une région du monde où l’Islam est la religion de la majorité depuis plus de mille ans. La réponse à cette attaque fut tout aussi inadéquate et inhumaine. Elle a consisté, depuis maintenant dix ans, à intensifier cette même domination impérialiste par une série de guerres et d’occupations militaires, en plus d’ajouter l’insulte à l’injure en faisant subir toutes sortes d’injustices aux populations originaires de ces pays établies dans les pays occidentaux. Nous allons d’abord traiter des origines historiques de ce moment charnière dans l’histoire de l’humanité. Dans un second article, on discutera de ses conséquences et de la suite des choses.

Impérialisme

Jusqu’au 18e siècle, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord faisaient partie de l’Empire Ottoman, une puissance qui avait imposé le respect aux royaumes chrétiens alors qu’ils déployaient leur domination sur les Amériques, et une bonne partie de l’Afrique et de l’Asie. Mais à partir de la révolution industrielle et du développement du capitalisme - rendus possibles par le colonialisme lui-même et une série de révolutions sociales et politiques dans certains pays occidentaux – le vieil empire d’Orient a commencé à se désagréger et des puissances chrétiennes, au premier chef la Grande-Bretagne et la France, ont commencé à s’en tailler des morceaux. L’expédition de Bonaparte en Égypte constitue le coup d’envoi d’une entreprise de dépeçage en règle qui se conclura avec les traités consécutif à la Première guerre mondiale.

Souvenons-nous que les empires coloniaux étaient explicitement racistes, qu’ils tentaient de répandre le christianisme en même temps que le capitalisme, et justifiaient leur domination par une vision caricaturale de l’Autre, que des intellectuels contemporains ont appelés l’orientalisme. Pas étonnant que ces populations se replient sur des éléments de leur identité, dont la religion, pour résister à l’arrogance étrangère et conserver une certaine fierté.

Les Québécoises et les Québécois devraient comprendre ce phénomène, puisqu’il a marqué notre propre histoire. À la suite de la conquête anglaise, l’identification à la religion catholique a été un élément essentiel de notre stratégie de « survivance » et de résistance collective à l’assimilation. Mais ce repli identitaire ne s’est consolidé qu’à la suite de l’échec de notre tentative de révolution bourgeoise, les rébellions de 1837 et 1838. Des débuts du parlementarisme au Bas-Canada jusqu’à l’imposition de l’Acte d’Union, nos leaders politiques étaient animés par des idées libérales (au sens politique et philosophique), un nationalisme inspiré des mouvements républicains d’Europe et d’Amérique Latine et une ambition démocratique. C’est à la suite de leur défaite aux mains des troupes anglaises et face à une politique explicite d’assimilation (rapport Durham) que l’Église a pris le dessus et imposé sa vision passéiste et anti-démocratique. Il nous a fallu plus d’un siècle pour en sortir.

Il en fut de même dans la majeure partie du monde musulman. En effet, les mouvements de décolonisation des années 1940, 1950 et 1960, de l’Algérie à l’Inde en passant par l’Égypte et l’Irak, étaient inspirés par un nationalisme laïc, parfois teinté de socialisme tel qu’on le comprenait à l’époque de Staline, c'est-à-dire la prise en charge de l’économie par l’État. C’est seulement à la suite de l’échec de ces mouvements nationalistes face à l’impérialisme et aux défis de l’indépendance que le repli vers le religieux a commencé à prendre une réelle importance. Un point tournant à cet égard a sans doute été la signature d’un traité de paix séparé entre l’Égype et Israël, qui devait mener à plus de trente ans de dictature militaire d’une part, et un régime d’apartheid hautement militarisé de l’autre, les deux subventionnée à coup de milliards de dollars par les États-Unis.

Islamisme

La fin des années 1970 et le début des années 1980 sont aussi marqués par la fin d’une longue période de croissance économique et un tournant vers ce qu’on appellera le néolibéralisme. L’explosion de la dette des pays du Sud sert alors de prétexte à une nouvelle offensive néocoloniale menée par le FMI avec ses Programmes d’ajustement structurels. L’ère du nationalisme économique cède alors la place à la mondialisation.

