lundi 28 novembre 2016

Politique du caucus du PQ sur l’identité: Un compromis entre la lutte contre la discrimination… et la discrimination!

Le 24 novembre, le caucus du Parti québécois rendait publique un document d’orientation qui annonce ses intentions advenant l’élection d’un gouvernement péquiste en 2018 sur diverses questions concernant l’immigration, l’éducation, les signes religieux et autres sujets regroupés sous le chapeau de l’identité. Cette collection de mesures poursuit sur la lancée de la Charte des valeurs de 2013, tout en faisant des concessions significatives aux critiques qui avaient été émises à l’époque. Cependant, l’idée de fond demeure : l’État devrait pouvoir exercer diverses formes de discrimination tout en faisant la morale aux citoyennes et aux citoyens qui font de même dans la société. Cette politique incohérente n’augure rien de bon et devrait constituer un argument significatif à Québec solidaire contre toute alliance électorale ou gouvernementale avec ce parti.

Discriminer un peu moins et plus tard

D’abord, il faut reconnaître que le caucus péquiste met de côté ou remet à plus tard plusieurs propositions qui pourraient envenimer les débats dits identitaires. La question du nombre d’immigrantes et d’immigrants que le Québec devrait accueillir annuellement est renvoyée au Vérificateur général et à des experts pour des recommandations à remettre en 2019. L’interdiction du voile intégral dans l’espace public (un non-sens, vu que ceux-ci ne servent pas à la maison…) subit le même traitement dilatoire. Il s’agit ici de ne pas faire de ces questions des enjeux électoraux en 2018, ce qui est bienvenu.

Sur la question centrale dans les débats du port de signes religieux dans le secteur public, la position retenue part de la liste d’interdictions du rapport Bouchard-Taylor (juges, procureurs, gardiens de prison, policiers) et ajoute les secteurs de l’éducation et des services de garde, mais avec la clause grand-père. Donc, Lisée peut affirmer que personne ne perdra son emploi en raison de la Charte 2.0, mais on établit une forme de discrimination légale à l’embauche pour les futurs enseignantes et éducatrices. Lucien Bouchard, un avocat patronal réputé, avait taillé en pièce cette notion durant les débats de 2013. Si un employeur ne peut pas interdire le hijab, par exemple, parmi ses employées actuelles, il ne peut pas défendre légalement son droit de l’interdire pour les nouvelles employées.

Bien entendu, les députés péquistes promettent d’interdire le tchador, ce vêtement que personne ne porte parmi les 350 000 femmes qui travaillent dans nos services publics. La publicité disgracieuse de la CAQ à ce sujet est donc malhonnête en plus d’être bêtement islamophobe. Et comme Lisée l’avait annoncé durant la course à la chefferie, le PQ va appuyer le projet de loi 62 interdisant de donner ou de recevoir des services publics à visage couvert, comme premier pas dans la direction souhaitée.[i]

Un cours à tout faire

Suivant en cela les préjugés et les spéculations véhiculées par les nationalistes conservateurs et les anticléricaux militants, le document promet d’abolir le programme Éthique et culture religieuse (ECR), et ce sans offrir de raisons. Pourtant, s’il y a une chose que les débats sur les accommodements et sur la Charte des valeurs ont bien démontré, c’est que l’ignorance des religions minoritaires n’est pas un atout pour un vivre-ensemble réussi !

À sa place, les péquistes proposent un salmigondis de contenus pour un cours de « citoyenneté québécois », incluant la sexualité, la démocratie, les libertés fondamentales, la lutte contre la discrimination et la prévention de la radicalisation (cette dernière étant regroupée avec les gangs de rue et le proxénétisme !). Et on prévoit donner au Ministère, aux écoles et aux enseignantes et enseignants, moins de trois ans pour concevoir et implanter ce nouveau programme. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une volonté d’instrumentalisation de notre système scolaire à des fins politiques, sans considération pour l’expertise sur les programmes et leurs contenus, les conditions de travail ou le réalisme élémentaire.

De bonnes intentions

Pour le reste, cette politique est remplie de bonnes intentions en ce qui concerne « les communautés de la diversité ». On affirme une volonté d’accélérer la reconnaissance des diplômes, de financer des stages pour l’intégration dans certaines professions, d’assurer « une présence plus juste » des personnes de diverses origines dans la fonction publique, de reconnaître le droit à la francisation avec les ressources financières nécessaires à son application, etc. Le document insiste sur le fait que ces mesures positives devraient précéder l’introduction de la nouvelle version de la Charte. C’est bien.

Le PQ souhaite réactiver son comité national pour les personnes issues de l’immigration et les minorités culturelles. Pas l’ombre d’un bilan n’est présenté pour expliquer pourquoi ce comité a cessé d’exister. Pas non plus de critique de l’épisode de la Charte qui permettrait d’identifier un des obstacles principaux dans les rapports entre le PQ et certaines communautés.

En somme, cette nouvelle orientation proposée au PQ par le caucus de ses députés constitue une défaite de taille pour les partisans de l’interdiction totale et immédiate des signes religieux ou pour les nationalistes conservateurs qui voudraient nier le problème de la discrimination. Mais en même temps, il contient juste assez de mesures discriminatoires et d’atteintes aux droits et libertés pour empêcher une entente avec Québec solidaire ou obtenir l’approbation des organismes de défense des droits des personnes racisées ou issues de l’immigration.

Comme beaucoup de propositions issues de la méthode Lisée, il s’agit d’un positionnement en apparence habile et nuancée, mais qui finira par mécontenter tout le monde.  

lundi 14 novembre 2016

L’assemblée constituante : pour une révolution démocratique

Les signes récents de recomposition du paysage politique[i] donnent une nouvelle urgence à la clarification de ce qu’on entend par assemblée constituante (AC) et du lien entre cette proposition politique et les efforts de renouvellement du mouvement indépendantiste.

L’élection de Jean-François Lisée comme chef du PQ signale une autre mise en veilleuse de « l’option ». Mais les 10 000 voix pour Martine Ouellet et la persistance d’Option nationale indiquent que le camp des indépendantistes qui assument leur choix est encore bien en vie. L’arrivée dans le paysage du collectif Faut qu’on se parle, dont un des dix sujets de discussion est le renouvellement du mouvement indépendantiste est aussi un élément encourageant. Les États-généraux sur la souveraineté, à l’origine des OUI-Québec, avaient fait une place significative à l’AC dans leurs délibérations. On peut donc envisager une convergence indépendantiste progressiste autour d’une plateforme commune incluant l’assemblée constituante.

Le dernier congrès de QS a décidé de maintenir pour l’essentiel notre approche sur la Constituante dans le programme du parti. On peut se désoler du rejet de la précision du mandat indépendantiste l’AC, l’adoption de cet amendement (ou de l’option E qui était une tentative de compromis[ii]) aurait simplifié notre travail en direction des autres courants indépendantistes. Mais la décision du congrès ne signifie pas que QS soit moins indépendantiste pour autant, il s’agit plutôt d’une approche différente quant au lien entre la lutte pour l’indépendance et l’assemblée constituante. Pour comprendre cette approche, il faut la situer dans le contexte du programme dans son ensemble et de la stratégie politique qui le sous-tend.

