lundi 23 août 2010

Pour en finir avec la barbe

Le projet de loi 94, présentement à l’étude à l’Assemblée nationale, vise à obliger les personnes qui offrent ou reçoivent des services publics à le faire « à visage découvert ». Il s’agit de ne plus tolérer des pratiques marginales comme le port du voile intégral islamique. Mais qu’en est-il de la pratique fort répandue consistant à se cacher le visage derrière un voile capillaire permanent? Le gouvernement Charest devrait être clair dans ses intentions et indiquer que l’adoption de ce projet de loi signifierait la fin du port de la barbe dans la société québécoise. Cette pratique archaïque et éminemment sexiste constitue en effet une concession symbolique aux idéologues fondamentaliste, ainsi qu’un obstacle à l’identification des personnes, inacceptable dans une société laïque et démocratique.



Il est bien connu que les hommes musulmans intégristes sont obligés de se laisser pousser une barbe. Tout le monde a en tête le visage hirsute de Oussama Bin Laden. Parfois, pour les fondamentalistes plus modérés, une barbe bien taillée peur faire l’affaire. Le port de ce symbole de modestie devant Dieu est commun à plusieurs religions, toujours dans leur interprétation la plus orthodoxe, que ce soit le judaïsme, le culte Sikh ou la religion des Rastas jamaïcains.

Que les athées et agnostiques barbus se le tiennent pour dit! La barbe est un symbole universel indiquant l’appartenance à un courant religieux fondamentaliste. On répliquera que dans les années 1960, la barbe a fait un retour en force en Occident suite au mouvement hippie et à l’influence pernicieuse des Beatles. Mais c’était une autre époque. Avec la montée des fondamentalismes à travers le monde depuis quelques décennies, ce genre de laisser-aller n’a plus sa place. Une barbe, aujourd’hui, c’est un symbole religieux, peu importe l’intention de celui qui la porte.

Est-il nécessaire de rappeler l’évidence la plus flagrante, c'est-à-dire le caractère sexiste de la pilosité faciale? En effet, il est impossible pour la plupart des femmes, et mal vu pour les autres, de se laisser pousser des poils sur le visage. Seuls les hommes peuvent se parer d’un tel accessoire. Il est donc impératif, dans une société égalitaire - qui a éliminé le sexisme par ailleurs - de se débarrasser de ce dernier vestige d’une époque révolue.

Le projet de loi 94 identifie trois critères à partir desquels les administrateurs de services publics devront refuser les demandes d’accommodement. Un de ces critères est l’identification des personnes. On s’objecte à ce que certaines femmes portent un bout de tissu qui leur cache en partie le visage. Mais au moins, ce tissu peut être retiré en un clin d’oeuil lorsque nécessaire. Tandis que la barbe est pratiquement inamovible.

Rien de plus facile pour un barbu de manipuler les autorités avec des identités multiples. Un jour il aura une barbe complète, plus tard ce sera la barbiche et les favoris, puis la moustache et finalement un visage découvert.

Au nom de la laïcité, de la lutte contre l’intégrisme, de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la sécurité de nos espaces publics, le gouvernement se doit donc d’interdire définitivement cette pilosité masculine déplacée. Seul le rasoir peut véritablement séparer l’Église de l’État!

Entente de principe du Front commun sur les salaires: Pourquoi il faut dire NON

L’entente de principe négociée au début de l’été entre les directions des trois grandes centrales et le Premier ministre Charest constitue un recul qualitatif pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur public et doit être rejetée activement. Cette entente est symptomatique d’un mouvement syndical menotté par le pessimisme des directions, pris dans un cul de sac stratégique et souffrant de l’absence d’une gauche syndicale organisée. Il n’est pas trop tard pour s’y opposer, et c’est pourquoi nous formons un réseau de syndicalistes pour le Non, notamment via un groupe facebook (http://tiny.cc/wgftj).

Pas de protection du pouvoir d’achat

Les augmentations garanties sont de 0,5% la première année, 0,75% la deuxième, 1% la troisième, 1,75% la quatrième et finalement 2% la dernière année de la convention. Il s’agit donc de 6% d’augmentation en cinq ans. En guise de comparaison, l’inflation a été de 8,3% au cours des cinq dernières années. On nous promet une hausse de 1% supplémentaire pour tenir compte de l’inflation, mais à la fin de la convention. Si jamais l’inflation était de 9 ou 10% pour la période, rien n’empêcherait une réduction substantielle de notre pouvoir d’achat.

En ce qui concerne l’ajustement lié à la croissance économique, il ne s’appliquerait qu’à partir de la 3e année et seulement si l’économie québécoise se développe à un rythme fulgurant, digne de la Chine ou de l’Inde. En effet, le gouvernement prévoit une croissance économique de 17% au cours des quatre prochaines années et il faudrait que la réalité dépasse ces prévisions pour que les travailleuses et travailleuses du secteur public en profitent. Avant la plus récente récession, entre 2004 et 2008, l’économie québécoise avait connue une croissance allant de 1,0 à 2,8% annuellement. Comment croire qu’au sortir de la crise financière le Québec sera en plein boom économique et dépassera le 4% de croissance par année ?