C’est en Iran, en 1979, que la lutte entre des mouvements politiques laïques et le fondamentalisme religieux a connu un point tournant. Rien n’était joué à l’avance au moment de la chute du Shah. Mais, pour faire une histoire très courte, l’héritage empoisonné du stalinisme combiné avec les phénomènes internationaux décrits plus haut ont désarmé les forces démocratiques et permis à la théocratie de triompher.

La même année, l’URSS a eu la brillante idée d’envahir l’Afghanistan pour préserver un régime ami qui avait peine à s’imposer. Il s’en est suivi une longue guerre de guérilla d’inspiration religieuse et ultraconservatrice, financée par les États-Unis et encadrée par le Pakistan. Pour mener une partie de ces opérations, on fit appel à un aristocrate saoudien charismatique et fanatique du nom d’Oussama Ben Laden.

Lorsque l’URSS se fut finalement retirée, les combattants étrangers basés en Afghanistan, dirigés par Ben Laden, ont décidés de tourner leur attention vers l’établissement de dictatures fondamentalistes dans leurs pays d’origine, ce qui nous donna entre autre le GIA algérien, une des composantes de ce qu’on appelle Al Qaeda.
L’effondrement de l’empire russe et la fin de la guerre froide ont signifié la fin de l’utilité des combattants islamistes pour les puissances occidentales. Mais le monstre était encore en vie et a décidé de se tourner vers son créateur, comme celui de Frankenstein.

Pendant toute cette période, la situation du peuple Palestinien n’a cessé de se détériorer, avec les massacres de réfugiés en Jordanie, puis au Liban, l’expansion des colonies dans les territoires occupés, la signature de la capitulation d’Oslo par l’OLP et l’établissement de micro-bantoustans entourés de « check points » israéliens. Là aussi, le mouvement de résistance nationaliste laïc, avec ses composantes s’inspiration socialiste, a été complètement discrédité et a progressivement cédé la place à des mouvements également nationalistes mais d’inspiration religieuse, dont le Hamas.

Mais pour l’histoire qui nous intéresse, ce qu’il faut retenir est que la situation désespérée du peuple Palestinien a continué d’être l’illustration la plus claire de la domination impérialiste pour tous les peuples de cette grande région. L’appui inconditionnel des États-Unis pour Israël, et la complicité des monarchies et des dictatures arabes face à cette situation, n’ont jamais cessé de générer de la colère.
Il n’est donc pas étonnant que pour se gagner des appuis dans son propre pays, Ben Laden ait décidé de porter un grand coup contre le « grand Satan » étasunien. Son but étant de renverser la monarchie corrompu des Saoud pour établir un nouveau Califat inspiré d’un mythique âge d’or de l’Islam.

Une dernière observation essentielle pour comprendre ce qui s’est passé avant le 11 septembre et ce qui viendra par la suite, est la grande diversité idéologique et politique dans les pays de culture musulmane. Si on observe une tendance générale à un retour vers le religieux depuis les années 1980, celui-ci prend des formes variées et souvent opposées. Certains mouvement sont strictement religieux et se concentrent sur la propagation de la foi, sans se mêler de politique, tandis que d’autres visent à prendre le pouvoir d’état. Parmi les mouvements politiques, certains sont réformistes et visent à influencer le pouvoir en place et à atteindre leurs buts en passant pas les institutions existantes, tandis que d’autres veulent renverser les régimes établis. Même parmi ces derniers, on retrouve des divergences de stratégie, allant de l’agitation de masse pour renverser la dictature au terrorisme de petits groupes cherchant à en établir une nouvelle. Certains sont passéistes, fondamentalistes au sens strict, attachés à une interprétation littérale du Coran et nostalgiques pour les premiers siècles de l’hégire. Mais d’autres sont résolument modernes, désireux d’adapter l’Islam aux évolutions récentes et de le concilier avec les valeurs libérales. La division théologique entre sunnites et chiites traverse également tous ces autres courants.

