lundi 23 août 2010

Pour en finir avec la barbe

Le projet de loi 94, présentement à l’étude à l’Assemblée nationale, vise à obliger les personnes qui offrent ou reçoivent des services publics à le faire « à visage découvert ». Il s’agit de ne plus tolérer des pratiques marginales comme le port du voile intégral islamique. Mais qu’en est-il de la pratique fort répandue consistant à se cacher le visage derrière un voile capillaire permanent? Le gouvernement Charest devrait être clair dans ses intentions et indiquer que l’adoption de ce projet de loi signifierait la fin du port de la barbe dans la société québécoise. Cette pratique archaïque et éminemment sexiste constitue en effet une concession symbolique aux idéologues fondamentaliste, ainsi qu’un obstacle à l’identification des personnes, inacceptable dans une société laïque et démocratique.



Il est bien connu que les hommes musulmans intégristes sont obligés de se laisser pousser une barbe. Tout le monde a en tête le visage hirsute de Oussama Bin Laden. Parfois, pour les fondamentalistes plus modérés, une barbe bien taillée peur faire l’affaire. Le port de ce symbole de modestie devant Dieu est commun à plusieurs religions, toujours dans leur interprétation la plus orthodoxe, que ce soit le judaïsme, le culte Sikh ou la religion des Rastas jamaïcains.

Que les athées et agnostiques barbus se le tiennent pour dit! La barbe est un symbole universel indiquant l’appartenance à un courant religieux fondamentaliste. On répliquera que dans les années 1960, la barbe a fait un retour en force en Occident suite au mouvement hippie et à l’influence pernicieuse des Beatles. Mais c’était une autre époque. Avec la montée des fondamentalismes à travers le monde depuis quelques décennies, ce genre de laisser-aller n’a plus sa place. Une barbe, aujourd’hui, c’est un symbole religieux, peu importe l’intention de celui qui la porte.

Est-il nécessaire de rappeler l’évidence la plus flagrante, c'est-à-dire le caractère sexiste de la pilosité faciale? En effet, il est impossible pour la plupart des femmes, et mal vu pour les autres, de se laisser pousser des poils sur le visage. Seuls les hommes peuvent se parer d’un tel accessoire. Il est donc impératif, dans une société égalitaire - qui a éliminé le sexisme par ailleurs - de se débarrasser de ce dernier vestige d’une époque révolue.

Le projet de loi 94 identifie trois critères à partir desquels les administrateurs de services publics devront refuser les demandes d’accommodement. Un de ces critères est l’identification des personnes. On s’objecte à ce que certaines femmes portent un bout de tissu qui leur cache en partie le visage. Mais au moins, ce tissu peut être retiré en un clin d’oeuil lorsque nécessaire. Tandis que la barbe est pratiquement inamovible.

Rien de plus facile pour un barbu de manipuler les autorités avec des identités multiples. Un jour il aura une barbe complète, plus tard ce sera la barbiche et les favoris, puis la moustache et finalement un visage découvert.

Au nom de la laïcité, de la lutte contre l’intégrisme, de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la sécurité de nos espaces publics, le gouvernement se doit donc d’interdire définitivement cette pilosité masculine déplacée. Seul le rasoir peut véritablement séparer l’Église de l’État!

Entente de principe du Front commun sur les salaires: Pourquoi il faut dire NON

L’entente de principe négociée au début de l’été entre les directions des trois grandes centrales et le Premier ministre Charest constitue un recul qualitatif pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur public et doit être rejetée activement. Cette entente est symptomatique d’un mouvement syndical menotté par le pessimisme des directions, pris dans un cul de sac stratégique et souffrant de l’absence d’une gauche syndicale organisée. Il n’est pas trop tard pour s’y opposer, et c’est pourquoi nous formons un réseau de syndicalistes pour le Non, notamment via un groupe facebook (http://tiny.cc/wgftj).

Pas de protection du pouvoir d’achat

Les augmentations garanties sont de 0,5% la première année, 0,75% la deuxième, 1% la troisième, 1,75% la quatrième et finalement 2% la dernière année de la convention. Il s’agit donc de 6% d’augmentation en cinq ans. En guise de comparaison, l’inflation a été de 8,3% au cours des cinq dernières années. On nous promet une hausse de 1% supplémentaire pour tenir compte de l’inflation, mais à la fin de la convention. Si jamais l’inflation était de 9 ou 10% pour la période, rien n’empêcherait une réduction substantielle de notre pouvoir d’achat.