Cette entente ne permet donc pas d’atteindre l’objectif minimal du maintien du pouvoir d’achat et on est à des lieues d’un quelconque rattrapage salarial par rapport au secteur privé. Pourtant, c’est notamment au nom de ces deux objectifs que les membres du Front commun se sont mobilisés, ont manifesté et sont allés chercher des mandats de grève au cours de la dernière année.

On nous fait payer pour la crise financière

L’entente repose sur le principe que la rémunération dans le secteur public est conditionnelle à la croissance de l’ensemble de l’économie. On accepte en effet un recul réel des salaires au début de la période, donc que les personnes qui travaillent dans le secteur public paient pour cette crise dont ils et elles ne sont aucunement responsables. Par la suite, on fait miroiter des augmentations conditionnelles à une croissance fantasmatique. Mais c’est le principe qui compte, et qui a été applaudi par les éditorialistes patronaux. Bref, on nous dit que si l’économie va mal, vous allez vous appauvrir, si elle va bien, vos salaires seront gelés, et si elle va incroyablement bien, vous pourriez peut-être maintenir votre pouvoir d’achat sur le long terme.

Cette adéquation entre les salaires et le taux de croissance pause plusieurs problèmes de principe. Premièrement, on ne reconnaît pas le travail de ce demi-million de personnes à sa juste valeur (ce qui demanderait un rattrapage avec le privé). La valeur de notre travail ne dépend pas de la croissance économique et ne devrait donc pas y être liée. Deuxièmement, attacher de maigres augmentations de salaires à la croissance du PIB incite les personnes concernées à voir la croissance comme une bonne chose en soi, indépendamment de son contenu et de ses répercussions environnementales. Comme société, on pourrait choisir de ne pas faire croître l’économie dans son ensemble mais seulement certains secteurs plus utiles socialement et moins dommageables pour l’environnement (comme l’éducation, la santé et les services sociaux…). Troisièmement, cette évolution en parallèle des salaires du secteur public et du PIB mine le rôle de stabilisateur de l’économie que peut jouer le secteur public. L’application de principes keynésiens de base demande en effet que le secteur public dépense d’avantage en temps de récession et moins en temps de croissance dans le secteur privé. Or, on nous propose de faire précisément l’inverse.

Enfin, le fait de n’accorder de hausses de salaires que si la croissance dépasse les 4% annuellement signifie en fait que l’écart de rémunération entre le secteur privé et le secteur public ne fera que se creuser perpétuellement, ce qui mine la capacité du secteur public à attirer et retenir des employé-e-s et des professionnel-le-s, encourageant ainsi la privatisation rampante.

Il y a en effet un lien étroit entre la philosophie derrière cette entente salariale et le refus du gouvernement à prendre des mesures pour réduire le recours aux agences de soin privées, une des pierres d’achoppement de leurs négociations avec la FIQ. On consacre donc par cette entente le déclin du secteur public pour les cinq prochaines années.

Pourquoi ?

Qu’est-ce qui a pu amener les présidences des trois centrales à accepter un tel abandon de leurs objectifs ? Certains crient à la trahison et au syndicalisme de boutique. Ce genre de propos permet sans doute d’exprimer une frustration légitime, mais ne nous aide pas à comprendre ce qui se passe vraiment. Nos directions syndicales ont été éduquées à l’école des défaites, depuis le début des années 1980. Elles ont développé des stratégies défensives axées sur le partenariat avec le patronat et l’État (incluant les fonds d’investissements). Elles sont pratiquement passées à côté de l’essor de la mobilisation sociale et politique qui a ravivé la gauche depuis dix ans. Leur pessimisme profond ne semble pas avoir été ébranlé par la force de la grogne parmi leurs membres face aux lois antisyndicales imposées par le régime Charest en décembre 2003 (incluant une manifestation de 100 000 personnes le 1er mai 2004). La marche mondiale de femmes de l’an 2000, les manifestations monstre au Sommet des Amériques et contre la guerre, la grève étudiante sans précédent du printemps 2005 ou les mobilisations écologistes des dernières années, ne semblent pas avoir eu grand impact non plus.

La stratégie adoptée pour les négociations du secteur public était entièrement axée sur le défaitisme. Au début, on prétendait pouvoir régler avant même l’expiration des décrets, au 1er avril 2010, donc bien avant d’obtenir le droit de mener une grève légale. La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) exclue du Front commun, a pu mobiliser ses membres massivement simplement en attendant que passe cette échéance, ce qui nous a donné la grève du 8 juin. Tout au long des négociations sectorielles, les fédérations affiliées aux trois grandes centrales ont tout fait pour arriver à des ententes de principe au plus vite, qui ont laissé en plan plusieurs sujets importants remis à des tables de travail dont les résultats ne seront pas protégés par la convention collective. Puis c’est dans la précipitation, encore une fois, au début de l’été, avant que les mandats de grève obtenus dans des centaines de syndicats locaux puissent être mis en pratique, qu’on nous a concocté l’entente salariale décrite plus haut.