En examinant cette diversité et l’histoire des derniers 50 ans, on devrait conclure que les pays musulmans n’ont pas besoin d’une Renaissance, d’une transformation idéologique profonde leur permettant d’entrer dans la modernité. Ils sont plutôt à la recherche d’une Révolution tranquille, d’un retour à une vision progressiste et démocratique de leur combat séculaire contre l’impérialisme. Une situation, encore une fois, à laquelle peuple québécois devrait pouvoir s’identifier.

Les attentats perpétrés par des cellules du réseau Al Qaeda en septembre 2001 ne sont donc pas l’expression d’un conflit de civilisations opposant, d’une part, un « monde musulman » massivement hostile depuis toujours à la modernité et anti-démocratique et, d’autre part, un « monde occidental » laïc, libéral et assiégé par des barbares opposées à « notre mode de vie ». Il s’agit plutôt de l’action la plus extrême posée par un mouvement marginal (dans ce cas, un groupe profondément politique, de culture sunnite, passéiste, anti-démocratique et violent) qui lui-même est issu d’une tendance idéologique récente.

Pas besoin de théories de la conspiration pour comprendre que l’Occident est en cause dans ces attentats. Ce sont les grandes puissances de culture chrétienne qui ont dominé par la force et par la corruption le monde arabo-musulman, soutenu la colonie de peuplement sioniste depuis 1948, puis financé et armé la frange la plus radicale du fondamentalisme pour s’en servir contre les dictatures « communistes ». À chaque pas, l’occident a soutenu les forces les plus réactionnaires dans cette région du monde, comme ailleurs, du Shah d’Iran aux monarchies du Golfe en passant par Moubarak, Saddam Hussein et Ben Ali.

(À venir, la 2e partie : depuis 2001)

mercredi 31 août 2011

Le PQ, Marois et moi

J'ai grandi avec le PQ. Mon père et ma mère, séparément, m'amenaient dans des assemblées publiques, des bureaux de pointage et autres activités des militantes et militants "de la base". Dans mon enfance, l'indépendance était une évidence. René Lévesque était un héros. La soirée du 15 novembre m'a sans doute donné ma première émotion politique: cette fierté dont Lévesque parlait avec sa subtile éloquence. J'avais 10 ans.

En 1981-1982, quand la récession a frappé et que le gouvernement Lévesque a décidé d'en faire payer le prix par les travailleuses et travailleurs du secteur public, mon père et ma mère, syndiqués de l'enseignement, se sont retrouvés de l'autre côté d'une matraque législative brandie par ceux et celles qui prétendaient avoir un "préjugé favorable aux travailleurs".

C'est contre ce même gouvernement que je me suis éveillé à l'action sociale et politique. En 1982, un projet de réforme du régime pédagogique au secondaire a mobilisé des milliers d'adolescents. Les médias en ont fait une caricature. (Premier apprentissage: ne pas se fier aux médias.) Nous n'aurions été qu'une bande de paresseux en révolte contre la hausse de la note de passage de 50 à 60%. En fait, nous en avions surtout contre l'uniformisation du cheminement scolaire, au non du "virage technologique". Le décrochage a monté en flèche suite à l'application de cette réforme et n'est jamais redescendu au niveau du début des années 1980.

Mon député, Pierre De Bellefeuille, un esprit indépendant et indépendantiste, est venu en coulisse de notre première assemblée générale. Il me connaissait parce que mon père m'avait amené à une ou deux activités assez intimes, chez lui, où les adultes parlaient politique avec passion. Il a tenté de me faire changer d'idée au sujet de la réforme et de notre idée de grève en espérant que je pourrais convaincre les autres. Il a échoué. J'avais 15 ans. Deuxième apprentissage: les députés, même les meilleurs, servent d'abord leur parti et leur gouvernement.

Pour ma génération, le PQ est aussi le parti de l'aide sociale à 160$ par mois pour les moins de 30 ans. Devant cette iniquité flagrante, qui condamnait des milliers de jeunes à la plus abjecte pauvreté en pleine récession, toute une génération de jeunes adultes a appris à détester le PQ. La ministre responsable du dossier à l'époque était une certaine Pauline Marois.

