vendredi 26 mars 2010

Trois films sur l'Irak

Plusieurs films dont l'action se déroule en Irak ont été produits aux États-Unis depuis le début de cette guerre, dont trois que j'ai vus récemment. Il s'agit de The Hurt Locker (gagnant de l'oscar du meilleur film), Green Zone et Men who stare at goats (Les hommes qui fixent des chèvres).

The Hurt Locker est un film unique, une sorte de suspense intense autour du métier insensé des démineurs. Le personage principal est d'une témérité maladive, sans doute causée par une dépendance à l'adrénaline. Tout au long, on nous fait suivre les activités excessivement dangeureuses d'un petit groupe de soldats américains en plein coeur de l'Irak. On pourrait reprocher à l'histoire de se centrer sur l'expérience des solidats de la force d'occupation, et non des gens qui la subissent. Mais je ne crois pas à l'idée selon laquelle il faudrait toujours représenter principalement les points de vue des opprimés et des exclus. Celui des dominants (voir le Nixon de Oliver Stone, un de mes films préférés de tous les temps) ou des exécuteurs de leurs oeuvres peut aussi être rempli de vérité. Cette histoire en est un bon exemple. Il n'y a pas d'idéalisation du personnage central, il est impulsif, parfois irresponsable, un peu déséquilibré et clairement troublé psychologiquement par son expérience. Ce n'est certainement pas un film qui donne le goût de faire la guerre. La réalisatrice, Kathrin Bigalow, a certes souligné le sacrifice et le dévouement des troupes américaines dans ses discours, mais toujours en ajoutant "qu'ils nous reviennent sains et saufs". C'est une atténuation du slogan "Appuyez les soldats, ramenez-les à la maison" qui a été très important pour le mouvement antiguerre des États-Unis. Sommes toutes, je vous conseille de le voir.

Green Zone est beaucoup plus explicitement politique. Dans ce film, un soldat d'expérience joué par Matt Damon est envoyé avec son équipe pour chercher les fameuses "armes de destruction massive" qui ont servi de prétexte à l'invasion de l'Irak. Il se promène d'une usine abandonnée à une autre pendant des mois, risquant sa vie dans cette poursuite vaine mais qui devait se faire étant donné la rhétorique politique ayant justifié la guerre. En posant quelques questions ambarassantes, il prend contact d'abord avec un vieux routier de la CIA qui n'a jamais cru les prétentions de son gouvernement, puis avec une journaliste qui avait relayé un prétendu scoop à l'effet qu'un informateur fiable et haut placé dans le gouvernement irakien avait rencontré un officiel américain également important et confirmé l'existence des "WMD". Il finira par découvrir que le dossier du gouvernement reposait sur un mensonge pur et simple.
L'ensemble du film est donc une représentation en microcosme de toute la mascarade de l'administration Bush sur l'Irak et de la désillusion cruelle qui s'est abattue sur les soldats et les citoyens du pays à mesure que l'imposture devenait de plus en plus évidente. Une réussite de la part de ceux qui avaient produits la série "Bourne" basée sur les romans de Ludlum, trois excellents divertissements mais au contenu beaucoup moins pertinent.

J'ai gardé mon préféré pour la fin avec "Men who stare at goats". C'est sans doute une des meilleurs films que j'ai vu ces dernières années; et j'en vois beaucoup! Cette comédie étrange est non seulement une grande parabole antiguerre centrée sur l'Irak, mais aussi un rappel de tout le mouvement pacifiste de la période du Viet Nam. En effet, un des personnages principaux, joué avec un calme étonnant par le très pince-sans-rire George Clooney, est un vieux routier de l'armée américaine qui avait été recruté, tout de suite après le Viet Nam, pour faire partie d'une "escouade de la paix" fondant son pouvoir sur des facultés extra-sensorielles et la non-violence. Soulignons la performance hilarante de Jeff Bridges, récemment oscarisé, dans le rôle du chef de cet escadron loufoque.
Ewan McGregor y joue un journaliste qui tombe par hasard sur le soldat "de la paix" désorienté par la dissolution de son unité spéciale. Les deux se retrouvent dans une aventure fantaisiste et vont d'une péripécie incroyable à une autre pendant que le personnage de Clooney racconte son histoire. C'est mourant, c'est touchant et ça fait sourire jusqu'au fond de l'âme. Louez-le dès que vous en aurez l'occasion!