Pourtant le potentiel de mobilisation était évident avec la manifestation de 75 000 personnes organisée par le Front commun lui-même le 20 mars de cette année, puis celle de 12 000 personnes de la Coalition contre la privatisation et la tarification des services publics le 1er avril, puis celle de 15 000 enseignantes et enseignants de la FAE le 8 juin (la moitié des membres !). Des votes de grèves ont été pris un peu partout parmi les syndicats affiliés au Front commun, incluant des mandats pour une grève illégale. Tout comme des centaines de votes pour une journée de grève illégale et politique contre le gouvernement Charest avaient été pris en 2004, mais jamais utilisés. Pourquoi ne pas donner une chance à la mobilisation et prendre le temps de négocier ?

De plus, les directions syndicales n’ont pas ajusté leur stratégie au fait que la gauche politique s’est développée et rassemblée dans cette période, avec l’UFP, puis Québec solidaire, et que depuis décembre 2008, elle a fait son entrée à l’Assemblée nationale. D’ailleurs, la campagne couragepolitique.org menée par Québec solidaire a démontré que le gouvernement pourrait facilement augmenter ses revenus de $5 milliards annuellement. On prend encore pour acquis que la seule alternative à la droite libérale est la droite péquiste, avec ses appels à l’enrichissement individuel et sa capacité remarquable pour les compressions budgétaires.

Il n’est pas trop tard

Les 55 000 membres de la FIQ n’ont pas encore conclu une entente de principe sur les questions normatives et les 32 000 membres de la FAE n’ont pas d’entente globale incluant les salaires. De plus, la ratification de l’entente de principe conclue à la fin juin reste entièrement à faire. C’est au cours des prochaines semaines que tout va se jouer. Les chances d’un rejet de l’entente sont minces, mais même un rejet partiel ébranlerait le faux consensus, sonnerait le réveil de la gauche syndicale et préparerait le terrain pour les prochaines batailles. Il n’y a rien qui prépare plus mal les combats sociaux et politiques à venir que d’accepter passivement un tel recul. La ratification sans heurts de cette entente serait un facteur de démoralisation et de désaffection pour l’ensemble du mouvement syndical.

Alors on fait quoi ? Chacun peut intervenir dans son syndicat local pour l’encourager à ne pas abandonner la partie et à voter Non. Vous trouverez sur notre groupe facebook (http://tiny.cc/wgftj) un tract à distribuer sur les lieux de travail. Des rencontres régionales seront organisées bientôt pour coordonner cet effort. Nous espérons aussi que le réseau qui se constituera autour du rejet de l’entente pourra se maintenir et se développer au cours des prochaines années et contribuer au développement d’un nouveau syndicalisme axé sur la mobilisation et l’action sociale et politique.

Benoit Renaud, enseignant, Gatineau (FAE)
Jessica Squires, archiviste, Gatineau (IPFPC)
Jean-Pierre Roy, étudiant en soins infirmiers, Québec (SCFP)
Bernard Rioux, enseignant, Québec (SERQ-CSQ)
Mark-David Mandel, professeur à l’UQAM (SPUQ)
Michèle St-Denis, enseignante, Montréal (FNEEQ-CSN)
Marjolaine Goudreau, travailleuse sociale, Montréal (APTS)
Jean Léger, menuisier/charpentier, Mirabel (CSN)
Cynthia Bergeron, physiothérapeute, Québec (APTS)
Benoit Lacoursière, enseignant, Montréal (FNEEQ-CSN)
Sacha Calixte, enseignant, Québec (FNEEQ-CSN)
Marie-Eve Montfette, psycholoque, Québec (APTS)
David Fennario, auteur dramatique, comédien
André Frappier postier retraité, Montréal, STTP-FTQ
Pierre Mouterde, enseignant, Québec (FNEEQ-CSN)

dimanche 2 mai 2010

Battlestar Galactica

Après les voyages, la musique et la politique québécoise, voici ma première chronique de télévision.

La meilleure émission de télévision des dernières années, à ma connaissance, est la nouvelle série de Battlestar Galactica, réinventée par Ron Moore et David Eick. Cette série, diffusée entre décembre 2004 et mars 2009 sur le réseau Sci Fi aux États-Unis (Space au Canada) est beaucoup plus qu'une simple saga de science fiction.

À première vue, on pourrait penser que c'est une série remplie de clichés, avec la grande blonde en robe rouge qui orne le premier coffret DVD, les vaisseaux spatiaux aux allures militaires et tout le reste. La série originale, diffusée à la fin des années 1970, était une sorte de dérivé télévisuel médiocre de Star Wars et n'apportait pas grand chose d'autre que du divertissement. Mais il ne faudrait pas se laisser induire en erreur par ces considérations.

BSG, pour les intimes, est en fait la série dramatique la plus audacieuse de la télévision américaine récente. On y traite de sujets aussi brûlants d'actualité que la religion, le terrorisme, l'occupation étrangère d'une population, l'érosion du pouvoir civil en temps de guerre, les stéréotypes de genre, et un thème commun à bien des oeuvres de science fiction, soit la définition de l'être humain en comparaison avec des machines hyper-intelligentes et physiquement quasi-identiques à un être humain (Philipp K. Dick, Azimov).