C'est aussi le PQ de Lévesque qui nous a donné un gouvernement conservateur au fédéral pour huit ans, au nom du "beau risque", puis de leur appui au "libre-échange". Le PQ des années 1980 était tout sauf un parti de travailleuses et des travailleurs, ou un parti indépendantiste.

Au début de la vingtaine, j'étais indépendantiste et socialiste et je me cherchais des amis. J'ai trouvé Gauche socialiste, un groupe trotskyste qui militait pour l'unité de la gauche et l'indépendance politique du mouvement ouvrier, encore dominé par le PQ. Vinqt-cinq ans plus tard, mes vieux amis de GS étaient avec moi, après un long détour, à la fondation de Québec solidaire.

Quand la vague souverainiste a monté autour de 1989-1990 avec le jugement de la Cour suprême sur l'affichage et l'échec de Meech, j'étais bien content. Mais jamais je n'ai pensé à voter pour le PQ, et encore moins à en devenir membre. C'était un parti de patrons, de gestionnaires du capitalisme en voie de mondialisation.

J'ai voté OUI au référendum de 1995, et ce , même si le projet signé par Parizeau, Bouchard et Dumont avait tout pour m'enlever des raisons de le faire. On pourrait résumer l'entente sur laquelle portait la question référendaire (ainsi que la campagne du OUI) par une idée toute simple: votez OUI et rien de va changer... Alors j'ai voté OUI pour l'honneur, parce que le Canada avait rejeté les demandes minimales des Québécois fédéralistes. Parce que j'aimais mieux un "pays comme les autres" que le pays des autres. Peut-on s'étonner de cette défaite? Est-il le moindrement utile de chercher des boucs émissaires du côté de "l'argent" ou des "votes ethniques"? Ce sont les dirigeants du mouvement souverainiste qui ont perdu cette bataille, la plus belle occasion de faire le pays de toute notre histoire. Qu'ils l'assument!

Puis, comme si ce n'était pas assez, le PQ, sous la gouverne de l'ancien ministre conservateur et avocat patronal Lucien Bouchard, nous a donné le déficit zéro, le virage ambulatoire et toute une série de compressions dans nos services publics les plus essentiels. À cette époque, j'étais un vétéran du mouvement étudiant à l'emploi d'associations étudiantes. J'ai fait tout mon possible pour encourager la nouvelle génération à reprendre la belle tradition de grève générale qui m'avait été transmise par l'ANEEQ. Nous avions fondé le Mouvement pour le droit à l'éducation (MDE)pour unir ce qui restait du mouvement étudiant combatif, ces quelques association qui n'avaient pas été complètement dégriffées par l'opportunisme des jeunes péquistes qui s'en servaient pour mousser leur carrière pendant que le PQ cassait du syndicat et éviscérait la Cause. Le MDE a été à l'initiative de la grève étudiante de 1996, contre la ministre de l'éducation de l'époque, une certaine Pauline Marois.

Tout ça pour vous expliquer que quand je vois le PQ se déployer comme un accident de train au ralenti, je n'éprouve aucune pitié, aucune gène, et même un certain plaisir. Il y a tout un pan de mon cerveau qui se dit: "Qu'ils crèvent!" En même temps, une autre partie de ma matière rose a le goût de pleurer. Tant de rêves harnachés par ce bateau ivre. Tant de temps perdu à tenter d'atteindre un nouveau continent en prenant le métro. Puis, il y a la colère face à ce parti qui, dans sa chute, entraîne avec lui l'idée même du pays dans les bas fonds du désespoir. Finalement, il y a la détermination. Il faut construire autre chose, un parti qui veut faire advenir cet autre Québec possible, un parti qui veut mettre un nouveau pays au monde pour changer le monde, un parti qui veut changer la nature même du pouvoir, par seulement le prendre. J'aime mon parti. Je pleure celui de mes parents et de leur génération.