À la prochaine.

jeudi 25 mars 2010

Les travailleuses et travailleurs du secteur public veulent se battre et peuvent gagner

« Nous n’avons à craindre que la peur elle-même », F.D. Roosevelt

Plusieurs facteurs convergent présentement vers une confrontation majeure entre les 475 000 syndiqué-e-s du secteur public et le gouvernement Charest. L’issue d’une telle confrontation pourrait bien être une victoire (partielle et temporaire, comme toujours) pour les travailleuses et les travailleurs. Ce qu’on n’a pas vu au Québec, dans le monde syndical, depuis la fin des années 1970.

Les signes de l’affrontement sont de plus en plus clairs. Derrière la rhétorique diplomatique - venant tant du gouvernement que des porte-parole syndicaux - à l’effet qu’un règlement serait possible d’ici quelques jours, on peut voir les parties s’éloigner plutôt que se rapprocher. D’abord, la partie patronale a multiplié les demandes de toutes sortes aux tables sectorielles. Ensuite, le gouvernement n’a donné aucun signe de souplesse sur le plan financier. Au contraire, dans ses plus récentes interventions publiques, Charest lui-même annonce que le prochain budget de son gouvernement mettra l’accent sur les compressions de dépenses plus encore que sur les hausses de tarifs.

De l’autre côté de l’équation, la manifestation de 75 000 personnes à Montréal, à l’appel du Front commun, démontre hors de tout doute le potentiel de mobilisation énorme et la colère qui gronde parmi les travailleuses et travailleurs. Du côté de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui ne participe pas au Front commun et a rejeté l’idée d’un règlement avant le 1er avril, on a déjà pris une série de mandats pour une grève d’un jour, avec des votes autour de 90% et des taux de participation élevés.

La campagne unitaire et insistante venant du gouvernement et de la droite en faveur des hausses de tarifs et de taxes n’a pas généré les appuis espérés. Et les contre-campagnes se multiplient, ce qui démontre l’absence de toute espèce de consensus en faveur des solutions néolibérales. La Coalition contre la tarification et la privatisation des services publics, qui réunit une bonne partie des mouvements sociaux, manifestera à Montréal le 1er avril, immédiatement après le dépôt du budget et l’annonce de l’échec (probable) du marathon de négociations. Même les médecins spécialistes contribuent à l’émergence de cet autre pôle politique avec leur campagne « l’expertise a un prix » qui souligne la possibilité de financer leurs demandes et celles des autres professionnels de la santé, sans alourdir le fardeau fiscal des contribuables. En faisant flèche de tout bois, leur campagne fait la promotion de certaines idées progressistes, dont les redevances sur l’eau.

Québec solidaire, avec sa campagne couragepolitique.org, a mis sur la table des propositions fiscales permettant de générer 5 milliards $ en revenus supplémentaires pour l’État. Des commentateurs n’ayant pas l’habitude de se gêner pour attaquer QS ont souligné le caractère raisonnable de ces propositions. Le nouveau parti de gauche est aussi intervenu à plusieurs reprises, par la bouche de sa présidente et de son député, pour exprimer son appui aux demandes très modestes des syndicats.

L’émergence d’une alternative de gauche de plus en plus crédible, qui se positionne pour prendre la place de l’ADQ comme troisième force politique, compense pour l’approfondissement du cours néolibéral au Parti québécois, confirmé avec son colloque sur la « création de la richesse » et la dissolution du club des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ-Libre).

Le principal obstacle sur le chemin d’une victoire sociale et syndicale est le pessimisme qui s’est installé dans la conscience des travailleuses et travailleurs à la suite de nombreuses défaites. Une nouvelle génération militante est en émergence qui pourrait renverser cette tendance et remettre l’optimisme et la combativité à l’ordre du jour. Cette génération a fait l’expérience de la mobilisation avec la Marche mondiale des femmes en 2000, le Sommet des Amériques en 2001, l’opposition à la guerre en 2003 et la grève étudiante sans précédent de 2005. On a eu un avant-goût de la traduction possible de cet esprit contestataire dans le mouvement syndical avec les grandes manifestations de la fin de 2003 et du 1er mai 2004 contre le même gouvernement. La ZLÉA est morte et l’OMC est à la dérive, le Canada n’est pas embarqué dans la guerre en Irak, les bourses d’étude sont encore au programme, et les principales victoires des dernières années (comme l’équité salariale, les congés parentaux, les CPE) ont été celles du mouvement des femmes.