L’assemblée constituante : un geste de rupture

Le paragraphe sur l’AC est dans la section du programme qui commence par dénoncer le fédéralisme canadien, constatant l’impossibilité d’une réforme significative de cette structure et concluant à la nécessité de l’indépendance pour réaliser l’ensemble du programme solidaire. Elle constitue l’étape intermédiaire dans un processus qui commence par l’élection d’un gouvernement solidaire et se conclue par un référendum portant sur la constitution proposée et le statut politique du Québec.

Plutôt que de concentrer nos interventions sur la question de la mécanique et des moyens (un débat pour militantes et militants déjà convertis), il faudrait revenir au point de départ, soit notre critique de l’État canadien actuel et de sa constitution. (Pourquoi le Québec a refusé et refuse toujours d’y consentir ?) Ce qui permettrait d’aborder l’AC par le bon bout, c’est-à-dire à quoi elle sert : élaborer une constitution pour le Québec.

Aussi, rappeler les origines de la constitution canadienne permet de faire ressortir à quel point celle-ci n’est pas le résultat d’un processus démocratique mais la continuation de la monarchie constitutionnelle et du colonialisme britanniques. Par contraste, l’AC remet la rédaction de la loi suprême entre les mains de la population, via une élection spécifique, un processus de démocratie participative et la ratification de son résultat par référendum.

Ce faisant, nous pouvons faire ressortir le fait que la convocation de l’AC est en soi un geste de rupture avec l’ordre constitutionnel actuel et en même temps un instrument radicalement démocratique. Il ne devrait pas y avoir de contradiction entre ces deux aspects de l’AC, même s’ils ont mené à une certaine polarisation dans les débats à QS. Elle est à la fois une démarche faite sur mesure pour construire une majorité populaire en faveur de l’indépendance et un exemple de démocratie participative ouverte à toutes les sensibilités politiques présentes dans la population. En fait, elle est utile dans notre stratégie indépendantiste parce qu’elle est radicalement démocratique.

L’idée qu’un tel processus de rupture avec 225 ans de monarchie constitutionnelle pourrait mener à une simple constitution provinciale acceptant les contraintes du fédéralisme actuel est une abstraction et une interprétation erronée du programme de Québec solidaire. L’assemblée constituante n’est pas qu’une autre commission d’enquête menant une consultation pour le compte de l’Assemblée nationale. Ce n’est pas un comité d’experts en droit constitutionnel faisant des recommandations à un premier ministre. C’est une autorité politique supérieure à celle de l’Assemblée nationale ou de la Chambre des communes. C’est, par définition, un geste fondateur pour un nouvel État. Affirmer qu’elle pourrait servir à autre chose est en contradiction avec sa nature même.

Il est vrai que si une AC était élue ou tirée au sort maintenant, la majorité de ses membres seraient fédéralistes. Mais avec des « si » on va à Paris, on soulève le peuple et on fait la révolution… Ce n’est pas l’idée abstraite de l’AC (le mot, plutôt que la chose) que nous voulons mettre de l’avant, mais une démarche politique concrète d’auto-détermination collective qu’on pourrait qualifier de révolution démocratique. Une telle démarche n’est concevable que sur la base d’un haut niveau de mobilisation sociale menant à une confrontation avec les institutions en place. C’est pour cette raison, entre autres, que la lutte pour la justice sociale et celle pour l’indépendance sont inséparables. Les partis et courants politiques conservateurs le savent bien, et c’est pour cette raison qu’ils ne convoqueront jamais une telle assemblée à moins d’en être contraints par une mobilisation populaire telle que le Québec n’en a encore jamais vu.

D’ailleurs, les pays qui ont vécu des processus constituants au cours des dernières années l’ont tous fait à la suite d’une crise politique majeure (Venezuela, Bolivie, Tunisie, Équateur, Islande). Il faudrait étudier plus en détail ces cas concrets pour en tirer des enseignements sur la manière de former l’AC, les mandats qu’on devrait lui confier, la manière de procéder pour encourager la participation populaire, les pièges à éviter, etc. Tout récemment, le Chili est embarqué dans un processus constituant sous un gouvernement de centre-gauche. Il semble que la démarche soit très positive malgré les limites de la situation sociale et politique dans ce pays. Par contre, dans le cas de l’Islande, le fait que l’AC a été élue et a effectué ses travaux une fois que la crise sociale et politique causée par la crise financière de 2008 se soit résorbée, et que la droite ait repris le pouvoir, en fait un exemple à ne pas suivre.

Mais il faudra toujours garder en tête que le cas du Québec est différent, justement en raison de son statut actuel de province canadienne. Les parallèles avec des projets d’assemblée constituante s’appliquant à l’Écosse ou à la Catalogne seraient très instructifs à ce sujet. La dynamique de rupture est encore plus radicale dans une telle situation, l’AC n’étant pas seulement en opposition à l’ordre politique établi sur le territoire où elle est convoquée mais aussi en opposition avec le pouvoir d’un État plurinational plus vaste.

L’AC comme solution à l’opposition entre « identitaires » et « inclusifs »

Un aspect de l’assemblée constituante qui n’a pas été largement discuté est la question des rapports entre projet collectif et droits de la personne dans le processus. Il y a un fort courant d’opinion au Québec qui associe l’idée même des droits de la personne au fédéralisme canadien et au multiculturalisme à la Trudeau. Pourtant, la Ligue des droits et libertés est bien présente au Québec depuis plus de 50 ans et le Québec a adopté sa Charte des droits et libertés de la personne plusieurs années avant la constitution de 1982. Ce sont en bonne partie les indépendantistes qui se sont battus pour le respect des droits de la personne contre la répression arbitraire de l’État fédéral dans les années 1960 et 1970. Pour la gauche indépendantiste, le projet d’une constitution québécoise devrait être l’occasion d’affirmer plus de droits (les droits économiques et sociaux, le droit de grève, le droit à un environnement sain…), pas une occasion d’enlever des droits à une partie de la population, comme le proposait la Charte des valeurs.

Le philosophe allemand Habermas a fait œuvre de pionnier dans un effort visant à surmonter l’opposition entre une démocratie de communauté, permettant à la majorité d’imposer ses conceptions de la vie bonne aux diverses minorités, et la démocratie libérale fondée sur le respect du pluralisme des valeurs et des modes de vie et la protection des minorités contre la dictature de la majorité. Il nous propose deux constats qui brisent avec cette dichotomie.[iii]

D’une part, la meilleure protection possible pour les droits de la personne et des minorités est l’accord explicite de la majorité de la population pour une telle protection à la suite d’une démarche démocratique. Le contre-exemple québécois et canadien fait bien ressortir cette idée. C’est précisément parce que la Charte canadienne a été imposée par une dizaine de dirigeants politiques sans le consentement de la population que bien des gens, surtout au Québec mais aussi ailleurs au Canada, voient cette Charte comme un obstacle à l’expression de la volonté démocratique majoritaire. L’adoption d’une constitution élaborée par le processus démocratique de l’AC et qui inclurait un texte comme celui de la Charte québécoise actuelle aurait la même portée juridique, mais une tout autre signification politique et sociale.