Adieu PQ! Charest et Legault, on s'en charge. L'opposition est dans la rue, Québec solidaire aussi.

mardi 12 juillet 2011

Harry Potter

Étant en vacances, je n'ai rien de mieux à faire que de me laisser emporter par la vague médiatique entourant la sortie du 8e et dernier film de la série Harry Potter. J'ai lu tous les livres, en anglais, au deux à trois fois chacun. Jessica et moi avons revu tous les film ensemble pour se mettre dans le bain. Le site www.mugglenet.com est devenu ma référence principale, je suis même abonné à leurs tweets.

Jusqu'ou va ma manie Potter? Disons que je n'irai pas jusqu'à me déguiser pour assister à la première. Mais je prends la peine de regarder des entrevues avec les acteurs et j'ai même assisté, en direct sur le web, au tapis rouge à Trafalgar Square pour la première mondiale!

Pourquoi un tel attachement pour des livres et les films qui s'en sont inspirés? Premièrement, on doit rendre à Rowling ce qui lui appartient, soit d'avoir créé un monde à la fois fantastique et cohérent, déployé sur 4 mille pages de texte. Elle a réussi à créer des personnages attachants (Comment résister à ces jeunes apprentis magiciens aux prises avec l'adolescence?). Mais plus encore, elle a créé une fresque grandiose sur la lutte contre le mal, qu'elle définit comme un mélange d'intolérance et de soif de pouvoir, et dont le ressort fondamental est le manque d'amour.

Face à ce fascisme magnifié par la magie, nos jeunes héros et héroïnes doivent faire preuve de courage, d'abnégation, d'ingéniosité et de persévérance, des valeurs universelles qui sont loin d'être encouragées par la culture marchande superficielle qui domine les media de masse. Harry, Ron, Hermione, et les autres résistants doivent s'unir et lutter ensemble pour créer une société libre et respectueuse des différences (entre les magiciens et les humains ordinaires, entre les humains et les autres créatures pensantes).

Combien d'histoires présentées dans les films hollywoodiens ou à la télévision montrent des gens qui luttent pour le bien de l'humanité au lieu de ne chercher que leur petit bien être personnel? Il y a certainement des héros de diverses sortes, principalements issus de la bande dessinée, qui sauvent le monde en 90 minutes. Mais Harry Potter nous montre que des personnes fragiles, vulnérables et souvent désorientées et déséprérées peuvent aussi triompher si elles s'unissent et prennent des risques. En cela, l'oeuvre de Rowling rejoint celle d'un autre énorme succès de librairie, Tolkien, avec ses petits hobbits qui viennent à bout d'un empire tout puissant.

Les héros habituels nous divertissent en montrant des exploits impossibles, mais ceux de Harry Potter, paradoxalement, malgré toute leur magie, nous mettent au défi de changer notre monde, de combattre nos dictateurs et nos racistes, à la mesure de nos moyens... humains.

lundi 11 juillet 2011

Assemblée sur QS à Toronto

Vendredi soir, j'étais l'invité de la Greater Toronto Workers' Assembly, pour un échange à propos de Québec solidaire. Il y avait une cinquantaine de personnes, dont quelques unes que je connaissais par mes implications précédentes dans des groupes socialistes. Je pense avoir fait une bonne présentation sur les origines de QS, mais la partie la plus intéressante a été, comme c'est souvent le cas, les réponses aux questions et interventions de la salle.

Le GTWA est un regroupement de diverses tendances de la gauche à Toronto, incluant des gens de Socialist Project, International Socialists, New Socialists, Communist Party, plus un certain nombre de militantes et militants sans affiliation préalables et issu-e-s des mouvements sociaux. En guise de comparaison, je dirais que c'est l'équivalent Ontarien de du RAP. Ce n'est pas un parti politique, et ses activités sont concentrées dans la solidarité avec les luttes et campagnes en cours (ex: la récente grève des postes, la Palestine...) et les discussions politiques informelles, comme celle à laquelle j'ai assisté.