En ce qui concerne l’ajustement lié à la croissance économique, il ne s’appliquerait qu’à partir de la 3e année et seulement si l’économie québécoise se développe à un rythme fulgurant, digne de la Chine ou de l’Inde. En effet, le gouvernement prévoit une croissance économique de 17% au cours des quatre prochaines années et il faudrait que la réalité dépasse ces prévisions pour que les travailleuses et travailleuses du secteur public en profitent. Avant la plus récente récession, entre 2004 et 2008, l’économie québécoise avait connue une croissance allant de 1,0 à 2,8% annuellement. Comment croire qu’au sortir de la crise financière le Québec sera en plein boom économique et dépassera le 4% de croissance par année ?

Cette entente ne permet donc pas d’atteindre l’objectif minimal du maintien du pouvoir d’achat et on est à des lieues d’un quelconque rattrapage salarial par rapport au secteur privé. Pourtant, c’est notamment au nom de ces deux objectifs que les membres du Front commun se sont mobilisés, ont manifesté et sont allés chercher des mandats de grève au cours de la dernière année.

On nous fait payer pour la crise financière

L’entente repose sur le principe que la rémunération dans le secteur public est conditionnelle à la croissance de l’ensemble de l’économie. On accepte en effet un recul réel des salaires au début de la période, donc que les personnes qui travaillent dans le secteur public paient pour cette crise dont ils et elles ne sont aucunement responsables. Par la suite, on fait miroiter des augmentations conditionnelles à une croissance fantasmatique. Mais c’est le principe qui compte, et qui a été applaudi par les éditorialistes patronaux. Bref, on nous dit que si l’économie va mal, vous allez vous appauvrir, si elle va bien, vos salaires seront gelés, et si elle va incroyablement bien, vous pourriez peut-être maintenir votre pouvoir d’achat sur le long terme.

Cette adéquation entre les salaires et le taux de croissance pause plusieurs problèmes de principe. Premièrement, on ne reconnaît pas le travail de ce demi-million de personnes à sa juste valeur (ce qui demanderait un rattrapage avec le privé). La valeur de notre travail ne dépend pas de la croissance économique et ne devrait donc pas y être liée. Deuxièmement, attacher de maigres augmentations de salaires à la croissance du PIB incite les personnes concernées à voir la croissance comme une bonne chose en soi, indépendamment de son contenu et de ses répercussions environnementales. Comme société, on pourrait choisir de ne pas faire croître l’économie dans son ensemble mais seulement certains secteurs plus utiles socialement et moins dommageables pour l’environnement (comme l’éducation, la santé et les services sociaux…). Troisièmement, cette évolution en parallèle des salaires du secteur public et du PIB mine le rôle de stabilisateur de l’économie que peut jouer le secteur public. L’application de principes keynésiens de base demande en effet que le secteur public dépense d’avantage en temps de récession et moins en temps de croissance dans le secteur privé. Or, on nous propose de faire précisément l’inverse.

Enfin, le fait de n’accorder de hausses de salaires que si la croissance dépasse les 4% annuellement signifie en fait que l’écart de rémunération entre le secteur privé et le secteur public ne fera que se creuser perpétuellement, ce qui mine la capacité du secteur public à attirer et retenir des employé-e-s et des professionnel-le-s, encourageant ainsi la privatisation rampante.

Il y a en effet un lien étroit entre la philosophie derrière cette entente salariale et le refus du gouvernement à prendre des mesures pour réduire le recours aux agences de soin privées, une des pierres d’achoppement de leurs négociations avec la FIQ. On consacre donc par cette entente le déclin du secteur public pour les cinq prochaines années.

Pourquoi ?

Qu’est-ce qui a pu amener les présidences des trois centrales à accepter un tel abandon de leurs objectifs ? Certains crient à la trahison et au syndicalisme de boutique. Ce genre de propos permet sans doute d’exprimer une frustration légitime, mais ne nous aide pas à comprendre ce qui se passe vraiment. Nos directions syndicales ont été éduquées à l’école des défaites, depuis le début des années 1980. Elles ont développé des stratégies défensives axées sur le partenariat avec le patronat et l’État (incluant les fonds d’investissements). Elles sont pratiquement passées à côté de l’essor de la mobilisation sociale et politique qui a ravivé la gauche depuis dix ans. Leur pessimisme profond ne semble pas avoir été ébranlé par la force de la grogne parmi leurs membres face aux lois antisyndicales imposées par le régime Charest en décembre 2003 (incluant une manifestation de 100 000 personnes le 1er mai 2004). La marche mondiale de femmes de l’an 2000, les manifestations monstre au Sommet des Amériques et contre la guerre, la grève étudiante sans précédent du printemps 2005 ou les mobilisations écologistes des dernières années, ne semblent pas avoir eu grand impact non plus.