La prémice de la série est que les Cylons, qui étaient des robots mal dégrossis dans la première série, ont négocié une armistice avec les 12 colonies humaines et n'ont pas manifesté leur présence durant les 50 années qui ont suivi. Lorsqu'ils réapparaissent, c'est pour détruire les 12 colonies à coup de bombardements nucléaires en vue d'extérminer la race humaine. Environ 50,000 personnes survivent à l'hécatombe, la plupart regroupés autour d'un vaisseau militaire, le Galactica. On découvre assez rapidement que les Cylons ont développé la capacité à ressembler presque parfaitement à des humains, qu'il existe douze modèles de Cylons humanoïdes, dont plusieurs sont répliqués à de nombreux exemplaires, et qu'ils ont utilisé cette habilité à se mèler aux humains afin de déjouer les défenses des colonies.

Dès la première saison, le thème de la paranoïa engendrée par une menace intérieure (n'importe qui pourrait être un terroriste/un Cylon)est développé avec brio. On apprend éventuellement que certains Cylons à forme humaine ne savent pas qu'ils sont des Cylons et peuvent être "activés" à tout moment, ce qui évoque l'idée des "cellules dormantes" et du terrorisme "maison" (home grown).

Tout au long de la série, on se moque des stéréotypes sexuels. Le personnage de Starbuck, le pilote de chasse talentueux et rebelle de la première série, a été attribué à une jeune femme. Le leadership moral et politique de la bande de survivants est partagé entre une femme (la présidente) et un homme (le général). Tous les personnages ont des défauts et des qualités, font des erreurs, se remettent parfois en question, etc. On est loin des histoires de bons et de méchants. Même les Cylons sont complexes, ont des conflits entre eux (même quand ils sont du même modèle!)et sont guidés par des valeurs philosophiques ou religieuses.

Le sommet de la série a sans doute été atteint avec le début de la 3e saison. Les humains qui avaient décidé de s'établir sur la première planète habitable rencontrée en chemin (baptisée New Caprica) se retrouvent occupés militairement par les Cylons, ce qui donne l'occasion de développer des parallèles avec l'Iraq ou la Palestine. Plusieurs personnages majeurs de la série de retrouvent dans la résistance clandestine et violente à l'occupation. On va jusqu'à développer les thèmes de l'attentat suicide et de l'exécussion sommaire des traitres.

La qualité de l'écriture, du jeu des acteurs, de la production visuelle et sonore, sont toutes exceptionnelles. À voir et à revoir pour tous les amateurs de science fiction intelligente et pour ceux et celes qui s'intéressent aux liens entre la culture populaire et les enjeux sociaux et politiques.

À noter, la nouvelle série dérivée de BSG, intitulée Caprica, est tout aussi bonne, en tout cas pour sa première saison. Des thèmes similaires sont développés à travers l'hisoire des origines des Cylons et de leur religion monothéiste (la plupart des humains des colonies sont polythéistes). Caprica joue aussi au canal Space, les vendredi soirs. La première saison, d'une douzaine d'épisodes, a joué cet hiver.

samedi 3 avril 2010

Impressions de Rome (I)



Durant l'été de 2008, Jessica et moi avons passé une dizaine de jours en Italie, dont cinq à Rome. Ma première chronique voyage portera sur cette ville extraordinaire.

On a tous des images de Rome et tête par le cinéma, la télévision, les romans, etc. Mais rien ne nous prépare correctement pour la réalité. Quand on parcoure les rues de cet ancien centre du monde, on ne va pas tantôt dans des quartiers modernes, tantôt dans des vestiges de l'antiquité et parfois dans des zones évoquant la Renaissance. Tout ça est mèlé de la manière la plus imprévisible, comme si une "bombe de temps" avait explosé et conservé des bouts de toutes les époques sans plan préconçu.

Un bon exemple de ce mélange est le petit colisée, modèle ayant inspiré l'autre, dont j'ai mis une photo ci-dessus. Un autre serait l'église construite à même l'emplacement d'un temple antique, en plein forum.



Le quartier ou nous avons logé (et soupé) est Trastavere (littéralement: de l'autre côté du Tibre) juste à l'ouest du centre ville antique et de la rivière. C'est un endroit des plus charmants, avec des rues très étroites et pavées avec une horizontalité toute approximative. On y circule avec de toutes petites voitures et des motos, comme on s'y attend, mais aussi de tout petits autobus, de tout petits camions de la voirie, etc. Voici une image du quartier, incluant la façade de notre auberge.



Nos cinq journées ont consisté principalement à marcher sans arrêt à travers la ville (bravant une chaleur humide et accablante) pour admirer l'architecture, à marcher dans des musées pour admirer des oeuvres d'art, pour finalement s'asseoir afin de se reposer un peu les pieds en appréciant l'excellente cuisine.

Le point fort pour moi a sans doute été la visite des ruines de l'antique Forum Romanum, rue principale de la cité des consuls et des premiers empereurs. Habituellement, on est porté à penser à Jules César, Auguste ou Marc Antoine comme s'il s'agissait de personnages fictifs. Mais en marchant littéralement sur leurs pas, j'ai été estomaqué par l'énormité bien réelle de leur existence. Ces personnes vivaient dans une société complexe et immense qui nous a légué une bonne partie de notre culture et de nos institutions. Leurs guerres civiles, leurs conquêtes, leurs superstitions, leur littérature, résonnent jusqu'à nous.