L’autre idée qu’on devrait emprunter à Habermas est que le processus de décision démocratique, pour avoir le maximum de légitimité, doit être le plus égalitaire possible et ne tolérer aucune forme de marginalisation ou d’exclusion. Comment en effet espérer que toute la population respecte les institutions communes si une partie de cette population n’a pas pu participer pleinement et équitablement à leur mise sur pied ? On comprend que pour les Afro-américains, par exemple, l’adhésion à la Déclaration d’indépendance et à la Constitution soit remise en cause par le fait que ces textes fondateurs ont été rédigés par des propriétaires d’esclave et ne remettaient pas en question leur domination.

On nous dira que la majorité de la population était pour la Charte des valeurs avec ses restrictions aux libertés de religion et d’expression ainsi qu’au droit au travail. Mais cette statistique est basée sur des sondages aux questions très vagues. Quand on demandait aux gens s’ils croyaient qu’une personne devrait être congédiée si elle refuse de retirer son signe religieux, la majorité était contre une telle mesure, pourtant au cœur des débats sur le projet. Ce qui explique d’ailleurs que le camp « pro-charte » s’est rapidement divisé sur cette question, certains (comme Guy Rocher) proposant une « clause grand-père » pour éviter ce genre de situation. Aussi, les appuis à la répression de la visibilité des religions minoritaires tendent à augmenter à mesure qu’on s’éloigne des lieux où vivent les membres des minorités en question. On hésite davantage à enlever des droits à des gens qu’on connait.

De plus, encore une fois, il ne s’agit pas d’imaginer une assemblée constituante élue maintenant, mais à la suite des luttes sociales et de la transformation du paysage politique qui la rendront pertinente et possible. On peut parier que dans ces luttes, comme durant la grève étudiante de 2012, des Québécoises et des Québécois de toutes origines, avec toutes sortes de croyances et d’habitudes, auront appris à se connaître et à se respecter. Je suis convaincu que le projet collectif démocratique et égalitaire proposé par l’assemblée constituante serait rigoureusement inclusif. Le Québec indépendant sera pluriel ou ne sera pas.



[iii] Jürgen HABERMAS, Droit et démocratie. Entre faits et normes, traduit de l’allemand par Rainer Rochlitz et Christian Bouchindhomme, Paris, Gallimard, nrf essais, 1997, 554 pp.

vendredi 11 novembre 2016

Faisons l’indépendance maintenant !

En réponse à Trump et à tout le reste, la révolution Québécoise est devenue une nécessité

L’humanité semble se diriger dans une très mauvaise direction. Les États-Unis viennent de choisir le président le plus réactionnaire depuis longtemps à la suite d’une campagne qui a nourri le racisme et toléré la pire misogynie. À travers l’Europe, des partis xénophobes mobilisent le mécontentement de millions de personnes en blâmant l’immigration pour les problèmes causés par le capitalisme. Le traité de Paris sur le climat a été ratifié mais les engagements concrets des pays signataires ne suffiraient pas à atteindre la cible prévue. Tout indique que nous nous dirigeons vers une polarisation politique et sociale accrue avec un centre de plus en plus incapable de bloquer la montée de la droite radicale et des mouvements de résistance constamment sur la défensive.

Le Québec n’est pas à l’abri de ces tendances lourdes. Les Libéraux appliquent une doctrine économique qui désagrège le tissu social, accentue les inégalités et génère du désespoir. La CAQ voudrait aller plus vite et plus loin dans la même direction. Le PQ incarne cet extrême-centre politique qui accepte la domination des élites financières tout en tentant de se donner une image progressiste. Aucun revirement de la situation ne sera possible de ce côté-là. La caricature des minorités culturelles et religieuses et la crainte de l’immigration sont entrées dans notre paysage politique avec l’ADQ en 2006 et la prétendue crise des accommodements raisonnables. Depuis, tant le PQ que la CAQ en ont fait une partie de leur stratégie. La résistance des Libéraux face à cette tendance a été timide et inadéquate. Présenter l’immigration comme utile économiquement et affirmer son opposition de principe au racisme ne font pas une politique effective de lutte contre l’intolérance ou un projet collectif rassembleur.

Le gouvernement Trudeau, après avoir promis une nouvelle orientation contrastant avec le conservatisme pétrolier de Harper, gouverne de plus en plus ouvertement comme son prédécesseur. L’approbation de grands projets liés aux combustibles fossiles contredit ses engagements sur le climat. Le programme d’investissement en infrastructures est taillé sur mesure pour favoriser le secteur privé. Même politique étrangère et même politique sécuritaire, même complicité avec le complexe militaro-industriel. En bref, Trudeau s’avère de plus en plus être un Harper avec un sourire. Et bien entendu, il n’y a à l’horizon aucune réforme du fédéralisme pouvant répondre aux aspirations du Québec à plus d’autonomie et de respect de son caractère national. Le projet national canadien, fondé dans les faits sur la langue anglaise et les institutions britannique, continue d’être incompatible avec le projet national Québécois, avec le français comme langue commune.

Devant tout ça, bien des gens sont tentés de se replier sur leur vie privée et leur entourage immédiat. On décroche de la vie politique et on espère échapper aux pires conséquences des décisions prises par d’autres. La démocratie apparait comme une mauvaise blague, quand elle de rime pas avec corruption et cynisme. Tant pis si le Québec meurt à petit feu et finit par se dissoudre dans la grande masse anglo-américaine.

Le Québec peut faire mieux !

L’indépendance du Québec permettrait de porter un grand coup en faveur d’une humanité plus démocratique, plus égalitaire, plus écologique et plus pacifique. Elle redonnerait son sens à la politique et renouerait avec l’essence de la démocratie : le gouvernement du peuple par le peuple. Nous ferions la démonstration qu’une autre Amérique du Nord est possible à côté du conservatisme destructeur de Trump et du libéralisme sans conséquences de Trudeau. La révolution québécoise constitue la seule réponse adéquate, pour ceux et celles qui vivent ici, face aux horreurs qu’on nous prépare.

En même temps, la rupture avec l’ordre constitutionnel canadien est une nécessité pour réaliser les objectifs de plusieurs mobilisations populaires en cours. Le Québec a besoin de tous les pouvoirs pour dire Non aux projets comme l’oléoduc Énergie Est et investir massivement dans un programme d’infrastructures vertes. Il faut affirmer notre souveraineté nationale pour dire Non aux traités de protection des intérêts des multinationales qualifiés de libre-échange. Il faut prendre en main tous les leviers de la politique économique pour contrer le chômage et la précarité et mettre en place un modèle de développement centré sur les besoins des personnes et des communautés et non sur les impératifs du marché. Il faut en finir avec les institutions politiques issues du colonialisme britannique en convoquant une assemblée constituante qui aura pour mandat de donner à la population le pouvoir de déterminer comment les décisions collectives se prendront à l’avenir. C’est sur la base d’un tel projet collectif, enraciné ici et ouvert sur le monde, que nous pourrons briser les barrières entre les personnes aux cultures, aux croyances et aux origines diverses et créer une communauté nationale inclusive.