Le Groupe avait adopté, en mai, une résolution en faveur du développement de relations avec QS, et la soirée de vendredi se voulait une première étape dans cette direction. Je les ai invités à envoyer des observateurs et observatrices à notre congrès des 9-11 décembre, qui portera sur la santé, l'éducation, la justice sociale et la culture.

Les questions portaient principalement sur les grandes orientations de Québec solidaire. Les gens voulaient savoir ce que QS a à dire sur le changement climatique, la question nationale québécoise, le capitalisme, etc. Il y avait aussi beaucoup d'intérêt pour notre fonctionnement, nos rapports avec les mouvements sociaux, l'importance du féminisme ou la place qu'on accorde aux élections.

J'ai répondu brièvement et au meilleur de ma connaissance à la plupart des questions posées. Il y en avait des tonnes! À la fin, j'avais l'impression qu'on aurait facilement pu discuter pendant toute une journée, de la question du Québec (dont on ne parle pas souvent en Ontario...), de ce qu'un parti politique de gauche peut faire pour appuyer les luttes sociales, du programme de QS en construction, de l'expérience concrète du développement du parti, etc.

J'espère avoir d'autres occasion de faire connaître Québec solidaire au Canada anglais. Cette expérience m'a donné un élan de confiance en moi et d'optimisme quand à la capacité du parti à relever les défis qui s'annoncent.

jeudi 7 juillet 2011

Peter Gabriel

Je suis allé voir Peter Gabriel en concert à Toronto le 22 juin. C'était sans doute l'expérience musicale la plus intense de ma vie. J'en suis sorti complètement bouleversé, comme si j'avais fait une thérapie collective avec les 10,000 personnes présentes. Sa voix, à 61 ans, était sans failles et vibrante d'émotion. Les arrangements pour l'orchestre symphonique de 50 musiciens étaient brillants. Les aspects visuels (projections, lumières) étaient impécables et originaux, comme toujours.

Depuis, je redécouvre l'oeuvre de ce grand artiste: j'ai visité son site Internet, je me suis abonné à ses tweets, etc. Ça fait plus de vingt ans que je n'ai pas prêté attention au travail de mon chanteur et auteur-compositeur préféré. J'ai l'impression d'avoir laissé tomber un ami. Alors je me rattrape. J'ai acheté trois albums que je n'avais pas encore: US, UP et Scratch my back. Je vais prendre le temps de les écouter un à la fois, attentivement.

Cette semaine, je me suis consacré à US, un album paru en 1992 et dont je ne connaissait, superficiellement, que les hits (Steam, Diging in the dirt, Kiss that frog). C'est un album remarquable, plein d'émotion, original, intime. Ma théorie pour expliquer pourquoi j'ai décroché de Gabriel dans cette période est que je n'avais pas la maturité nécessaire, à 26-27 ans, pour bien saisir ce dont il parlait quand il en avait 42. Je vais avoir 45 ans dans quelques jours, alors maintenant, je comnprends. Dans la quarantaine, on commence à comprendre combien les rapports qu'on a avec les autres (notre famille, nos amours, nos amis) peuvent être précieux et plus complexes qu'il n'y parait.

La semaine prochaine, je vais embarquer dans UP, sorti quelques années plus tard. On y reviendra. Quand à Scratch my back, c'est son album d'interprétations. Il a fait une série d'échanges de chansons avec d'autres artistes, dont Paul Simon, David Bowie, Randy Newman et Arcade Fire. Plusieurs de ces pièces étaient dans le sepectacle du 22 juin. Sa version de The Boy in the Bubble de Simon est totalement inattendue! Il admettait lui-même au spectacle avoir enlevé à cette pièce toute l'énegie africaine de la version originale, pour ne laisser qu'une chanson triste d'homme blanc... Il prévoit sortir un autre album (I'll scratch yours) avec des interprétations de ses propres chansons par les mêmes artistes. Ça promet!