Nous voici donc, à la fin de notre périple à travers le Palatin (le quartier riche de l'antiquité) et le Forum, devant ce qui reste du temple de Saturne.



Dans un texte à venir, je vais vous parler d'un édifice qui occupe une place spéciale dans mes pensées: le Panthéon.

vendredi 2 avril 2010

Les mauvais calculs de Pauline Marois

Les phénomènes politiques n'évoluent pas selon les lois de la mécanique mais celles de la dialectique. Une de ces lois est que les changements qualitatifs et graduels finissent toujours par atteindre un nouveau seuil qualitatif et changent alors de nature. Une autre, liée à la première, est qu'une chose peut se transformer en son contraire. L'évolution du paysage politique québécois se fait aussi selon ces règles. Par exemple, la montée graduelle des appuis pour l'ADQ de la fondation du parti en 1993 jusqu'à l'élection de mars 2007 a mené à un changement qualitatif, soit l'accession de ce parti au statut d'opposition officielle. Aussi, ce phénomène s'est transformé rapidement en son contraire, soit la désafection encore plus rapide de la population pour ce parti, qui est passé de 30% des votes lors de ces élections à des intentions de vote autour de 7 ou 8% dans les sondages, trois ans plus tard, soit beaucoup moins qu'à ses débuts.

La même chose est en train de se passer, selon moi, avec le Parti québécois. Les dirigeants du PQ ont graduellement poussé leur formation politique vers la droite depuis au moins le début des années 1980. Il s'en est suivi une érosion graduelle de la base de ce parti dans les milieux populaires et syndicaux. Pour toute une période, cette érosion n'était pas suffisante pour causer de gros problèmes sur le plan électoral. Bien des gens qui avaient perdu leurs illusions quand aux orientations progressistes de ce parti ont continué à voter PQ uniquement parce qu'il incarnait, à sa façon, le projet d'indépendance du Québec.

Mais un nouveau seuil qualitatif a été atteint autour de 1996 (après l'échec du second référendum) avec la politique de déficit zéro du gouvernement Bouchard et l'orientation dite des "conditions gagnantes" en lien avec la souveraineté. Les mécontents, plus nombreux que jamais, ont commencé à s'organiser sérieusement, entre autre avec le Rassemblement pour une alternative progressiste (RAP). Ce groupe s'est ensuite divisé en deux: une partie participant à la fondation de l'Union des forces progressistes (UFP), un nouveau parti faisant concurrence au PQ ; l'autre choisissant de tenter d'influencer le PQ de l'intérieur avec le "club" Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre(SPQ-Libre).

Dans la même période, des militantes et militants des groupes féministes et communautaires décidaient de s'investir de plus de plus sur la scène politique, avec la fondation de D'Abord solidaire, puis d'Option citoyenne (OC). La fusion de l'UFP et d'OC a donné Québec solidaire en février 2006, un saut qualitatif pour la gauche ayant rompu avec le PQ qui lui a permis de prendre sa place sur la scène politique avec 145,000 votes en 2007 et l'élection d'un premier député en 2008.

C'est dans cette nouvelle situation que le PQ, sous la gouverne de Pauline Marois, vient d'effectuer son nième coup de barre à droite, le mois passé, avec le colloque sur "la création de la richesse" et l'expulsion du SPQ-Libre. Ceci s'ajoute au virage entrepris par ce parti sur son option fondamentale depuis la défaite cuisante de 2007. La nouvelle orientation préconisée par la direction (qui n'a toujours pas été ratifiée par un congrès, prévu pour 2011) consiste en un ramassis de toutes les formules permettant d'éviter de poser les vrais questions et de se donner comme défi de convaincre les gens que l'indépendance en vaut la peine. Il s'agit essentiellement de donner à de vieilles idées de nouveaux noms. L'affirmation nationale (de Pierre-Marc Johnson) s'appelle maintenant la "gouvernance souverainiste" ou la "promotion de l'identité québécoise". Le beau risque de René Lévesque et le rapport Allaire (à l'origine de l'ADQ) reviennent sous la forme d'une "dernière offre" de renouvellement du fédéralisme dont personne ne veut.

Pendant ce temps, Québec solidaire continue à progresser. En novembre dernier, il a confirmé et approfondi son orientation indépendantiste en adoptant une série de propositions programmatiques. Cet hiver, il s'est résolument placé du côté des travailleuses et des travailleurs du secteur public en menant une campagne qui démontrait la possibilité de financer adéquatement les services publics sans surtaxer les citoyens à revenus modestes ou moyens (couragepolitique.org).

Comme le régime Charest s'entête visiblement à défendre bec et ongle les intérêts des multinationales et des millionaires (comme le montre son récent budget) et souffre se l'usure du pouvoir, la question d'une alternative politique se pose avec accuité. Pour la direction du PQ, le simple fait d'avoir repris sa place d'opposition officielle en décembre 2008 devrait suffire à garantir leur retour au pouvoir à la faveur de l'alternance. Mais les différences de substances entre eux et les libéraux sont si minces qu'on ne peut pas y voir la lumière du jour... Paradoxalement, c'est ce qui pourrait permettre aux libéraux de remporter un autre mandat. "Vaux mieux se faire avoir par les libéraux et avoir la paix que de se faire avoir par les péquistes et se taper une autre crise constitutionnelle stérile en plus!"