Le temps est venu pour Québec solidaire de proposer un tel projet d’avenir à toute la population du Québec en collaboration avec toutes les organisations qui voudront s’y rallier. L’effet paralysant des tergiversations sans fin du Parti québécois autour de la mécanique référendaire a été rompu comme un mauvais sort par la victoire de son nouveau chef. Comme le PQ ne prétend plus être autre chose qu’une option pour l’alternance dans la continuité à la tête d’un état provincial, les indépendantistes sont libres de se rassembler autour d’une nouvelle vision du pays. Fini les phrases creuses sur l’indépendance « ni à gauche, ni à droite, mais en avant »! Donnons un sens universel à notre indépendance en faisant de la révolution démocratique québécoise un moyen de changer le monde en mettant un nouveau pays au monde.

C’est en 2017, années des 150 ans de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, qu’il faut lancer une campagne sans précédent pour l’indépendance du Québec. Regroupons largement autour d’un projet qui place la rupture avec l’ordre constitutionnel au cœur d’une stratégie de rupture avec le statu quo économique, social et écologique. Puis, en 2018, la coalition formée autour de cette campagne pourra présenter ce projet à la population lors des élections générales. 

Invitons d’abord Option nationale à se joindre à Québec solidaire dans cet effort avec toute la détermination indépendantiste qu’on leur connait. Puis ouvrons grande la porte au collectif Faut qu’on se parle pour qu’il y apporte du nouveau monde, de nouvelles idées et de nouvelles façons de faire. Que toutes les organisations indépendantistes et progressistes soient les bienvenues à partir du moment où on s’entend pour en finir avec les hésitations et les demi-mesures.


Passons à l’action maintenant ! L’humanité a besoin d’un Québec qui ose ! Le Québec a besoin de notre audace ! 

mercredi 9 novembre 2016

Comparaison 2000-2016: Sous le soleil des États-Unis, rien de nouveau

Pour éclairer une analyse du phénomène Trump, il serait utile de comparer l’élection d’hier avec celle de Al Gore contre GW Bush, la dernière fois qu’un républicain apparemment sans beaucoup d’aptitudes sur les questions de fond a remporté la présidentielle grâce au collège électoral alors que son adversaire démocrate manifestement compétent était identifié à une administration de son parti installée depuis huit ans.

Les données qui suivent sont issues du site du New York Times, à la rubrique des sondages de sortie des urnes (exit polls).

Est-ce qu’on assiste à une profonde division selon les sexes ? Les accusation d’agression sexuelle et les propos sexistes du milliardaire, de même que la candidature sans précédent de HR Clinton pourraient le laisser croire. En fait, Trump a obtenu 53% du suffrage masculin et Bush avait obtenu précisément 53% de ce bloc de votes en 2000. S’il y a une division politique selon le sexe aux États-Unis, ça ne date pas d’hier.

Une division des races? Trump a obtenu 58% du vote des Blancs. Bush en avait obtenu 54%. Significatif, mais pas renversant comme différence. Chez les Latinos, Trump a obtenu 29%, Bush avait eu 35%. Avantage Clinton. Mais pas par une marge si importante, compte tenu des propos et des propositions de Trump sur l’immigration.

Pour l’âge, les moins de 30 ans ont voté pour Trump à 37%, ils avaient voté pour Bush à 46%. Dans les autres groupes d’âge, la différence est de quelques points seulement avec des personnes de 45 ans et plus votant pour Trump davantage que pour Bush, mais pas par une grande marge.

L’éducation alors ? Les détenteurs d’un diplôme d’études secondaire (pas plus) ont voté pour Trump à 49% et pour Bush à 51%. Pas une grande différence. Si on combine l’éducation et la « race », on arrive à cette catégorie particulière, les Blancs avec une éducation de niveau secondaire ou sans diplôme. Ces personnes ont voté pour Trump à 67%. Impressionnant. Il s’agit d’un bloc comprenant 34% de la population totale des États-Unis. Mais elles avaient quand même voté pour Bush à 57%. Un changement significatif mais pas du tout au tout.

Les personnes qui considéraient que la situation économique était mauvaise ont voté à 79% pour Trump, mais avaient appuyé Bush à seulement 58% en 2000. Une différence de plus de 20 points de pourcentage affectant 21% de la population. Se pourrait-il que ce soient ces personnes, affectées par la précarité du travail et la stagnation des salaires, ou les effets de la privatisation et des coupures de services dans des États du Mid-West ou dans les vieux centres industriels de l’Ohio et de la Pensylvanie, qui ont fait la différence ?

Mais il y a aussi deux questions qui ont été posées cette année et qui ne figurait pas dans les « exit polls » des élections précédentes et dont les résultats sont frappants. 25% des électeurs interrogés pensent que la plupart des immigrants illégaux devraient être déportés. Ces personnes ont voté pour Trump à 84%. Aussi, 41% des répondants se sont déclarés favorable à la construction d’une muraille de long de la frontière avec le Mexique. Ces électeurs et électrices ont bien entendu appuyé Trump à 86%, ce qui constitue une base électorale énorme.


Qu’est-ce qui ressort donc de notre petite étude ? La base électorale de Trump n’est pas sensiblement plus blanche, plus masculine ou plus religieuse que celle de Bush en 2000 ou en 2004. Par contre, elle a une vision très négative de la situation économique et est hostile à l’immigration. Trump a capitalisé sur ce sentiment durant toute sa campagne, du début des primaires jusqu’à la veille du scrutin. Son mouvement politique est donc fondé sur la recherche de boucs émissaires issus de l’immigration dans un contexte de détresse économique, tout comme l’électorat ayant appuyé le Brexit en Grande-Bretagne ou la base du Front national en France ou d’autres partis de droite dure ailleurs en Europe. C’est le fond de l’affaire. Pour combattre ce phénomène, il faut construire un mouvement social et politique rassemblant toutes les personnes qui ont souffert des conséquences de la mondialisation et de la désindustrialisation, de la précarité du travail et de l’accroissement des inégalités, au-delà des divisions identitaires entretenues pas les démagogues de droite comme Trump, Farage ou Le Pen. 

lundi 7 novembre 2016

Déclaration du Rassemblement pour la laïcité: Une guerre de mots pour interdire des symboles

Le court manifeste produit par le Rassemblement pour la laïcité (RPL) à l’occasion du débat sur le projet de loi 62 (sur la neutralité de l’État) frappe par son dénigrement envers certains concepts fort utiles et son recours à une série de termes mal définis.[i] Cette confusion sémantique permet aux auteurs de se donner des airs progressistes tout en faisant la promotion d’un projet politique profondément conservateur. Il en résulte un exercice de rhétorique peu convaincant qui ne servira qu’à rallier les personnes déçues de l’échec de la Charte des valeurs de 2013.

L’art des guillemets

Deux concepts sont rejetés catégoriquement par les signataires du RPL : l’islamophobie et le racisme systémique. En mettant ces termes entre guillemets, avec en plus l’adjectif « prétendu », on souligne à grand traits une volonté de nier les phénomènes sociaux qu’ils désignent. Cette technique a également été utilisée par les critiques de la mobilisation contre la culture du viol, comme le relatait un texte publié récemment par Sandrine Ricci, sur Ricochet.[ii]

En ce qui concerne le racisme systémique, les signataires ressassent les préjugés lancés contre le concept par les nationalistes conservateurs à l’effet qu’il sous-entendrait que toute la société québécoise est composée de méchants racistes. En fait, cet outil conceptuel essentiel permet justement de comprendre que le racisme n’est pas une tare individuelle frappant tel ou telle mononc’ ou matante aux prises avec des préjugés. Le racisme est un phénomène social qui se reproduit à travers un ensemble d’idées et de comportements, d’attitudes et de structures qui ne dépendent pas simplement de la bonne ou de la mauvaise volonté des personnes. Combattre le racisme signifie remettre en cause tous les aspects du phénomène, tant au niveau des institutions que des mentalités.