En cette année de la 3e Marche mondiale des femmes, le gouvernement Charest et ses alliés veulent encore que les travailleurs et surtout les travailleuses (fortement majoritaires dans le secteur public) paient pour une crise dont elles et ils ne sont nullement responsables. En Grèce, par une série de grèves et de manifestations, s’exprime avec force le refus de payer pour leur crise. C’est ici et maintenant qu’il faut résister, pour préserver nos services publics et les valeurs de justice sociale et de solidarité. Si on cède au pessimisme et qu’on abandonne la partie, on s’assure d’une défaite. Si on choisit de lutter, la victoire est à tout le moins possible.

Genesis et Abba au temple de la renommée

La semaine dernière, deux de mes groupes préférés ont été intronisés au temple de la renommée du Rock: Genesis et Abba. Vous allez me dire: "quel rapport entre ces deux groupes, à part les années 1970?". Bien entendu, les style musicaux sont forts différents. Mais les deux ont eu une grande place dans ma vie de mélomane. J'écoutais beaucoup de Abba quand j'avais 11 ou 12 ans, chez ma mère, pendant qu'elle regardait la télévision. La découverte de Genesis s'est faite un peu plus tard, à la Polyvalente Deux-Montagnes, avec l'album Trick of the Tail, que j'ai découvert dans la nouvelle maison de mon père (les anciens propriétaires avaient laissé une bonne collection de vinyls), et Fox Trot, emprunté à un ami. Depuis lors, un de mes rêves est de chanter Supper's Ready en spectacle, ce qui va probablement se réaliser bientôt...

Genesis est probablement le meilleur groupe de la vague "prog rock" britannique des années 1970. Je dis le meilleur par parce qu'ils étaient les plus grands virtuoses (ce serait plutôt Yes) ou les plus originaux dans leurs compositions (ici, ce serait Gentle Giant), mais à cause de l'élégance de leurs arrangements et de l'unité remarquable du groupe, surtout dans leurs albums phares comme Nursery Crime, Fox Trot et Selling England by the Pound. En voici un exemple: The fountain of Salmacis, en version "live", tirée de Nursery Crime,(1972). Remarquez l'orchestration évocatrice d'une production symphonique, avec les crescendos très graduels et parfaitement exécutés.

http://www.youtube.com/watch?v=KUiSZdA3w9Y

Je ne me lasserai jamais d'écouter leurs premiers disques, de Trespass (1971) à Wind and Wuthering (1976). Ils y combinent la richesse mélodique des compositeurs classiques du 19e siècle avec l'énergie d'un quintette rock tout droit sorti de l'effervescence du psychédélique et de la scène pop britannique post-Beatle.

Comment un groupe dont la production était si peu accessible pour la radio s'est-il retrouvé parmi les plus connus dans le monde? Pour ça, il faut reconnaître la qualité du travail effectué après le départ de Gabriel et Hackett, avec le rock moins subtil mais tout de même original du trio Collins, Banks, Rutherford. Les voici au sommet de la gloire devant une salle bien remplie, avec une chanson faite sur mesure pour brasser une énorme cage! Remarquez la mesure en 13/4. Il restait encore quelque chose de leurs tendances expérimentales.

http://www.youtube.com/watch?v=tnMyr5_nmaQ

Et que dire de Abba? C'est du pop bonbon, peut-être, avec des textes médiocres de surcroit. Mais les arrangements sont d'une originalité et d'une efficacité à toute épreuve. Ma préférée demeure The name of the game. Remarquez comment l'arrangement des voix reproduit les accords de guitare. C'est d'une sobriété frappante.

http://www.youtube.com/watch?v=iJ90ZqH0PWI

En terminant, voici le video qui a été présenté à la cérémonie.

http://www.youtube.com/watch?v=WtJBOECah7w

Bravo à Abba et à Genesis!

Bienvenue sur mon nouveau blogue!

Mon ancien blogue, l'internationaliste, est disparu, probablement avec une compagnie de service Internet qui aura discrètement fait faillite. Alors me voici dans l'univers Google. Ça devrait durer plus longtemps...

Le blogue précédent se voulait strictement un lieu d'entreposage virtuel de mes textes politiques, généralement publiés ailleurs. Cette fois-ci, en plus de quelques republications, je me promets d'écrire toutes sortes de choses strictement pour le blogue, sur une variété de sujets. Les commentaires sur l'actualité devraient être fréquents, mais il pourrait y avoir des critiques de films et de livres, des réflexions sur l'enseignement (ma profession) et autres inspirations du moment.

Bonne lecture!

Benoit Renaud
Le 25 mars 2010