C'est donc dans la rue, principalement, et aussi à Québec solidaire, que la véritable opposition s'organise. Si la mobilisation qui a commencé avec les grandes manifestations du 20 mars et du 1er avril continue à se développer, avec une série de grèves dans le secteur public et possiblement une grève étudiante, la chaleur sociale pourrait atteindre son point d'ébulition et faire lever le gâteau qui se prépare à QS depuis quatre ans. Autrement dit, si 500,000 travailleuses et travailleurs du secteur public, plus 200,000 étudiantes et étudiants, des milliers de sans-emploi organisés dans les groupes communautaires, avec leurs familles, leurs amis et leurs voisins, sont en colère contre le gouvernement et exigent des solutions bien différentes que celles que pourra offrir le PQ, il n'est pas exclu que le membership de QS passe finalement de 5000 à 10,000 ou que ses intentions de vote montent jusqu'à 15%. À ce moment-là, la direction du PQ pourrait voir le tapis confortable tissé et retissé par les inconditonnels de la grande alliance nationaliste (comme les chefs du SPQ-Libre) se détricotter sous leurs pieds.

Il n'est donc pas exclu que Québec solidaire fasse élire plusieurs députés aux prochaines élections générales, ce qui pourrait causer la formation d'un autre gouvernement minoritaire (péquiste ou libéral). Suite à cette élection, le PQ ne peut qu'entrer une nouvelle fois en crise existentielle. S'il gagne, ce sera à cause de la continuité flagrante entre sa gouvernance suposément souverainiste et celle des libéraux, combinée à l'inanité de ses propositions sur la question nationale. S'il perd, ce sera à cause de son incapacité à reprendre le pouvoir face à un régime corrompu et méprisé. D'une manière ou d'une autre, la période suivante sera l'occasion d'un nouveau saut qualitatif pour Québec solidaire, désormais positionné non pas comme le sympathique et inoffensif nouveau venu, mais comme un candidat sérieux au pouvoir. Mais ça, c'est une autre histoire...

vendredi 26 mars 2010

Trois films sur l'Irak

Plusieurs films dont l'action se déroule en Irak ont été produits aux États-Unis depuis le début de cette guerre, dont trois que j'ai vus récemment. Il s'agit de The Hurt Locker (gagnant de l'oscar du meilleur film), Green Zone et Men who stare at goats (Les hommes qui fixent des chèvres).

The Hurt Locker est un film unique, une sorte de suspense intense autour du métier insensé des démineurs. Le personage principal est d'une témérité maladive, sans doute causée par une dépendance à l'adrénaline. Tout au long, on nous fait suivre les activités excessivement dangeureuses d'un petit groupe de soldats américains en plein coeur de l'Irak. On pourrait reprocher à l'histoire de se centrer sur l'expérience des solidats de la force d'occupation, et non des gens qui la subissent. Mais je ne crois pas à l'idée selon laquelle il faudrait toujours représenter principalement les points de vue des opprimés et des exclus. Celui des dominants (voir le Nixon de Oliver Stone, un de mes films préférés de tous les temps) ou des exécuteurs de leurs oeuvres peut aussi être rempli de vérité. Cette histoire en est un bon exemple. Il n'y a pas d'idéalisation du personnage central, il est impulsif, parfois irresponsable, un peu déséquilibré et clairement troublé psychologiquement par son expérience. Ce n'est certainement pas un film qui donne le goût de faire la guerre. La réalisatrice, Kathrin Bigalow, a certes souligné le sacrifice et le dévouement des troupes américaines dans ses discours, mais toujours en ajoutant "qu'ils nous reviennent sains et saufs". C'est une atténuation du slogan "Appuyez les soldats, ramenez-les à la maison" qui a été très important pour le mouvement antiguerre des États-Unis. Sommes toutes, je vous conseille de le voir.

Green Zone est beaucoup plus explicitement politique. Dans ce film, un soldat d'expérience joué par Matt Damon est envoyé avec son équipe pour chercher les fameuses "armes de destruction massive" qui ont servi de prétexte à l'invasion de l'Irak. Il se promène d'une usine abandonnée à une autre pendant des mois, risquant sa vie dans cette poursuite vaine mais qui devait se faire étant donné la rhétorique politique ayant justifié la guerre. En posant quelques questions ambarassantes, il prend contact d'abord avec un vieux routier de la CIA qui n'a jamais cru les prétentions de son gouvernement, puis avec une journaliste qui avait relayé un prétendu scoop à l'effet qu'un informateur fiable et haut placé dans le gouvernement irakien avait rencontré un officiel américain également important et confirmé l'existence des "WMD". Il finira par découvrir que le dossier du gouvernement reposait sur un mensonge pur et simple.
L'ensemble du film est donc une représentation en microcosme de toute la mascarade de l'administration Bush sur l'Irak et de la désillusion cruelle qui s'est abattue sur les soldats et les citoyens du pays à mesure que l'imposture devenait de plus en plus évidente. Une réussite de la part de ceux qui avaient produits la série "Bourne" basée sur les romans de Ludlum, trois excellents divertissements mais au contenu beaucoup moins pertinent.