Gabriel ne fait jamais rien comme les autres et cherche toujours de nouvelles sources d'inspiration et de nouvelles influences. C'est ce qui lui permet de se renouveler constamment et de ne jamais tomber dans la facilité. Il est aussi engagé dans toutes sortes de causes sociales et politiques, avec une orientations que je qualifierait de libérale au sens philosophique du terme, mais clairement dans le camp progressiste. À la fin de la première partie du spectacle, il a présenté la chanson Biko - écrite pour un militant sud-africain tué par la police en 1977 - en parlant du printemps arabe et des révolutions démocratiques du début de 2011. À la fin de la chanson, toute la foule était debout, poings levés, chantant en choeur. Un grand moment de fusion entre le monde du spectacle et l'action politique.

Merci Peter, je ne te laisserai plus tomber!

Visitez www.petergabriel.com pour découvrir l'univers de cet artiste unique.

mercredi 6 juillet 2011

Le retour du blogueur solidaire: Gaza

Je suis en vacances depuis lundi, officiellement. Alors je vais commencer à bloguer pour vrai, pas juste à mettre des textes bien construits ou déjà publiés sur mon blogue. Est-ce que ça va m'attirer des ennuis? Peut-être! Mais, comme disait Napoléon: On s'engage et puis on voit!

Depuis quelques jours, ce qui m'occupe et me préoccupe le plus est la situation de la Flottille de la liberté 2, en particulièrement du Tahrir, le bateau Québécois et Canadien pour Gaza. Je ne connais pas tous les détails de l'opération, n'étant pas un des organisateurs, mais je connais plusieurs des personnes les plus impliquées et j'ai confiance en leur jugement. Il s'agit d'une opération humanitaire et de solidarité internationale exemplaire visant à faire pression sur le gouvernement d'Israël pour qu'il lève son blocus économique sur la bande de Gaza, dont la population survit de l'aide alimentaire d'urgence depuis 5 ans. Gaza ne peut pas commercer avec le reste du monde. Son éconmie est au point mort. La population du petit territoire (à peu près de la taille de l'ile de Montréal pour 1,5 millions de personnes)manque de tout.

Mais la question qui m'intéresse, chers lecteurs et chères lectrices, est comment on en est arrivé là. L'histoire est toujours ma référence et mon outil d'analyse de prédilection. Allons-y donc de mémoire, certaines erreurs pourraient donc se glisser.

Jusqu'à la fin des années 1980, l'Orangisation de libération de la Palestine (OLP) réunissait l'essentiel des organisations palestiniennes. Elle refusait de reconnaître la légimité d'Israël et son programme était la création d'un État unifié, laïque et démocratique pour tout le territoire du mandat britannique sur la Palestine (Israël et les Territoires occupés). La lutte armée était considérée comme légitime par l'ensemble des organisations affiliées à l'OLP. Certains de ces groupes ont même innové dans le terrorisme moderne en organisant des détournements d'avion, par exemple. On se souviendra des attentats aux olympiques de Munich en 1972 comme un cas particulièrement brutal de terrorisme palestinien...laïque (on y reviendra).

Avec la fin de la guerre froide et la chutte du Bloc de l'Est, ou elle avait parfois trouvé des allés, l'OLP a décidé de changer de stratégie et d'ouvrir des négociations avec Israël, sur la base d'une sorte de reconnaissance mutuelle, mais forcément inégale, avec d'un côté un État armé jusqu'aux dents et allié des États-Unis, et de l'autre, un mouvement dispersé composé principalement d'exilés et n'ayant que peu d'amis, même dans le monde arabe. De cette négociation dans un contexte nettement défavorable sont sortis les accords d'Oslo. Par ces accords, Israël acceptait la création d'enclaves contrôlées par l'OLP sur une petite partie les territoires saisis en 1967 et promettait de pousuivre les négociations vers un réglement final. L'OLP, de son côté, reconnaissait Israël et son "droit à l'existence" et acceptait que le réglement définitif éventuel soit fondé sur la "solution des deux États".