Mais pour le RPL, la notion de racisme systémique n’est qu’une fumisterie servant à « empêcher la critique des intégrismes ». Il en serait de même du concept d’islamophobie, une étiquette qui a sans doute été accolée aux propos des animatrices et animateurs de ce courant de pensée et qui servirait, semble-t-il, à limiter leur liberté d’expression. Quand on constate toute l’attention médiatique qui a été portée aux propos de plusieurs des signataires du textes, on ne peut que trouver cette crainte risible. Mais quand on observe que la seule conséquence concrète claire de leur démarche serait l’interdiction du port de signes d’appartenance religieuse pour les travailleuses et travailleurs du secteur public, on ne peut que constater une gigantesque hypocrisie. La liberté d’expression, pour le RPL, s’appliquerait au dénigrement des religions en général et de l’Islam en particulier (ce qui devrait effectivement être tout à fait légal), mais pas à un symbole signifiant tout simplement « Je suis musulmane », comme le porte du hijab, ou « Je suis juif », comme une kippa.[iii]

Des épouvantails fantomatiques

Ne se contentant pas de dénigrer le vocabulaire de leurs critiques, nos auteurs criblent leur propre texte de termes indéfinis et vagues à souhait comme « intégrisme », « communautarisme », « islamisme » et « multiculturalisme ». Ces bêtes noires offrent une cible suffisamment vague et vaste pour leur permettre de faire mouche à tout coup ! Qu’est-ce que l’intégrisme ? Nous avons déjà démontré que ce terme peut englober des phénomènes aussi divers que le conservatisme social, des mouvements politiques de droite, des actes terroristes ou le fondamentalisme dans l’interprétation d’une religion.[iv] Et qu’en est-il du communautarisme ? Rien d’autre qu’un terme inventé par la classe politique française pour dénoncer toute forme d’organisation sociale fondée sur une identité religieuse ou ethno-culturelle et se faire du capital politique sur le dos des minorités. [v] L’islamisme, déjà vague, est rendu purement spectral dans l’expression « mouvance islamiste ». On pourrait y mettre tout ce qui pourrait ressembler à une référence à l’Islam à des fins politiques et sociales, même dans une interprétation progressiste ou féministe. À ce titre, que penseraient nos auteurs si on utilisait l’expression « mouvance laïque » pour les associer à l’extrême-droite française ou à un groupe explicitement islamophobe comme le nouveau micro-parti Front national du Québec ?

On ne peut que constater l’adhésion du RPL à la mouvance nationaliste conservatrice, inspirée par les écrits de Mathieu Bock-Côté et d’autres, à travers leur condamnation sans nuance du multiculturalisme, qui serait la destination infernale au bout de toute démarche reconnaissant le droit à la visibilité religieuse et rejetant leur vision de la laïcité. Mais la seule différence véritable entre le multiculturalisme et l’interculturalisme tient davantage de la théorie que de la pratique. Le multiculturalisme canadien prétend que le Canada n’a pas de centre de gravité culturel et serait une sorte de mosaïque aux multiples cultures rigoureusement équivalentes. Mais la réalité est que le fond historique britannique et la langue anglaise constituent un socle commun au modèle t’intégration canadien. L’interculturalisme québécois s’en distingue en reconnaissant la réalité d’une société qui a une histoire et un centre de gravité culturel dans la majorité historique qui lui donne son caractère national.[vi] Le conflit entre les deux projets nationaux n’est donc pas au niveau des idées mais dans la question de quel pôle devrait attirer les personnes issues de l’immigration ou offrir un dénominateur culturel commun à la citoyenneté.

Mais au-delà de l’absence de définition claire de ce que le RPL cherche à combattre, il n’y a aucune démonstration convaincante du lien entre ces cibles et les moyens proposés pour les atteindre. En quoi est-ce que l’interdiction des signes religieux pour certains métiers et professions serait un instrument efficace de lutte contre l’intégrisme, le communautarisme ou le multiculturalisme ? On attend encore une démonstration. Mais si on se fie au modèle qu’on nous sert avec ce vocabulaire typiquement hexagonal, il faudrait faire comme la France et on serait protégé contre toutes ces menaces. La France comme modèle pour l’intégration des minorités ? Quelle absurdité ! On peut difficilement trouver un pays au monde ou les relations entre la majorité culturelle et les diverses minorités soient plus mauvaises, avec la montée du FN ultranationaliste d’un côté et la radicalisation politico-religieuse de l’autre.

La revendication du droit aux préjugés

Nos auteurEs vont jusqu’à affirmer que les interdictions qu’ils et elles proposent seraient bonnes pour les minorités et leur intégration. L’affirmation visible des identités minoritaires est vue comme équivalente à la ghettoïsation, encore une fois sans démonstration aucune. La revendication au centre de toute leur démarche est énoncée comme suit : « le droit des citoyens d’être exemptés de toute représentation religieuse dans leurs relations avec l’État et les organismes publics ». La liberté d’expression, le droit au travail, la liberté de croyance et de pratique religieuse et plus généralement le droit à l’égalité, devraient s’effacer devant un droit qui n’existe nulle part, soit celui de ne pas connaître l’appartenance religieuse des personnes qui travaillent directement ou indirectement pour l’État. Bien entendu, fidèles à leur style alambiqué qui vise à ne pas appeler les choses par leur nom, le texte utilise l’expression « représentation religieuse », comme si le fait que l’employée porte un hijab était une sorte de cérémonie à laquelle le pauvre citoyen serait contrait d’assister pour pouvoir obtenir son permis de conduire, subir un examen médical ou suivre un cours.

En fait, ce « droit de ne pas savoir » constitue le voile derrière lequel se cache la revendication d’un droit à la discrimination, d’un droit aux préjugés, d’un droit de ne pas reconnaître qu’on vit dans une société pluraliste sur le plan des croyances et des valeurs. Pourquoi la laïcité devrait-elle signifier l’invisibilité des minorités religieuse ? En quoi est-ce que la visibilité du pluralisme serait moins laïque que l’apparence de neutralité (« neutre » voulant dire « comme nous autres ») ?  

C’est le conservatisme identitaire qui est au cœur de la démarche du RPL, un conservatisme qui doit être rejeté catégoriquement par toute personne qui croit que les droits humains sont une idée de gauche, une idée progressiste, une idée féministe, une idée qui appartient au mouvement indépendantiste québécois bien plus qu’au néocolonialisme canadien. On ne doit pas céder ce terrain démocratique à nos adversaires fédéralistes qui s’en servent pour combattre le projet national québécois progressiste qui a émergé il y a cinquante ans et qui continue de menacer l’unité de l’État canadien.