J'ai gardé mon préféré pour la fin avec "Men who stare at goats". C'est sans doute une des meilleurs films que j'ai vu ces dernières années; et j'en vois beaucoup! Cette comédie étrange est non seulement une grande parabole antiguerre centrée sur l'Irak, mais aussi un rappel de tout le mouvement pacifiste de la période du Viet Nam. En effet, un des personnages principaux, joué avec un calme étonnant par le très pince-sans-rire George Clooney, est un vieux routier de l'armée américaine qui avait été recruté, tout de suite après le Viet Nam, pour faire partie d'une "escouade de la paix" fondant son pouvoir sur des facultés extra-sensorielles et la non-violence. Soulignons la performance hilarante de Jeff Bridges, récemment oscarisé, dans le rôle du chef de cet escadron loufoque.
Ewan McGregor y joue un journaliste qui tombe par hasard sur le soldat "de la paix" désorienté par la dissolution de son unité spéciale. Les deux se retrouvent dans une aventure fantaisiste et vont d'une péripécie incroyable à une autre pendant que le personnage de Clooney racconte son histoire. C'est mourant, c'est touchant et ça fait sourire jusqu'au fond de l'âme. Louez-le dès que vous en aurez l'occasion!

À la prochaine.

jeudi 25 mars 2010

Les travailleuses et travailleurs du secteur public veulent se battre et peuvent gagner

« Nous n’avons à craindre que la peur elle-même », F.D. Roosevelt

Plusieurs facteurs convergent présentement vers une confrontation majeure entre les 475 000 syndiqué-e-s du secteur public et le gouvernement Charest. L’issue d’une telle confrontation pourrait bien être une victoire (partielle et temporaire, comme toujours) pour les travailleuses et les travailleurs. Ce qu’on n’a pas vu au Québec, dans le monde syndical, depuis la fin des années 1970.

Les signes de l’affrontement sont de plus en plus clairs. Derrière la rhétorique diplomatique - venant tant du gouvernement que des porte-parole syndicaux - à l’effet qu’un règlement serait possible d’ici quelques jours, on peut voir les parties s’éloigner plutôt que se rapprocher. D’abord, la partie patronale a multiplié les demandes de toutes sortes aux tables sectorielles. Ensuite, le gouvernement n’a donné aucun signe de souplesse sur le plan financier. Au contraire, dans ses plus récentes interventions publiques, Charest lui-même annonce que le prochain budget de son gouvernement mettra l’accent sur les compressions de dépenses plus encore que sur les hausses de tarifs.

De l’autre côté de l’équation, la manifestation de 75 000 personnes à Montréal, à l’appel du Front commun, démontre hors de tout doute le potentiel de mobilisation énorme et la colère qui gronde parmi les travailleuses et travailleurs. Du côté de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui ne participe pas au Front commun et a rejeté l’idée d’un règlement avant le 1er avril, on a déjà pris une série de mandats pour une grève d’un jour, avec des votes autour de 90% et des taux de participation élevés.

La campagne unitaire et insistante venant du gouvernement et de la droite en faveur des hausses de tarifs et de taxes n’a pas généré les appuis espérés. Et les contre-campagnes se multiplient, ce qui démontre l’absence de toute espèce de consensus en faveur des solutions néolibérales. La Coalition contre la tarification et la privatisation des services publics, qui réunit une bonne partie des mouvements sociaux, manifestera à Montréal le 1er avril, immédiatement après le dépôt du budget et l’annonce de l’échec (probable) du marathon de négociations. Même les médecins spécialistes contribuent à l’émergence de cet autre pôle politique avec leur campagne « l’expertise a un prix » qui souligne la possibilité de financer leurs demandes et celles des autres professionnels de la santé, sans alourdir le fardeau fiscal des contribuables. En faisant flèche de tout bois, leur campagne fait la promotion de certaines idées progressistes, dont les redevances sur l’eau.

Québec solidaire, avec sa campagne couragepolitique.org, a mis sur la table des propositions fiscales permettant de générer 5 milliards $ en revenus supplémentaires pour l’État. Des commentateurs n’ayant pas l’habitude de se gêner pour attaquer QS ont souligné le caractère raisonnable de ces propositions. Le nouveau parti de gauche est aussi intervenu à plusieurs reprises, par la bouche de sa présidente et de son député, pour exprimer son appui aux demandes très modestes des syndicats.

L’émergence d’une alternative de gauche de plus en plus crédible, qui se positionne pour prendre la place de l’ADQ comme troisième force politique, compense pour l’approfondissement du cours néolibéral au Parti québécois, confirmé avec son colloque sur la « création de la richesse » et la dissolution du club des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ-Libre).