La stratégie adoptée pour les négociations du secteur public était entièrement axée sur le défaitisme. Au début, on prétendait pouvoir régler avant même l’expiration des décrets, au 1er avril 2010, donc bien avant d’obtenir le droit de mener une grève légale. La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) exclue du Front commun, a pu mobiliser ses membres massivement simplement en attendant que passe cette échéance, ce qui nous a donné la grève du 8 juin. Tout au long des négociations sectorielles, les fédérations affiliées aux trois grandes centrales ont tout fait pour arriver à des ententes de principe au plus vite, qui ont laissé en plan plusieurs sujets importants remis à des tables de travail dont les résultats ne seront pas protégés par la convention collective. Puis c’est dans la précipitation, encore une fois, au début de l’été, avant que les mandats de grève obtenus dans des centaines de syndicats locaux puissent être mis en pratique, qu’on nous a concocté l’entente salariale décrite plus haut.

Pourtant le potentiel de mobilisation était évident avec la manifestation de 75 000 personnes organisée par le Front commun lui-même le 20 mars de cette année, puis celle de 12 000 personnes de la Coalition contre la privatisation et la tarification des services publics le 1er avril, puis celle de 15 000 enseignantes et enseignants de la FAE le 8 juin (la moitié des membres !). Des votes de grèves ont été pris un peu partout parmi les syndicats affiliés au Front commun, incluant des mandats pour une grève illégale. Tout comme des centaines de votes pour une journée de grève illégale et politique contre le gouvernement Charest avaient été pris en 2004, mais jamais utilisés. Pourquoi ne pas donner une chance à la mobilisation et prendre le temps de négocier ?

De plus, les directions syndicales n’ont pas ajusté leur stratégie au fait que la gauche politique s’est développée et rassemblée dans cette période, avec l’UFP, puis Québec solidaire, et que depuis décembre 2008, elle a fait son entrée à l’Assemblée nationale. D’ailleurs, la campagne couragepolitique.org menée par Québec solidaire a démontré que le gouvernement pourrait facilement augmenter ses revenus de $5 milliards annuellement. On prend encore pour acquis que la seule alternative à la droite libérale est la droite péquiste, avec ses appels à l’enrichissement individuel et sa capacité remarquable pour les compressions budgétaires.

Il n’est pas trop tard

Les 55 000 membres de la FIQ n’ont pas encore conclu une entente de principe sur les questions normatives et les 32 000 membres de la FAE n’ont pas d’entente globale incluant les salaires. De plus, la ratification de l’entente de principe conclue à la fin juin reste entièrement à faire. C’est au cours des prochaines semaines que tout va se jouer. Les chances d’un rejet de l’entente sont minces, mais même un rejet partiel ébranlerait le faux consensus, sonnerait le réveil de la gauche syndicale et préparerait le terrain pour les prochaines batailles. Il n’y a rien qui prépare plus mal les combats sociaux et politiques à venir que d’accepter passivement un tel recul. La ratification sans heurts de cette entente serait un facteur de démoralisation et de désaffection pour l’ensemble du mouvement syndical.

Alors on fait quoi ? Chacun peut intervenir dans son syndicat local pour l’encourager à ne pas abandonner la partie et à voter Non. Vous trouverez sur notre groupe facebook (http://tiny.cc/wgftj) un tract à distribuer sur les lieux de travail. Des rencontres régionales seront organisées bientôt pour coordonner cet effort. Nous espérons aussi que le réseau qui se constituera autour du rejet de l’entente pourra se maintenir et se développer au cours des prochaines années et contribuer au développement d’un nouveau syndicalisme axé sur la mobilisation et l’action sociale et politique.

Benoit Renaud, enseignant, Gatineau (FAE)
Jessica Squires, archiviste, Gatineau (IPFPC)
Jean-Pierre Roy, étudiant en soins infirmiers, Québec (SCFP)
Bernard Rioux, enseignant, Québec (SERQ-CSQ)
Mark-David Mandel, professeur à l’UQAM (SPUQ)
Michèle St-Denis, enseignante, Montréal (FNEEQ-CSN)
Marjolaine Goudreau, travailleuse sociale, Montréal (APTS)
Jean Léger, menuisier/charpentier, Mirabel (CSN)
Cynthia Bergeron, physiothérapeute, Québec (APTS)
Benoit Lacoursière, enseignant, Montréal (FNEEQ-CSN)
Sacha Calixte, enseignant, Québec (FNEEQ-CSN)
Marie-Eve Montfette, psycholoque, Québec (APTS)
David Fennario, auteur dramatique, comédien
André Frappier postier retraité, Montréal, STTP-FTQ
Pierre Mouterde, enseignant, Québec (FNEEQ-CSN)