En conclusion, on ne peut pas passer sous silence le fait troublant que le collectif pour la laïcité de Québec solidaire constitue un des groupes signataires de cette déclaration. Ce geste sera interprété par les personnes qui ne sont pas familières avec le fonctionnement du parti comme un appui de QS. Ce qui entre en contradiction directe avec les efforts du parti sur le plan de l’inclusion. Rappelons que notre aile parlementaire a été à l’initiative de la résolution unanime de l’Assemblée nationale contre l’islamophobie (adoptée suite à des crimes haineux commis contre les personnes ou des organisations musulmanes) et que QS est le seul parti à appuyer la demande pour une commission d’enquête sur le racisme systémique. Qu’un groupe de membres de QS se donne comme raison d’être l’opposition directe et sans nuance à ces efforts du parti devrait nous amener, à tout le moins, à remettre en cause la reconnaissance accordée à ce groupe.


samedi 29 octobre 2016

Quelle unité en 2018 ? Mutations du paysage politique et perspectives pour la gauche


Le paysage politique québécois a longtemps été d’une grande simplicité. D’un côté se trouvait l’unité des fédéralistes, dans le Parti libéral ; de l’autre, l’unité des souverainistes dans le Parti québécois. Ce modèle a commencé à s’effriter après être arrivé au bout de cette polarisation lors du référendum de 1995. D’un côté, le rejet des accords de Meech et de Charlottetown par le reste du Canada rendait très peu crédible la perspective autonomiste (le fédéralisme renouvelé ou asymétrique), dominante pendant des générations. Le PLQ s’est fracturé en perdant un fragment qui a formé l’Action démocratique du Québec, un parti qui est demeuré marginal en raison du caractère plutôt utopique de son idée centrale : ne pas abandonner la revendication autonomiste. La majorité du PLQ est rapidement devenu le parti de l’acceptation passive du statu quo constitutionnel.

De l’autre côté, le PQ a complètement intégré les dogmes économiques néolibéraux, avec le point tournant des Sommets socio-économiques et de l’adoption du déficit zéro, en 1996.  En même temps, il n’a pas su renouveler sa stratégie souverainiste. Deux forces minent donc la base du PQ depuis plus de vingt ans : la résistance au néolibéralisme dans les mouvements sociaux et la persistance des aspirations indépendantiste. C’est cet espace politique grandissant qui a d’abord été occupé par l’Union des forces progressistes (UFP-2002) puis par Québec solidaire (2006). Pour ces deux partis, la question nationale et la question sociale sont indissociables : on ne peut pas envisager un projet de société plus égalitaire sans les pouvoir qui viennent avec l’indépendance ou une stratégie indépendantiste qui ne repose pas sur la mobilisation de la majorité de la population pour plus de démocratie et de justice sociale.

À la logique de l’unité des souverainiste, de plus en plus mince et fragile, présentée par le PQ, l’UFP puis QS répondaient par le projet de l’unité de la gauche, notamment en faisant de la question nationale un aspect d’un projet politique global (et non un « article 1 » comme au PQ) et en faisant une place à des militantes et militants de gauche qui n’étaient pas spontanément indépendantistes mais pouvaient se rallier au projet d’ensemble.  

Crise d’un modèle, phase INITIALE : 2006-2011

Pour les dix premières années de son existence, l’ADQ s’est contentée de ce qui semblait être un statut perpétuel de tiers parti. Quant à la gauche indépendantiste, elle restait à la marge malgré des efforts louables d’unification. Le modèle établi depuis les années 1970 semblait tenir bon malgré tout. Jusqu’à ce que Mario Dumont lance la crise dite des accommodements raisonnables en effectuant une série d’interventions aux allures xénophobes contre les religions minoritaire, incluant les croyances autochtones enseignées dans le programme Éthique et culture religieuse (ECR), tout en appelant à une baisse du niveau d’immigration. Pour la première fois depuis Duplessis, un leader politique québécois utilisait la caricature méprisante de certaines communautés pour se faire du capital politique.

Au début, personne n’a voulu le suivre sur ce terrain. Le chef du PQ, André Boisclair a rejeté ce type de discours, ce qui est tout à son honneur. Mais le mal était fait et l’ADQ s’est servi de ce qu’on appelle maintenant une politique « identitaire » pour se hisser à la seconde place aux élections de 2007. Cette défaite brutale pour le PQ a coûté son poste à Boisclair et amené le couronnement de Pauline Marois sur la base de deux orientations clairement formulées d’entrée de jeu : le rejet du « référendisme », donc de la promesse de tenir un 3e référendum comme argument pour maintenir l’unité des souverainistes ; et l’affirmation d’un profil « identitaire » pour le PQ lui-même, d’abord sur la langue, puis de plus en plus à partir d’une vision autoritaire et islamophobe de la laïcité. Au fond, l’orientation défendue par Jean-François Lisée dans la course à la direction de cet été, incluant ses attaques démagogiques, est en continuité directe avec le virage entrepris neuf ans plus tôt par Marois.

L’élection d’Amir Khadir en décembre 2008 a permis à la gauche de sortir de la marginalité et de faire son entrée à l’Assemblée nationale. Mais Québec solidaire n’obtenait qu’un peu moins de 4% des votes à l’échelle nationale. Cette même élection donnait un gouvernement majoritaire libéral et l’opposition officielle au PQ, ce qui permettait de consolider le leadership de Mme Marois, au moins jusqu’à l’élection suivante.

L’effondrement de la députation adéquiste a mené au retrait de Dumont de la vie politique partisane et ouvert la porte à l’opération CAQ menée par l’ancien ministre péquiste François Legault. Au début, Legault a refusé de jouer la carte « identitaire » et a orienté le nouveau parti vers des positions de droite économique et d’autonomisme provincial. Mais avec le temps, il en est venu à reprendre les thèmes « identitaire » qui avaient fait le succès de l’ADQ en 2007, ce qui maintien une sorte de compétition entre la CAQ et le PQ pour obtenir les votes du segment xénophobe de l’électorat.

En même temps, l’adoption de l’orientation dite de la « gouvernance souverainiste » (autrement dit du gouvernement provincial péquiste…) a fini par miner la confiance de certains indépendantistes plus déterminés au PQ. Ce qui devait a éclaté au grand jour avec le départ fracassant de quatre députés en 2011, dont Jean-Martin Aussant, et à la fondation d’Option nationale. La même année, le congrès du PQ entérinait les grandes orientations proposées par Marois, incluant le principe d’une charte de la laïcité inspirée du modèle répressif français.

Crise d’un modèle, phase d’ACCÉLÉRATION : 2012-2014

Le succès relatif de Québec solidaire et la création d’Option nationale ont créé un véritable casse-tête pour les partisans du vieux modèle politique de l’unité des souverainiste. Cette unité ne pouvant plus se faire à travers le PQ lui-même, plusieurs organisations se sont formées pour tenter de la réaliser en dehors du PQ dans des organisations plus ou moins non–partisanes (comme le Nouveau Mouvement pour le Québec, le Conseil de la souveraineté, etc.). Ces mouvements généralement animés par d’anciens péquistes cherchaient à reconstituer la grande coalition des années 1970-1995 en incluant le PQ, QS et ON. C’est ce que l’auteur de ces lignes a baptisé du terme « métapéquisme ».[i]

Mais cette grande coalition hypothétique a été rendue impossible par au moins trois facteurs de division : la mise en veilleuse de l’objectif indépendantiste par le PQ, les politiques économiques de centre-droite du PQ au pouvoir, et son virage « identitaire ». Si le PQ est parvenu malgré tout à reprendre le pouvoir en 2012, par la peau des dents (1% de voix de plus que le PLQ), c’est uniquement en raison de la crise sociale provoquée par la grève étudiante. Le sentiment d’urgence à défaire les Libéraux de Charest, surtout après l’adoption de la loi spéciale visant à étouffer le mouvement de grève, a donné au PQ juste assez de « votes stratégiques » pour former un gouvernement minoritaire.