Le principal obstacle sur le chemin d’une victoire sociale et syndicale est le pessimisme qui s’est installé dans la conscience des travailleuses et travailleurs à la suite de nombreuses défaites. Une nouvelle génération militante est en émergence qui pourrait renverser cette tendance et remettre l’optimisme et la combativité à l’ordre du jour. Cette génération a fait l’expérience de la mobilisation avec la Marche mondiale des femmes en 2000, le Sommet des Amériques en 2001, l’opposition à la guerre en 2003 et la grève étudiante sans précédent de 2005. On a eu un avant-goût de la traduction possible de cet esprit contestataire dans le mouvement syndical avec les grandes manifestations de la fin de 2003 et du 1er mai 2004 contre le même gouvernement. La ZLÉA est morte et l’OMC est à la dérive, le Canada n’est pas embarqué dans la guerre en Irak, les bourses d’étude sont encore au programme, et les principales victoires des dernières années (comme l’équité salariale, les congés parentaux, les CPE) ont été celles du mouvement des femmes.

En cette année de la 3e Marche mondiale des femmes, le gouvernement Charest et ses alliés veulent encore que les travailleurs et surtout les travailleuses (fortement majoritaires dans le secteur public) paient pour une crise dont elles et ils ne sont nullement responsables. En Grèce, par une série de grèves et de manifestations, s’exprime avec force le refus de payer pour leur crise. C’est ici et maintenant qu’il faut résister, pour préserver nos services publics et les valeurs de justice sociale et de solidarité. Si on cède au pessimisme et qu’on abandonne la partie, on s’assure d’une défaite. Si on choisit de lutter, la victoire est à tout le moins possible.

Genesis et Abba au temple de la renommée

La semaine dernière, deux de mes groupes préférés ont été intronisés au temple de la renommée du Rock: Genesis et Abba. Vous allez me dire: "quel rapport entre ces deux groupes, à part les années 1970?". Bien entendu, les style musicaux sont forts différents. Mais les deux ont eu une grande place dans ma vie de mélomane. J'écoutais beaucoup de Abba quand j'avais 11 ou 12 ans, chez ma mère, pendant qu'elle regardait la télévision. La découverte de Genesis s'est faite un peu plus tard, à la Polyvalente Deux-Montagnes, avec l'album Trick of the Tail, que j'ai découvert dans la nouvelle maison de mon père (les anciens propriétaires avaient laissé une bonne collection de vinyls), et Fox Trot, emprunté à un ami. Depuis lors, un de mes rêves est de chanter Supper's Ready en spectacle, ce qui va probablement se réaliser bientôt...

Genesis est probablement le meilleur groupe de la vague "prog rock" britannique des années 1970. Je dis le meilleur par parce qu'ils étaient les plus grands virtuoses (ce serait plutôt Yes) ou les plus originaux dans leurs compositions (ici, ce serait Gentle Giant), mais à cause de l'élégance de leurs arrangements et de l'unité remarquable du groupe, surtout dans leurs albums phares comme Nursery Crime, Fox Trot et Selling England by the Pound. En voici un exemple: The fountain of Salmacis, en version "live", tirée de Nursery Crime,(1972). Remarquez l'orchestration évocatrice d'une production symphonique, avec les crescendos très graduels et parfaitement exécutés.

http://www.youtube.com/watch?v=KUiSZdA3w9Y

Je ne me lasserai jamais d'écouter leurs premiers disques, de Trespass (1971) à Wind and Wuthering (1976). Ils y combinent la richesse mélodique des compositeurs classiques du 19e siècle avec l'énergie d'un quintette rock tout droit sorti de l'effervescence du psychédélique et de la scène pop britannique post-Beatle.

Comment un groupe dont la production était si peu accessible pour la radio s'est-il retrouvé parmi les plus connus dans le monde? Pour ça, il faut reconnaître la qualité du travail effectué après le départ de Gabriel et Hackett, avec le rock moins subtil mais tout de même original du trio Collins, Banks, Rutherford. Les voici au sommet de la gloire devant une salle bien remplie, avec une chanson faite sur mesure pour brasser une énorme cage! Remarquez la mesure en 13/4. Il restait encore quelque chose de leurs tendances expérimentales.

http://www.youtube.com/watch?v=tnMyr5_nmaQ

Et que dire de Abba? C'est du pop bonbon, peut-être, avec des textes médiocres de surcroit. Mais les arrangements sont d'une originalité et d'une efficacité à toute épreuve. Ma préférée demeure The name of the game. Remarquez comment l'arrangement des voix reproduit les accords de guitare. C'est d'une sobriété frappante.

http://www.youtube.com/watch?v=iJ90ZqH0PWI

En terminant, voici le video qui a été présenté à la cérémonie.

http://www.youtube.com/watch?v=WtJBOECah7w

Bravo à Abba et à Genesis!

Bienvenue sur mon nouveau blogue!

Mon ancien blogue, l'internationaliste, est disparu, probablement avec une compagnie de service Internet qui aura discrètement fait faillite. Alors me voici dans l'univers Google. Ça devrait durer plus longtemps...

Le blogue précédent se voulait strictement un lieu d'entreposage virtuel de mes textes politiques, généralement publiés ailleurs. Cette fois-ci, en plus de quelques republications, je me promets d'écrire toutes sortes de choses strictement pour le blogue, sur une variété de sujets. Les commentaires sur l'actualité devraient être fréquents, mais il pourrait y avoir des critiques de films et de livres, des réflexions sur l'enseignement (ma profession) et autres inspirations du moment.

Bonne lecture!

Benoit Renaud
Le 25 mars 2010