Mais les espoirs éveillés par ces accords ont tous été trahis. Israël a multiplié le nombre de colons juifs dans les Territoires occupés, les nombreuses séances de négociations pour un réglement final ont toutes échouées, notamment à cause de l'entêtement d'Israël à empêcher la création d'un État palestinien viable, souverain, ayant Jérusalem Est comme capitale. L'OLP, en particulier sa tandance la plus forte, le Fattah, dirigé par Arafat, se transformait en gouvernement de banthoustan (sur le modèle sud-africain) autoritaire et corrompu. On parle aujourd'hui avec raison de l'apartheid israélien.

C'est sur la base de la dénonciation des accords d'Oslo et de l'échec de la stratégie de l'OLP que le Hamas (la résistance islamique) s'est construite progressivement jusqu'à rallier l'appui d'une majorité de la population des Territoires. C'est pourquoi les élections du début de 2006, dont le caractère démocratique est incontesté, ont donné une majorité à la coalition menée par le Hamas.

Ce résultat électoral démontrait l'échec du "processus de paix" amorcé avec Oslo. Mais, au lieu de prendre acte de cet échec et de tenter de relancer la négociation en inlcuant le Hamas, c'est à dire les représentants légitimes du peuple palestinien, Israël et ses alliés, dont le gouvernement Harper, on décidé de ne pas reconnaître le gouvernement issu de ces élections, de le boycotter totalement (une bonne partie de ses ressources de proto-état venant de l'aide internationale et transitant par Israël...) ce qui allait éventuellement causer une petite guerre civile entre Palestinien, le Hamas prenant le contrôle de Gaza, pendant que le Fattah dominait en Cisjordanie. Israël a par la suite repris des relations plus ou moins normale avec le Fattah, mais a complètement exclu tout rapport avec le Hamas, d'ou le blocus de la bande de Gaza.

La politique actuelle de blocus contre Gaza est donc dans la continuité avec une politique colonialiste consistant à nier à la population palestinienne le droit de choisir ses représentants. Le Hamas, comme l'OLP d'avant Oslo, est une organisation qui refuse de reconnaître Israël et qui inclus dans ses moyens d'action différentes formes de violence. La seule différence avec l'OLP est son carractère religieux, inspiré des idées des Frères Musulmans égyptiens, un des groupes qui ont fait tomber la dictature de Mubarak cet hiver. C'est pourquoi Israël et ses alliés politiques et idéologiques occidentaux mettent tant d'effort à nourrir l'islamophobie déjà bien présente dans le monde occidental.

C'est aussi dans la suite de l'échec du processus d'Oslo qu'Israël a répondu à l'enlèvement de trois de ses soldats (un par le Hamas, deux par le Hezbollah, un autre groupe islamiste mais libanais et chiite) par une guerre meurtrière contre le Liban, faisant des centaines de morts parmi les civiles. Une autre attaque semblable a ciblé uniquement Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, faisant environ 1500 morts à Gaza, dont beaucoup de femmes et d'enfants. En quoi ces deux guerres ne seraient pas du terrorisme, je n'en ai pas la moindre idée. Il s'agit, comme pour des attentants à la bombe ou des enlèvements ou des lancers de roquettes artisannales, de cibler une population civile en vue d'atteindre des objectifs politiques.

Au bout du compte, la leçon de cette histoire, pour Israël, est qu'on ne peut faire la paix qu'avec nos ennemis, il va falloir qu'ils parlent avec le Hamas. (D'ailleurs, la réconciliation récente entre le Hamas et le Fattah va compliquer grandement l'application de leur politique consistant à parler à l'un mais pas à l'autre!) Pour les mouvements palestiniens, on doit conclure qu'une paix juste avec Israël, fondée sur le droit international, ne sera possible que si on établit un rapport de force politique obligeant Israël a faire des concessions. Ceci ne sera possible que si on change la politique actuelle du Canada, des États-Unis et de plusieurs autres puissances occidentale, qui consiste à appuyer Israël sans condition et à ne jamais sanctionner ses actions même les plus brutales. C'est pourquoi j'appuie la politique de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël. C'est pourquoi j'appuie aussi la Flottille de la paix II.