Puis l’œuvre du gouvernement Marois est allée complètement à contre-courant des efforts de convergence. Le renoncement aux mesures de justice fiscale et à la réforme de la loi sur les mines, le ralliement au modèle de capitalisme pétrolier inspiré du Canada de Harper (Anticosti, oléoduc Enbridge) et finalement l’infâme Charte des valeurs, en ont rebuté plusieurs et ont accéléré la recomposition du paysage politique. Aux divisions déjà établies sur la question nationale ou sur les enjeux de politiques économique et de justice sociale, il fallait ajouter les questions environnementales et le clivage entre les « identitaires » et les « inclusifs ».

La campagne de Québec solidaire aux élections de 2014 avait bien choisi ses trois thèmes : un Québec juste, vert et libre. Mais sur la question de la Charte, l’orientation de QS a été remplie de tensions et de contradictions. D’une part, une minorité substantielle avait voté pour l’interdiction mur à mur des signes religieux au congrès de 2009, suivant en cela les orientations d’une certaine gauche française avec ses traditions anticléricales dénaturées par leur mobilisation contre des minorités.[ii] D’autre part, l’approche de la direction du parti et de l’équipe parlementaire a été de présenter QS comme l’option « mitoyenne » entre le positionnement plus inclusif du PLQ et la laïcité autoritaire du PQ et de la CAQ. Bref, en cherchant à démasquer l’intransigeance du gouvernement Marois par son projet de loi de compromis, QS ne pouvait pas se positionner clairement comme le meilleur véhicule politique pour la défense des droits des minorités ciblées directement ou indirectement par la Charte et les propos souvent xénophobes de certains de ses défenseurs.

C’est ainsi que le PLQ a pu se refaire une légitimité en se présentant comme le défenseur des droits individuels et des minorités contre un PQ qui cherchait à polariser l’opinion publique autour de sa Charte (avec l’opération des Jeannettes, par exemple). En misant aussi sur l’ambiguïté de Mme Marois sur l’hypothèse référendaire, les Libéraux de Couillard ont repris le terrain perdu de 2008 à 2012 et gagné une nouvelle majorité unie au moins pour un temps par son hostilité multiforme envers le PQ.

L’émergence d’unE nouvelle configuration

On pourrait qualifier le « moment PKP », l’année du milliardaire à la tête du PQ, comme le chant du cygne du métapéquisme. La base a cru que son aura personnelle permettrait de raviver « l’option » et d’éviter un autre choix déchirant entre leurs convictions indépendantistes et l’objectif d’un retour au pouvoir. Cet espoir ne s’est pas matérialisé et le « sauveur » s’est sauvé avant d’avoir à vivre lui-même une amère défaite. C’est dans cette période que les pressions sur Québec solidaire en faveur d’une « convergence » ont atteint leur point culminant, suite à la déclaration de PKP à l’effet que le PQ n’avait plus le monopole de la souveraineté (10 ans après la fondation de QS et cinq ans après celle d’ON !).

Mais la course à sa succession a fait ressortir la profondeur des divisions sur la stratégie entre trois grands courants au sein du PQ. Martine Ouellet, en prenant position pour une démarche indépendantiste dans un premier mandat, visait clairement à constituer une unité indépendantiste dans l’action, plus restreinte mais aussi plus solide que l’unité des « souverainistes » sur la base d’une simple identification hypothétique avec le projet. Sa victoire aurait probablement suffi à causer la dissolution d’ON et aurait causé des maux de tête majeurs à Québec solidaire. Mais elle aurait aussi probablement entrainé le PQ vers une défaite certaine en 2018.

Jean-François Lisée, à l’opposé, a osé aller au bout de la démarche amorcée sous Bouchard et Marois en mettant clairement en veilleuse l’objectif souverainiste pour proposer plutôt une unité contre le gouvernement libéral et ses mesures d’austérité. En visant les éléments les moins fermes de la base électorale de QS (avec quelques idées de centre-gauche) tout en ignorant les propositions qui auraient rallié au moins une partie de sa base militante, il garantissait l’échec de la convergence. En infligeant une amère défaite aux partisans de Ouellet, il repousse une partie de sa base vers Option nationale. Quand à Alexandre Cloutier, il incarnait, avec peu de relief ou de profondeur, le vain espoir de l’establishment du parti de reporter le plus tard possible le choix déchirant entre les deux seules stratégies plausibles. On peut respecter son choix de revenir à la définition inclusive de la nation qui avait dominé au PQ de Lévesque à Boisclair, mais c’est sur ce terrain que Lisée l’a attaqué avec succès, démontrant que cette vision pluraliste du Québec est maintenant minoritaire au PQ. Il n’y a donc plus que les OUI-Québec pour défendre la perspective d’une « unité des souverainistes », indépendamment des différences quant aux échéances et aux méthodes proposées pour arriver à la souveraineté ou du contenu social du projet. Le métapéquisme n’a plus l’appui du PQ lui-même et est condamné à la marginalité.

L’arrivée impromptue du collectif Faut qu’on se parle est venue ajouter un joueur immédiatement significatif dans ce nouveau paysage. Les constats émis par le groupe et les questions posées le situent clairement dans le camp indépendantiste progressiste : solidarité avec les Premières nations, rejet de la Charte des valeurs, volonté de renouveler le projet indépendantiste, écologie, etc. Face aux appels de Lisée pour une alliance ponctuelle visant à « battre les Libéraux » (donc à élire un autre gouvernement péquiste), un autre pôle de rassemblement est maintenant envisageable, soit celui de l’unité des indépendantistes de gauche.

Option nationale, après avoir été lancée sur une base strictement indépendantiste, a évolué graduellement vers des positions de centre-gauche et rejette clairement la stratégie identitaire comme une source de division et d’aliénation de communautés entières face au projet indépendantiste. On pourrait donc envisager quelque chose comme une liste commune de candidatures en 2018 incluant QS, ON et ce qui ressortira du processus de consultation du collectif FQSP. Une telle convergence pourrait constituer une alternative attirante pour les partisans de Martine Ouellet au PQ ou de Mario Beaulieu au Bloc. Elle regrouperait une masse critique permettant d’effectuer des percées au dépend des trois autres partis lors des élections et de sortir le bloc indépendantiste de gauche de la « zone orange » au cœur de Montréal qui a été arrachée par QS aux trois dernières élections.

Il appartient à Québec solidaire, le segment le plus important numériquement, le mieux enraciné et le plus cohérent de cette nouvelle nébuleuse, de prendre des initiatives pour que cette convergence se produise avant la prochaine élection générale. Cette élection pourrait alors marquer un autre tournant majeur pour la vie politique québécoise.



[ii] Voir entre autres : Baubérot, J. (2012). La laïcité falsifiée. Paris, Découverte; et Tevanian, P. (2013), La haine de la religion : comment l'athéisme est devenu l'opium du peuple de gauche, Paris, La Découverte.
                 

mardi 20 septembre 2016

Le projet de loi 62 est complètement inutile

L’abandon par le gouvernement du volet du projet de loi 59 portant sur le discours haineux a permis à cette législation de progresser, moyennant cette amputation considérable, et éventuellement d’aboutir à une série de changements législatifs mineurs s’inscrivant dans la très vague politique de prévention de la radicalisation. Ce déblocage permet maintenant au projet de loi 62, sur la neutralité de l’État, de revenir dans l’agenda législatif. Déjà, les quatre partis à l’Assemblée nationale se positionnent sur le sujet, comme le relate un récent texte dans Le Devoir.[i] Voici où en est ma réflexion sur le sujet.[ii]

Rien pour la laïcité

Il n’apporte rien sur le plan de la laïcité. D’abord, il n’utilise même pas le mot, préférant la périphrase « neutralité de l’État » qui ne couvre qu’une petite partie de la définition du concept de laïcité. Cette vision tronquée n’est pas qu’une réponse à l’abus du terme par le gouvernement précédent, lequel se réclamait de la laïcité pour imposer en fait une légalisation de la discrimination contre les personnes sur la base de la visibilité de leur appartenance religieuse. Les Libéraux ne veulent pas de la laïcité parce qu’ils défendent les privilèges fiscaux et les fonds publics accordés à des institutions religieuses comme les écoles confessionnelles. S’il y a une entorse au principe de la séparation des Églises et de l’État au Québec, c’est bien celle-là ! Mais le PL62 ne fait rien pour y remédier. Aussi, les Libéraux (comme le PQ et la CAQ!) n’osent pas poser le geste symbolique élémentaire consistant à retirer le crucifix qui trône au-dessus du siège de la présidence de l’Assemblée nationale, installé par Duplessis précisément pour signaler l’union de l’Église et de l’État.

Toute la partie du projet de loi qui parle de la neutralité de l’État est donc vide de sens. La seule fonction véritable du PL62 est d’interdire aux femmes qui portent des vêtements cachant leur visage d’offrir ou de recevoir des services publics. Cette partie du projet est tout aussi inutile que l’autre et même potentiellement nuisible.

D’abord, il y a très peu de femmes au Québec qui cachent leur visage. Une centaine peut-être ? Et de celles-ci, AUCUNE, à notre connaissance, n’occupe présentement un poste dans la fonction publique ou les services publics.[iii] Il s’agit donc, pour ce volet de la règle du « visage découvert », d’interdire quelque chose qui n’existe pas. (Allons-nous aussi adopter une loi pour interdire de faire des barbecues au mois de janvier ou de faire du camping sur la Lune ?) Et la logique de cette situation est facile à comprendre. Le fait de porter de tels vêtements dans notre société constitue un geste exceptionnel qui conduit inévitablement à la marginalisation des personnes concernées. Que cette marginalisation soit volontaire ou subie, il ne sert à rien d’y ajouter une sanction légale pour la justifier a posteriori. On devrait plutôt se questionner sur le problème de la marginalisation de ces femmes.

Bloquer accès à quels services ? Et de quel droit ?

Pour ce qui est le recevoir des services le visage couvert, nous pouvons anticiper deux types de situation, aucune d’entre elle ne justifiant cette intervention législative. D’abord, dans plusieurs services publics, l’imposition de normes vestimentaires serait totalement contraire à l’éthique des professions concernées. On ne refuse pas de soigner une personne quand on est infirmière ou médecin sur la base de ses choix vestimentaires. Même chose pour le travail social ou l’aide psychologique. Pour les autres services, comme en éducation, un code vestimentaire s’impose déjà et il ne sert à rien de renforcer celui-ci par de nouvelles mesures législatives. Aussi, les femmes qui portent ces vêtements ne sont pas dénuées de raison et savent très bien qu’elles doivent retirer leur voile à des fins d’identification, par exemple. Ce qu’elles font à chaque fois que c’est nécessaire.

Tout le psychodrame collectif autour du serment de citoyenneté lors de la dernière campagne fédérale, comme celui sur le vote à visage couvert à la précédente, sont de faux débats alimentés par des représentations sociales sans fondement et des médias sensationnalistes. Il est déjà obligatoire de s’identifier pour voter.

Contre la stratégie de l’appaisement

On nous dira que l’imposition de la règle du « visage découvert » aurait une vertu politique consistant à calmer les ardeurs des partisans de mesures plus restrictives visant les signes d’appartenance religieuse. Il n’en est rien. Déjà, les partis et organisation qui défendaient en 2013 la Charte des valeurs sont montés aux barricades en pointant du doigt le cas obscur du tchador, un vêtement qui cache tout SAUF le visage, et qui est tout aussi inacceptable à leurs yeux.

Jamais les personnes qui veulent légaliser la discrimination contre les personnes trop visiblement musulmanes à leur goût ne seront satisfaites par une mesure comme celle que propose le PL62. Au contraire, l’adoption de la demi-mesure proposée par les Libéraux (ou des restrictions encore plus importantes proposées par Bouchard-Taylor) aura pour effet de conforter ces personnes dans leur impression à l’effet qu’il y a un problème et que la répression légale constitue une manière efficace d’y répondre. Nous n’avons qu’à observer ce qui s’est passé en France depuis l’interdiction du foulard dans les écoles publiques pour comprendre que le chemin de l’interdiction est une pente glissante qui ne finit pas de nous enfoncer dans la boue nauséabonde de la discrimination et de l’intolérance. Après cette première interdiction, visant les adolescentes dans les lycées, on a voulu interdire le port du foulard dans les entreprises privées, pour les mères participant aux sorties scolaires, etc. On s’est mis à mesurer la longueur des jupes des lycéennes, car les trop longues sont considérées « ostentatoires »! On a ajouté l’interdiction des vêtements couvrant le visage dans les transports publics. Et au bout du compte, le Front national est le premier parti au pays et les attentats commis par des jeunes musulmans nés en France ont horrifié le monde entier.

Québec solidaire doit répondre au PL62 par un rejet en bloc, à la fois au nom d’une vision plus rigoureuse de la laïcité des institutions, d’une vision rationnelle de la place réelle des vêtements couvrant le visage dans notre société et une défense des droits des femmes qui les portent. Il faut en finir avec la recherche illusoire d’un juste milieu entre le respect des droits et la légalisation de la discrimination. Ainsi, nous pourrons à la fois être de meilleurs défenseurs de la laïcité que le Parti québécois et de meilleurs défenseurs des droits de la personne que les Libéraux. Tel est le profil que le parti peut et devrait se donner dans ces débats difficiles qui n’ont pas fini de nous occuper.




[ii] L’auteur a été impliqué à la Commission thématique sur l’intégration citoyenne à différents moments, incluant la rédaction du mémoire de QS à la commission Bouchard-Taylor. Il était responsable de cette CT et membre de la Commission politique jusqu’en juin 2016.
[iii] Quand les Conservateurs de Harper ont soulevé l’hypothèse d’une loi fédérale inspirée directement du PL62, les syndicats de la fonction publique fédérale ont répondu ensemble que les Conservateurs devraient commencer par trouver une seule fonctionnaire portant un niqab. On attend encore la réponse…